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Romans en lignes : La paysanne : Boulden, de nos jours
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Autres Univers - La paysanne : Boulden, de nos jours


La paysanne

Boulden

de nos jours

Deirane jeta un coup d'oeil circulaire autour d'elle. Tous les helarians présents étaient suspendus à ses lèvres. Elle remarqua assise en face d'elle une stolztin qui n'était pas là au début de son récit. Une toute petite femme, menue, très jolie, aux longs cheveux roux, dont l'épaule servait pour le moment de support à un soldat. Elle semblait être la plus jeune de l'assemblée. Deirane ne l'avait jamais vu, mais savait qui elle était. Et au cas ou elle n'aurait pas deviné, la bague passée à son doigt aurait donné son grade en Helaria. Le soldat n'avait pas du faire attention de l'identité de la personne sur laquelle il se reposait, il n'y avait que cinq personnes à avoir un tel rang dans la pentarchie. Il s'agissait très certainement de l'une des deux soeurs jumelles qui dirigeaient l'armée. Dans ce cas, loin d'être une adolescente, elle était en réalité la doyenne de tous.

Wuq, la jolie rousse repoussa le soldat. D'un geste sensuel elle s'étira et rejeta ses cheveux en arrière. Puis elle braqua son regard sur Deirane. Un regard d'animal, jaune aux pupilles fendues verticalement comme les reptiles. Impossible de deviner les sentiments qui se cachaient derrière. Les helarians avaient fini par tous remarquer qui se tenait au milieu d'eux et s'étaient écartés pour lui laisser de la place, mais juste le minimum pour ne pas l'écraser, rien à voir avec la déférence qu'auraient manifestée, dans d'autres royaumes, des subordonnés face à un responsable à la position si éminente. Et elle ne semblait pas s'en formaliser. «Cette histoire était intéressante, dit elle enfin, tu racontes bien.
- Merci, répondit Deirane.
- J'avais entendu parler de toi, mais je ne connaissais pas cette partie de ta vie.
- Ce n'est pas une période que j'aime raconter.
- J'imagine. Nous avons tous des moments comme ça dans notre vie, impossible à raconter.
- J'espère bien que non.» Wuq prit d'office la chope de son voisin et en but une gorgée. Dans beaucoup de contré, une telle privauté aurait eu une signification précise. Mais de toute évidence ce n'était pas le cas en Helaria. «Demain, toutes les deux, soyez présentes au consulat en début d'après midi. Sans faute.
- J'y serai, répondit Saalyn
- Ça ne sera pas possible, demain je dois voir ...
- Sans faute ! » Ce coup ci le ton était nettement plus sec. Ce n'était plus une suggestion mais un ordre. Impossible de s'y tromper. « Elle y sera, se dépêcha de dire Saalyn.
- Bien.» Wuq passa une jambe par dessus le banc. Avec une grâce féline qui choquait avec sa silhouette d'adolescente, elle se leva et s'éloigna sans jeter un regard. Mais elle n'alla pas loin. Un individu, soit ignorant qui elle était, soit au contraire, la connaissant mieux que tout ceux présents, l'aborda pour lui parler. Il ne fallu pas longtemps pour qu'elle éclate de rire et se laisse entraîner à une table.

Deirane la suivit des yeux un moment. «Je ne peux vraiment pas demain, dit elle, tu m'excuseras auprès d'elle.
- Tu seras dans son bureau à l'heure dite ou ... morte.» L'humaine tourna la tête vers son amie. Son visage exprimait sa surprise face à une alternative si extrême. «Tu n'es pas amusante, dit elle enfin, qui tuerai quelqu'un pour si peu ?
- Elle ne te tuera pas. Pas tout de suite. Mais c'est la seule excuse qu'elle acceptera pour ton absence.» Un soldat abonda dans le sens de son aînée. «Saalyn a raison, si vous n'êtes pas là au rendez vous, elle vous enverra chercher. Ce qui sera désagréable pour vous et la mettra dans de mauvaises dispositions. Croyez moi, il vaut mieux y aller. N'oubliez pas qu'elle à rang de reine en Helaria. Au besoin, la garde de la ville n'hésiterait pas à vous livrer à elle, à titre de cadeau diplomatique.» Deirane prit une gorgé de sa chope. Elle avait besoin de reprendre contenance. «Je commence à être habituée, j'ai été offerte en cadeau plus souvent qu'à mon tour. Mais jamais je n'aurai imaginé un tour pareil venant de cet endroit.
- Ne soit pas si acide, remarqua Saalyn, même si tu viens au rendez-vous entre deux gardes municipaux, tu repartiras libre.
- J'imagine très bien pourquoi elle nous a convoquées demain. Elle va te donner l'ordre de ne pas m'aider. Jamais tu ne désobéiras à un ordre direct de ta reine. Et pour moi tout sera fini. Alors je peux me permettre d'être acide.» D'un signe, elle appela le tavernier pour qu'il la serve à nouveau. Vidant sa chope elle regardait la petite reine. Cette dernière riait aux paroles de son compagnon.

