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Romans en lignes : Retard eternel : Prologue, Des debuts difficiles
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Autres Univers - Retard eternel : Prologue, Des debuts difficiles


Retard éternel

Prologue

Des débuts difficiles

Je ne sais que faire. A chaque fois que j'essaie, j'échoue. Il ne peut s'agir que d'une malédiction. La première fois c'était la première fois (non ce n'est pas drôle) que j'allais à l'école, à la maternelle; ma mère avait prévu d'arriver un quart d'heure avant pour discuter avec l'institutrice au sujet de mon "intégration" comme sûrement toutes les mères à cette époque de la vie de leur premier enfant. Malheureusement, cela a commencé à la maison : n'ayant aucune envie de quitter l'enceinte familiale même temporairement, je fis un scandale, pleurant et criant. Malgré cela, ma mère me traîna littéralement dans la rue. Jusque là, nous pouvions encore y arriver. Mais la fatalité s'abattit sur nous en tournant sur le boulevard sous la forme d'un parpaing de béton venant de l'échafaudage encombrant la majeure partie du trottoir. Le parpaing s'écrasa juste devant nous projetant des débris dans toutes les directions. Ma mère fut blessée à l'œil et une ambulance fut appelée pour l'amener à l'hôpital. En l'attendant, elle demanda à M. Levoinet, un habitant du quartier qu'elle connaissait bien, de m'emmener à la maternelle. Nous nous mîmes en route rapidement et il semblait que rien ne pouvait plus mal tourner et que j'allais enfin arriver au but. C'était sans compter la densité scolaire de la ville et le fait que je me trouvais sur le boulevard central équidistant d'à peu près toutes les localisations possibles de la ville. Effectivement, comme certains l'ont peut-être deviné, il m'amena sans encombre à la maternelle mais ce ne fut pas la bonne. Le temps de comprendre l'erreur, c'est-à-dire de se voir dire à quatre reprises qu'il devait y avoir une erreur, de chercher dans des piles de papiers administrativement classés (je n'ose pas mettre aléatoirement donc j'ai utilisé le plus proche synonyme), et enfin de se voir suggérer que c'était peut-être à l'autre maternelle que j'étais inscrit, il était déjà trop tard. Mais le destin s'acharnant sur moi, la situation allait encore s'aggraver voire tourner au ridicule. M. Levoinet, bien que très serviable, demanda à ce qu'un des surveillants m'amène à l'autre maternelle car lui n'avait "pas que ça à foutre de trimballer un gamin impotent par toute la ville". Il est inutile de vous faire croire qu'un surveillant a accepté, les réponses/excuses données étant du genre "je ne suis pas payé pour ça", le principal venant même à leur aide en déclarant que l'assurance de l'école ne pouvait couvrir un cas comme celui-là. Finalement au bout de deux heures, ils décidèrent d'appeler un taxi et de faire passer la course sur le fonctionnement interne de l'école (exceptionnellement mais faut-il le croire). De mon côté, j'étais plutôt paniqué de toute l'agitation qu'apparemment je provoquais, d'ailleurs je ne comprenais absolument pas ce qui se passait. On me mit, pour ne pas dire jeta, dans le taxi qui estima la course (avec une marge de 10% au-dessus de sa valeur réelle) avant de partir. Le chauffeur aurait dû demander plus car il dut faire plusieurs détours après qu'un accident ait bloqué le fameux boulevard central ce qui rallongea le trajet du double de distance mais du triple de temps (mais comme les maternelles n'étaient pas si éloignées, ça ne prit qu'un quart d'heure pour 10 minutes à pied). Plutôt énervé, le chauffeur me débarqua devant les grilles de la "bonne" maternelle et s'en alla grommelant des mots que je ne pouvais comprendre à l'époque (maintenant je dois en connaître plus que lui). Pour la... hum... énième fois de la journée, je me mis a pleurer. Au bout d'une vingtaine de minutes environ, agacé sans doute par le bruit incessant que je faisais près de son dorto... heu... bureau, un surveillant vint s'enquérir de ce que je faisais là à pleurer seul dans la rue. Après avoir écouté mes bafouillements analphabétiques, il me fit entrer et me mena à son bureau. Je franchis donc les grilles de la maternelle avec environ deux heures et demi de retard le premier jour. Dans le bureau, il me demanda mon nom et à partir de là, tout s'arrangea excepté que j'étais traumatisé à vie par le fait de me rendre a l'école.

Voila donc comment tout a commencé. Anecdotique... pensez-vous ! Ce n'est pas le cas. Le deuxième jour, j'arrivais également en retard d'une heure malgré un départ tel que celui du premier jour. Le troisième jour, ma mère ayant subodoré le fait que la ponctualité ne serait jamais mon point fort, nous partîmes de façon à arriver une heure en avance si rien ne venait perturber le trajet. Je vous passe les détails : nous sommes arrivés, ensemble tout de même, devant la maternelle vers deux heures de l'après-midi. Après cette journée ou plutôt ce trajet épuisant, pas tant physiquement que nerveusement, ma mère eut souvent recours à une aide psychologique. A ce propos, elle changea souvent de psychologues pour deux raisons principales : premièrement, elle pensait, et le pense toujours, que tous étaient des charlatans et deuxièmement, les seuls "conseils", que les premiers consultés donnèrent, furent que toute cette histoire n'était qu'une banale affaire de coïncidences et que tout finirait par s'arranger très vite. Vu la suite des évènements, on pourrait prétendre d'après la deuxième affirmation que la première n'est sans doute pas dénuée de tout fondement. Finalement, elle en trouva un qui lui dit que tous ces retards à répétition viendraient de mon inconscient parce que je ne veux pas aller à l'école. Ça me mettrait dans un état particulier, appelé transe subjective, qui me permettrait d'altérer légèrement mon environnement et provoquer les évènements qui me retardent. L'explication, aussi peu rationnelle soit-elle, séduisit ma mère qui se mit a consulter régulièrement ce psychologue, engloutissant une bonne partie des finances du ménage dans des discussions stériles et sans fin avec cet homme qui paraissait toujours vouloir la voir plus souvent sans jamais l'écouter vraiment.

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