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Romans en lignes : Retard eternel : Un autre exemple, Un obstacle surmonte
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Autres Univers - Retard eternel : Un autre exemple, Un obstacle surmonte


Retard éternel

Un autre exemple

Un obstacle surmonté

Revenons-en à moi ou plutôt à ma malédiction puisque c'est de cela que je veux vous entretenir. Pour que vous ajoutiez foi à mes déclarations, je pense qu'il vous faut un autre exemple de cette situation infâmante dans laquelle je suis depuis mon plus jeune âge. Dans un des nombreux emplois que j'ai effectués (ce n'est pas que je sois doué pour trouver du travail mais on ne me garde jamais longtemps quand on finit par découvrir mon "problème"), j'avais une réunion pour discuter des précisions à apporter pour l'avancement d'un projet en fin de matinée (au moment où tout le monde pense à manger et où personne n'ose intervenir de peur de faire durer la séance trop longtemps). Comme je savais que je n'arriverais jamais à temps, je décidai d'y aller directement au moment où j'arriverais au boulot (si tant est que j'arrive à temps pour cette fameuse réunion). J'avais bien essayé de dormir dans les locaux de l'entreprise mais la compagnie n'avait jamais prévu ce genre de cas et craignant la colère (injustifiée ici) des syndicats, on me demanda de rentrer dormir chez moi. Je n'obtempérai que de mauvaise grâce devant l'insistance du gardien de nuit à me pousser de façon ferme mais brutale vers la sortie. Ce matin-là, donc, j'arrivai avec une heure et demie de retard (seulement) sur mon lieu de travail : il me restai donc une heure avant le rendez-vous. Néanmoins, je décidai de me rendre directement dans la salle de réunion afin, pour une fois, d'être à l'heure quelque part; j'étais encore assez jeune (22 ans) pour croire que je pourrais le faire. Le trajet jusqu'à cette salle étant de "20m, à droite au fond du couloir, à côté du bureau d'accueil de la secrétaire", je me disais qu'en une heure, même pour moi, c'était faisable.

Prenant mon courage à deux... pieds ainsi que tous les documents et accessoires nécessaires pour assister à une réunion de ce type, je sortis de mon bureau pour me diriger vers la salle susdite. Au bout du second mètre, une grande frayeur s'installa en moi lorsque je vis un collègue se tourner vers moi pour m'aborder. Je craignais en effet que celui-ci ne m'embarquât dans une discussion passionnée, bien qu'inintéressante, qui me ferait perdre un pourcentage de temps assez conséquent pour qu'un autre évènement fortuit ne s'interposa entre mon rendez-vous et moi ne me laissant absolument aucun espoir d'arriver à bon port dans le temps imparti1. Reconnaissant mon futur interlocuteur, je me pris à reprendre du poil de la bête (l'interlocuteur en question n'en ayant visiblement plus beaucoup pour lui-même) car c'était un mécréant de la plus vile espèce qui me narguait sans cesse depuis qu'il s'était aperçu que je n'étais pas encore arrivé une seule fois à l'heure au bureau; j'avais pris coutume de l'ignorer, lui et ses remarques gluantes puant la condescendance de quelqu'un qui ne peut que s'en prendre à un individu possédant une tare extraordinairement surdéveloppée (comme moi) puisque, de son côté, n'ayant aucun talent, dépourvu de toute qualité pour compenser ces nombreux, mais néanmoins communs, défauts, il n'était qu'un petit sous-fifre voué à être le souffre-douleur de toute la communauté piaillante qu'était l'équipe occupant les bureaux alentours2. Qu'il me lançât donc une pique cinglante, je ne lui répondrais pas et passerais mon chemin pendant qu'il rirait derrière mon dos pensant que j'étais trop lâche pour me défendre. Néanmoins, en mon for intérieur, je craignais que ce gueux me bloqua la voie pour me cracher des mesquineries en pleine poitrine (oui, il n'est pas très grand, chacun ses problèmes) et me faire perdre un temps que j'estimais précieux. Or, à mon grand étonnement, il n'en fut rien : il se contenta, comme il le faisait tous les jours, de me faire remarquer que j'étais DEJA arrivé, que c'était un MIRACLE et qu'il allait appeler tout le monde pour fêter ça. Pendant qu'il débitait ses ironies d'une subtilité comparable à la finesse de l'excuse d'un lycéen redoublant pour justifier son absence d'un cours en milieu de demi-journée3, je passais devant lui, semblant négliger son volume corporel tellement mon changement de trajectoire pour l'éviter fut minuscule et tout juste suffisant pour ne pas le bousculer mais simplement le frôler, lui imprimant un mouvement de recul qui ne l'empêcha pas de continuer sa diatribe. En fait, j'aurais aimé le bousculer vraiment et m'étonner : "Tiens, tu étais là !" mais sentant quelque piège du destin, je préférai m'abstenir au cas où ma malédiction me jouerait des tours, me retrouvant ainsi dans une situation où je n'arriverais jamais en salle de réunion. Je continuai donc mon chemin sans m'arrêter et, à ma grande surprise, il ne m'arrêta pas, ni me retint, lançant juste quelques imprécations et une remarque caustique sur le fait qu'à peine arrivé, je me rendais déjà ailleurs que dans mon bureau, sûrement dans la salle de repos ; il ne se rendait même pas compte que ladite salle de repos était dans la direction opposée à celle que j'empruntais. Maudissant son indécrottable stupidité, je le laissais planter devant son bureau où il n'avait d'ailleurs rien à faire, ce qui finalement lui valut un propos acerbe d'un de nos collègues que je remercie de lui avoir cloué le bec.
1:   NDLA : ça c'est de la phrase qu'elle paraît bien bidon alors qu'elle l'est pas... ou pas
2:   NDLA : vous remarquerez le style qui devient de plus en plus élaboré, mais maintenant que j'ai atteint le stade "bouffi", je vais essayer de limiter mon enthousiasme personnel pour revenir à une prose plus conventionnelle et didactique car, en fait, l'intrigue n'avance pas, là
3:   NDLA : c'est là qu'on voit que je suis passé de l'humour de situation, très prisé, à l'humour syntaxique gras, voire lourd, qui fait le succès de certaines émissions de radio ou de télévision que je préfère ne pas nommer tellement j'ai honte de me comparer à elles

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