Finalement, Hester se leva. Deirane demanda : «Où va tu ?
- Lui parler.» Elle tenta de le retenir par la main. Délicatement, il se dégagea. Il rejoignit le couple au milieu de la salle. Deirane esquissa une tentative de le rattraper. D'une main légère, Saalyn la retint. Inquiet, elle regarda son fils agir. Il avait interrompu la discussion entre la pentarque et son compagnon. Mais de toute évidence, elle l'écoutait. Le bruit dans la salle l'empêchait d'entendre leur échange et elle n'avait aucun don pour lire sur les lèvres. Elle aurait donné n'importe quoi pour être une petite souris et se cacher juste à côté d'eux.

Au bout de quelques minutes, Hester revint. «Alors ? demanda Deirane.
- Toujours convoquée demain en début d'après midi, dit Hester.» Deirane se leva. Elle enfila sa houppelande. Mais le regard qu'elle lança à Saalyn était plein de questions. «Il n'est pas exclu qu'elle t'aide, ne la condamne pas d'office, dit cette dernière.» Deirane s'immobilisa quelques secondes. «Excuse moi, dit elle enfin, c'est mon problème, pas le votre. Et je ne peux pas vous reprocher de ne pas pouvoir intervenir pour le résoudre.
- Cela fait vingt ans que tu mènes ta barque sans aide. Et tu t'es bien débrouillée jusqu'à présent. Je suis sûre que quoi qu'il arrive, tu réussiras ta quête.» Deirane esquissa un sourire sans joie. «Vingt ans sans nous rencontrer et je me comporte en enfant gâtée comme si vous me deviez quelque chose, dit elle d'un air contrit. C'est moi qui ai une dette envers vous, et pas le contraire.
- Une dette ?» Saalyn avait l'air réellement surprise. Mais son amie ne lui donna aucune explication. A la place, elle traversa la salle et sortit.

Hester hésita un moment. Il voulait dire quelque chose à la guerrière, mais il ne savait pas quoi. Elle l'intimidait. «Je vous remercie, bafouilla-t-il enfin.
- Rejoins la vite. Elle essaie de l'empêcher de faire des bêtises, si tu as quelque influence sur elle.
- Quelqu'un en a-t-il sur elle ? Quand elle se lance dans un combat, connaissez vous quelqu'un qui ait pu la modérer ?
- Fait au mieux.» Saalyn libéra le jeune homme qui rejoignit sa mère à l'extérieur.

Deirane l'attendait. Quand il fut près d'elle, elle lui lança un regard interrogateur. N'obtenant pas de réponse elle fit demi tour en direction de l'hôtel. Ni l'un ni l'autre ne virent l'espion caché sous un porche .


Quelques dizaines de minutes plus tard, Pehla avait son rapport. Il faisait les cent pas dans son bureau, se peignant la barbe de la main gauche. Le cabinet de travail de l'esclavagiste était une pièce toute lambrissée de chêne - un luxe vu l'état de dégradation des forêts -, remplie d'objets précieux. L'ensemble était clinquant, et d'un mauvais goût profond. Par contre, les classeurs derrière le bureau étaient parfaitement fonctionnels, rangé avec une méticulosité à la limite de la maniaquerie. Dans un siège, confortablement installé, Haldi, le capitaine de sa garde personnelle, écoutait en silence. « Les helarians, dis tu ?
- Elle connaissait Saalyn en personne.
- Embêtant, embêtant. » Pehla repris ses réflexions. « Elles se connaissaient bien ?
- Depuis longtemps, en tout cas, elle a vécu en Helaria quelques temps.
- Ça n'arrange pas nos affaires ça. Si elle a le titre de citoyen de la pentarchie ... Elle l'a ?
- Rien ne l'indiquait dans leur conversation. Juste qu'elles se connaissaient. Saalyn connaissait le vrai nom de Serlen. C'est une fille de paysan du nom de Deirane, originaire du nord de l'Yrian. Toutefois ... » Pehla s'immobilisa, dressant l'oreille. «Toutefois ?
- Une pentarque a donné un ordre à Serlen, s'attendant à une obéissance sans contestation.
- Une pentarque? Ici? à Boulden ? Laquelle ?
- Une des jumelle tueuse. » L'admiration de l'espion pour la petite femme guerrière était sensible dans les inflexions de sa voix, lorsque qu'il prononça ce surnom. Beaucoup de soldat lui vouaient un véritable culte, même parmi les ennemis d'Helaria. Pehla nota l'information. Cela pourrait s'avérer éventuellement constituer un problème.

Du geste, Pehla congédia l'espion. Il se tourna vers son capitaine. « Qu'en penses tu ? demanda-t-il.
- Rien de bon, répondit ce dernier, mais très intéressant.
- Précise ta pensée.
- Nous savons déjà qu'elle serait originaire de Sernos.
- Du nord de l'Yrian, corrigea Haldi, plutôt Ortuin que de Sernos. » Pelha écarta la remarque d'un geste. «Elle n'est pas Sangaren, c'est ce qui compte. Ce n'est donc pas par solidarité raciale qu'elle veut acquérir cette esclave.
- En effet. Nous n'avons donc rien à craindre de ce côté là.
- En revanche, ses relations avec Helaria sont plus gênantes. La pentarchie ne l'aidera dans sa mission. Mais si on s'en prenait à elle, les choses serait bien différentes. L'endroit grouillerait de guerriers itinérants avec un ordre d'exécution.
- Plus maintenant. » Pehla ouvrit un tiroir de son bureau. Il en sortit un parchemin dont les scellés avaient été brisés. Il le tendit au soldat qui le lu. Le visage de celui ci exprima tout d'abord une grande surprise, puis de la joie. « Effectivement, même si nous tuons cette Deirane, Helaria ne sera pas en mesure de tenter quelque chose contre nous avant longtemps.
- Peut être même jamais, ajouta Pehla.
- Mais il reste la guerrière Saalyn. Si vraiment elle est amie avec Deirane, elle n'hésitera pas à bafouer les ordres de ses supérieurs pour la venger. Surtout qu'ils seront bien occupé ailleurs.
- Il faudra donc que l'action que nous entreprendrons touche ces deux femmes à la fois.
- Vous envisagez de tuer Saalyn ? s'écria le capitaine
- C'est possible non ?
- Le fait est que tous ceux qui ont essayés sont morts.
- C'est évident, s'ils avaient réussis, elle ne serait plus là pour nous casser les pieds. Mais je suppose que tu as pu voir les erreurs qu'ils ont commises. » Haldi hocha la tête. « Dans mon métier, étudier ce genre de faits permet de faire face à toutes les situations.
- Alors, quelles sont tes conclusions.
- Deux genres de personnes ont essayé de la tuer. D'une part, des combattants expérimentés qui ont voulu la battre à la loyale. Des soldats pétris d'honneur. Des imbéciles. Ils n'avaient aucune chance.
- Elle est si forte que ça ?
- J'ignore quand elle est née, mais des bruits courent qu'Helaria n'existait pas encore. Elle doit être la plus vielle guerrière encore vivante. Pas loin de 600 ans. Nos propres races sont plus jeunes que cela. Elle a reçu un entraînement aux armes d'une durée égalée par aucun autre combattant. Des techniques que nous découvrons juste, elle les expérimente depuis plusieurs siècles. Le fait que dans son métier elle ait survécu aussi longtemps parle pour elle. Non seulement elle est forte, mais elle est la plus forte et de loin. Seules les jumelles tueuses la dépassent en habileté. Bien qu'il soit aussi possible que des démons soient plus vieux et meilleurs combattants. Et quand sa vie est en jeu, elle ne se laisse pas arrêter par des concept tels que l'honneur ou le combat à la loyale.
- Je vois. Et la seconde catégorie ?
- C'est assez évident. Saalyn est une très belle femme. Les représentants de la deuxième catégorie l'ont sous-estimée, ils ont voulu s'amuser avec elle avant de la tuer. Certains d'entre eux sont encore vivants, comme Jergo par exemple. » Pehla frissonna.

Il connaissait le sort de Jergo le petit, un maquereau qui avait voulu asservir la belle guerrière et en faire un jouet sexuel. « Un assassin professionnel devrait faire l'affaire, dit Pehla.
- J'en mettrai plusieurs. Et je choisirai bien mon moment. Il faut qu'elle ne soit pas au mieux de sa forme et qu'elle n'ait aucune raison de se méfier. Un endroit habituellement sûr ou elle sera moins sur ses gardes. De plus, ils ne doivent pas laisser de trace derrière eux. Cette condition est indispensable, car si Helaria sera trop occupé pour nous poursuivre, ses collègues pourraient bien vouloir la venger de leur propre chef. En six cent ans, elle s'est fait de nombreux amis.
Pehla dévisagea son capitaine.
- Je suppose que tu as ce qu'il faut.
- Hélas non, mais dans une ville comme Boulden, je serais bien malchanceux si je ne trouvai pas. »

Pehla alla s'asseoir à sa table. D'un tiroir il sortit une bourse pleine d'or. Il la posa devant lui, la faisant glisser vers le soldat. Ce dernier la regardait d'un oeil apparemment désintéressé. Mais ses réactions un peu plus vives que d'habitude laisser deviner son avidité. « Trente cels, cela suffira ?
- Il faudra, répondit le capitaine, si nous répandons trop d'or dans la nature, cela provoquera des rumeurs qui finiront par parvenir aux oreilles de Saalyn. Les pièces ?
- Frappées des armoiries de Sernos.
- Les plus répandues, quasiment impossible d'identifier leur provenance. Parfait. » Le rictus de Pehla indiquait clairement qu'il n'était pas un débutant dans ces affaires. Les affaires louches dans son métier, il connaissait. Et jusqu'à présent il n'avait jamais été possible de remonter jusqu'à lui.



L'après midi suivant, Deirane se présenta au consulat d'Helaria. Le bâtiment avait été construit loin du centre, dans un quartier à la limite du misérable. Cet endroit isolé convenait aux desseins de la pentarchie, en lui offrant un endroit où les affaires pouvaient être discrètement menées. Cette discrétion était accentuée par l'attitude des habitants. Seul bâtiment en pierre dans un quartier en bois, lors d'un incendie il y quelques années, il avait hébergé les familles ayant perdu leur foyer et aidé à la reconstruction alors que le palais ducal s'était totalement désintéressé de l'endroit. Sans le savoir, le duc avait crée une enclave helariale dans son domaine. Les habitants ne respectaient plus son autorité mais celle de la pentarchie.

Alors qu'elle s'engageait dans la rue, un homme apparemment pressé la bouscula. Elle tomba, il s'écrasa sur elle. Elle allait protester, mais l'homme tout en se relevant, lui murmura, au milieu de ses excuses, quelques mots à l'oreille. « Vous êtes suivi, dit il.
- Qui êtes vous ?
- Un ami, que doit on faire ?
- Je ne sais pas, qui êtes vous ?
- On va le faire disparaître discrètement.
- Pas de meurtre.
- C'est votre vie.
- Veuillez déplacer votre main.
- Désolé. »Il se releva, non sans en profiter pour peloter Deirane comme un parfait malotru. Cette dernière ne savait pas s'il jouait un rôle à la perfection ou s'il profitait de la situation. Quoi qu'il en soit, elle n'appréciait pas. Elle rajusta sa tenue. Sa chemise était maintenant couverte de poussière et froissée. Elle s'épousseta rapidement de la main. L'homme lui fit de même dans le dos. Elle se retourna brutalement, lui jetant un regard franchement hostile. Un sourire gêné sur les lèvres, il s'écarta d'abord à reculons, avant de faire demi tour et de s'enfuir.

Saalyn attendait Deirane à l'entrée du bâtiment. « Je vois que tu es passée dans les pattes de cet obsédé, remarqua-t-elle simplement.
- Comment pouvez vous supporter un tel type dans les parages.
- Il a des manières désagréables mais ses renseignements sont de premier ordre. » Elle guida son amie à l'intérieur, fermant la porte derrière elles. « Quand même, il y a des limites à lui imposer.
- Je ne reste jamais suffisamment longtemps au même endroit pour m'en offusquer. » Tout en marchant, Deirane observait autour d'elle. L'endroit était bien différent de l'ambassade d'Helaria à Sernos, construite pour le prestige. Ce consulat était purement fonctionnel. L'endroit ne contenait que quelques bureaux, des salles de conférence, les dépendances et très certainement une salle de bal. Cette pièce est systématiquement la première que les helarians aménagent dans toute nouvelle construction, avant même d'installer les éléments de confort tels que les lits dans les chambres, voire les cuisines.

Le bureau de Wuq, au fond d'un long couloir était de toute évidence une pièce polyvalente, rapidement équipée pour l'accueillir durant son bref séjour. Un local très simple avec un bureau et deux chaises, des coffres ayant beaucoup voyagés remplis de documents et des étagères en désordre, tel était l'ameublement de l'endroit. De toute évidence le chauffage fonctionnait bien. Avec le soleil du sud qui illuminait la pièce, l'atmosphère était étouffante. Wuq avait ouvert la fenêtre et troqué sa tunique de cuir contre une de ces robes d'été que les femmes d'Helaria utilisaient dans leur patrie tropicale. Avec ses longs cheveux roux et sa silhouette gracile, qui lui donnait l'air d'une adolescente, on avait du mal à voir en elle une reine et plus encore une guerrière. A la vive lumière du jour, Deirane remarqua qu'elle n'avait pas la carnation d'une rousse, celle ci était plus mate, comme brunie par le soleil, détail qui révélait son origine non humaine. Mais les stoltzt ne bronzaient pas, en réalité ils pouvaient changer de couleur plus ou moins à volonté, comme les caméléons. Elle se demanda si c'était le cas ici.

D'un geste, la pentarque désigna les deux chaises. Saalyn et Deirane s'assirent. Wuq jeta un bref coup d'oeil sur l'humaine. « Des problèmes avec Evril ? demanda-t-elle.
- Il a transmis des renseignements à Deirane avec sa légèreté habituelle, répondit Saalyn.
- Et qu'avait il a annoncer d'intéressant ? » La veille, avec les bruits de la taverne, Deirane n'avait pas fait attention, mais maintenant elle remarquait l'accent de la pentarque. Comme si l'helarian avait été pour elle une langue étrangère. Ce qui était ridicule. « Que j'étais suivi, dit Deirane avec retard.
- Sa qualité d'informateur baisse. Si les renseignements qu'il nous donne deviennent aussi déplorables, nous n'avons plus aucune raison de supporter ses manières détestables. Tu es suivie depuis hier.
- Hier, releva Deirane avec surprise.
- Tu es sûre ? demanda Saalyn. » Le regard de Wuq sur sa guerrière libre la figea. « J'ignore de qui tu as attiré l'attention, mais il est riche. Suffisamment riche pour s'offrir les services d'un espion professionnel. Une veterante aussi compétente que toi Saalyn n'y a vu que du feu. J'ai moi même eu du mal à le repérer.
- Merci de me prévenir. J'ignore qui me fait surveiller, mais j'ai une petite idée.
- Qu'allons nous faire ? demanda Saalyn. » Wuq la regarda d'un air interrogateur. Elle répondit : « Nous ? Rien Cela ne nous concerne pas. Sauf si Deirane demande notre aide, dans ce cas là nous lui transmettrons nos tarifs. Désires tu notre aide ?
- J'ignorai que la pentarchie faisait payer la justice, répondit Deirane.
- La justice est gratuite en Helaria, riposta Wuq. Toutefois là il ne s'agit pas de justice mais d'une protection rapprochée. Ce service est payant.
- Sauf en cas de menace explicite, remarqua Saalyn, dans ce cas nous accordons notre protection sans contrepartie.
- Sauf en cas de menace explicite, acquiesça Wuq.
- Dans ce cas ... » Deirane hésita. Ses deux interlocutrices manifestèrent leur impatience en attendant la suite. « Dans ce cas, je peux engager une troupe de guerrier pour délivrer l'esclave. »

Wuq croisa les bras sur sa poitrine et s'enfonça dans son fauteuil. « Je crois que tu n'as pas très bien compris ce que nous sommes. Les guerriers libres helarians ne sont pas des mercenaires, mais une force de police ayant mandat pour exercer sur tout le continent. Ils effectuent des opérations de police, pas de commandos. Cela implique deux conditions. Tout d'abord qu'une demande de justice soit déposée auprès de nous. Ensuite que nous agissions dans la légalité des royaumes où nous exerçons notre activité. En Boulden, l'esclavage n'est pas illégal, mais aider une esclave à s'enfuir l'est. Tu peux déposer une demande auprès de nous pour libérer cette paysanne, mais le second point nous empêchera d'agir. » Les explications de la pentarque donnèrent à Deirane un air de chien battu. «Sauf si son propriétaire s'installe dans un territoire qui a interdit l'esclavage. » La remarque de Saalyn lui redonna espoir.« Si l'individu est bien celui que je pense, son domaine est au nord de Sernos.
- Avec un peu de chance, il pourrait même nous faciliter les choses et déposer son esclave dans un de nos consulat, lança Wuq d'un ton sarcastique. Réfléchit un peu. A l'heure actuelle, la moitié de la ville doit savoir que tu nous a rencontré hier. Dans son esprit, les chances que nous nous lancions à ses trousses sont loin d'être négligeables. En conséquence, il va s'arranger pour ne jamais tomber dans le cadre de notre juridiction. Ne compte pas le retrouver à Sernos. » Wuq, tu nous a convoqué uniquement pour saper le moral de Deirane ? » La petite stoltzin baissa la tête comme prise en faute.

Elle ouvrit un tiroir de son bureau d'où elle sortit un dossier qu'elle posa devant elle. « Tu as un fils très persuasif, reprit elle, il est venu me parler hier soir.
- Je ne pensais pas que vous l'écoutiez, vous ... » Deirane hésita. Le regard de Wuq pétilla d'amusement. « Tu pensais que mon partenaire accaparait toute mon attention. Ce n'était pas le cas. Dans un lieu public en territoire hostile, j'ai appris à être attentive à ce qui m'entoure. » Elle ouvrit le dossier. Dedans il n'y avait qu'un parchemin. La pentarque le prit et le tendit à Deirane. Il était rédigé en langue de Sernos, la langue natale de l'humaine, mais de toute évidence le scribe n'avait pas l'habitude de manipuler les cursives humaines. C'est pour elle qu'il avait été écrit.

C'était un avis du représentant bancaire d'Helaria en Boulden. Deirane le lut d'une traite. « C'est le nom de l'acheteur ! s'écria Deirane. Lergerin Aldower. En vingt ans, je n'ai jamais su son nom. »
- C'est le maximum que je puisse faire. Il faudra t'en contenter.
- M'en contenter ? Mais avec ça, je vais pouvoir le pister où qu'il se cache. »
S'il n'y avait pas eu le bureau, Deirane aurait sauté au coup de la petite femme et l'aurait embrassé. Vu la réputation de cette dernière, il était heureux que le bureau fut là. «Je vais vous envoyer Hester, dit Deirane, peut être pourra-t-il négocier le prêt de quelques soldats.
- Pour que je m'oublie au point de te confier une troupe, il faudra que ses talents aillent au delà de la négociation, dit elle en riant.
- Il a des chances de réussir ?
- Jusqu'à présent, personne n'a réussi. Mais qui sait. »

Wuq redevint brutalement sérieuse. Elle referma le tiroir d'un mouvement brusque. « Maintenant vas y, sauve cette fille, dit elle. Je ne peux pas t'aider mais tu as toute ma sympathie.
- Merci. » Deirane se leva, imitée par Saalyn. Elle fit quelque pas en direction de la porte, tout en pliant soigneusement le parchemin qui lui avait donné la pentarque. Juste avant de sortir, elle se retourna. « Il n'y a vraiment aucune chance d'avoir une troupe, demanda-t-elle
- L'acheteur n'a commis aucun crime en Helaria, ni dans aucun territoire où nous avons des accords, répondit Wuq, je suis désolée. » Saalyn referma la porte derrière elles.

Alors que Deirane allait se diriger vers la sortie, Saalyn la retint par le bras.
- Pas par là, suis moi, dit elle.
- Suivre ou ?
- A l'armurerie ?
L'humaine avait l'air surprise. Elle répéta les parole de son amie sans comprendre.
- On n'a pas le droit de t'aider, mais on peut t'équiper. Ou t'entraîner.
Elle entraîna Deirane dans les couloirs du bâtiments. En passant elle vit des bureaux ouverts, vide ou en train d'être vidés. Toutes les personnes qu'elles croisaient semblaient fébriles.

Il arrivèrent vite dans l'arsenal, une pièce sombre sans fenêtre et solidement fermée. En conformité avec le statut du bâtiment de consulat mineur, il était peu approvisionnée. Il y avait quelques épées et des dagues. Leur état montrait qu'elles n'appartenaient pas à Helaria, il s'agissait plus certainement du résultat des saisies opérées lors de l'arrestation des criminels poursuivis par la corporation. La plupart étaient certainement destinées à être refondues. Mais dans un coin soigneusement rangées dans un râtelier, il y avait quelques épées neuves. Saalyn ouvrit un tiroir. Devant il y avait un objet étrange, à la surface lisse mais non métallique et de petite taille, spécialement conçu pour être tenu dans une main. Deirane le reconnu aussitôt. « Un laser feytha, s'écria Deirane, vous en avez quelques uns ?
- Quelques uns en effet, répondit Saalyn. » La guerrière sortit l'arme du tiroir. Elle le présenta à son amie. « Qu'en faite vous ? Tout ceux que l'on trouve encore aujourd'hui ne fonctionnent plus.
- Nous avons appris à recharger les batteries. Par contre nous ne savons pas les reproduire et elles s'usent.
- Nous avons ça aussi. » D'un autre tiroir, Saalyn sortit une arbalète. Mais une arbalète étrange, de toute petite taille avec plusieurs carreaux auxquels correspondaient plusieurs arcs. La version adaptée à leur technologie du laser feytha. « L'arbalète à répétition. Capable de tirer plusieurs carreaux en rafale. Contrairement au laser, celle là est de notre fait. C'est un modèle à quatre carreaux, nous en avons jusqu'à huit. Au delà, elle deviennent encombrante et trop longues à recharger.
Saalyn reposa l'arbalète dans le tiroir, gardant le laser feytha.
- Nous préférons que l'existence de cette arme soit connu le plus tard possible. Nous ne sommes pas encore assez fort pour résister à un pogrom, ce qui arriverait si notre avance dans ce domaine était connue. Aussi je vais te prêter celle là, dit elle en montrant le laser.
Elle entraîna Deirane dans une salle juste à côté. Elle était inoccupée pour le moment. Mais en temps normal elle devait constituer le bureau de l'économe, le fonctionnaire indispensable au fonctionnement du système helarian.

Pendant que la blonde guerrière préparait l'arme, Deirane se décida à l'interroger sur l'ambiance bizarre du consulat. « J'ai une sensation étrange, une sorte de malaise autour de nous, que se passe-t-il ?
- Même toi tu le ressents.
- Comment y être insensible. Tout est chamboulé. Ce n'est pas le premier consulat que je vois dans un territoire hostile. Et d'habitude vous ne vous comportez pas comme ça. Vous vous tenez toujours prêt à subir une attaque. Or là, on dirait que vous allez quitter Boulden. J'ai comme l'impression que des événements graves se préparent.
- Les événements sont déclenchés depuis plus d'un mois, mais c'est seulement maintenant que la nouvelle nous arrive. Nous quittons effectivement Boulden. Nous devons nous rendre à Kushan. Nous sommes en guerre.
- En guerre ? » L'énormité de la nouvelle coupa net Deirane dans son élan.« Mais contre qui ?
- Je n'ai pas tous les renseignements, mais j'ai entendu parler des villes de la Ligue des Princes Marchands, associés à quelques royaumes humains. Des drows seraient aussi de la partie. Plus d'une dizaine de seigneuries au total. Mais il semblerait que c'est Shaab qui dirige les opérations.
- Et comment ça se passe pour le moment ?
- Plutôt mal en fait, nous avons été pris par surprise. Luzen est prise et Neiso a été attaquée aussi. Les îles jumelles et Honëga sont totalement dévastées.
- Plutôt mal. Vous avez pris une sacrée déculottée oui. A ce stade là, on ne dit pas, plutôt mal, mais on parle de catastrophe.
- C'est çà, enfonce le clou d'avantage.
- Je suis désolée. » Deirane prit un air contrit. Elle pouvait parler d'Helaria avec légèreté vu que pour elle c'était une destination lointaine où elle n'avait jamais mis les pieds. Mais elle avait oublié que c'était la patrie de Saalyn.»
- Que veux tu ? reprit elle après un moment. Au cours de ces dernières décennies, nous avons vécu en paix. Nous avons relâché notre vigilance. Nos convois étaient des cibles faciles, aussi notre flotte s'est occupé de les protéger en priorité. Nos terres étaient moins bien défendues, nous comptions sur notre insularité pour nous protéger. Nous avions oubliés qu'avec nos dernières acquisitions territoriales, nous étions maintenant un royaume principalement continental. Et la richesse de certaines villes à déplacé le coeur de notre économie vers le continent. Nous sommes devenus vulnérables.
- Qu'allez vous faire ?
- Je ne sais pas ce qui est prévu. Mais après la défaite Feytha, la recolonisation des continents s'est faite en suivant les côtes et les principaux fleuves. Et le plus grand est l'Unster celui qui irrigue Sernos, deux royaumes majeurs et une douzaine de cités-états richissimes pour la plupart, sans compter les royaumes satellites comme les nains dans les montagnes. Et nous sommes à l'embouchure. La guerre serait aussi catastrophique pour eux que pour nous. Nos ports de Kushan, Imoteiv et Honëga sont leur principaux points d'accès vers les autres provinces civilisées et les seuls vers le second continent. Nous ferons certainement appel à leur aide pour tenir le temps que notre flotte revienne et puisse repousser l'envahisseur. D'ailleurs, Boulden est justement la cité okarianne la plus nordique. Cela expliquerait que ma pentarque s'attarde ici alors que nous n'y sommes pas les bienvenus. Elle doit certainement négocier avec le duc pour avoir les fonds nécessaires pour recruter des mercenaires.
- Boulden pourrait choisir un autre port pour son commerce.
- Lequel ? » Lequel en effet, pensa Deirane. Hors Helaria, les seuls autres ports étaient soit Naïla accessible au terme d'un voyage de plus de mille longes, soit Shaab et Orvbel qui n'étaient reliés à aucune route.»

Tout en discutant, Saalyn avait accroché une cible au mur opposé. Revenant vers l'ancienne reine , elle pris l'arme feytha qu'elle avait déposé sur le bureau. « Assez discuté maintenant, dit elle, on s'entraîne. Après tu me raconteras la suite de ton histoire d'hier. Et ensuite on se préparera pour la fête de ce soir.
- Vous allez faire la fête ce soir, malgré ce qui se passe ?
- Ne pas la faire arrangerait les choses ?
- Non mais ...
- Dans ce cas, pourquoi l'annuler ?
- Pourquoi en effet. » Malgré tous les mois passé en leur compagnie, Deirane n'était pas arrivée pas à s'habituer à la mentalité stoltz. Elle pris l'arme des mains de Saalyn et se mis en position comme celle ci le lui indiquait.

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