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Romans en lignes : La paysanne : Grande Route du Sud, De nos jours
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Autres Univers - La paysanne : Grande Route du Sud, De nos jours


La paysanne

Grande Route du Sud

De nos jours

La partie n'était pas tout à fait terminée quand le bac sur lequel la guerrière avait posé sa marque fut détaché pour être amené devant le ponton d'embarquement. Deirane se releva et épousseta sa tenue. « Match nul, dit elle, la partie n'est pas finie.
- Comment ça match nul, rétorqua Saalyn, encore deux coups et tu étais mat.
- Ça n'est pas sûr. J'avais plusieurs échappatoires possibles.
- Tu n'en avais aucune. » Pour la troisième fois, Levander appela sa chef. Ce coup ci, Saalyn l'entendit. Elle se retourna. « Qu'y a-t-il ?
- Regarde le ciel.» Elle leva les yeux vers le haut. Des nuages noirs s'accumulaient sur l'horizon est. La pluie était pour bientôt. Sur la pentarchie, la période des tempêtes approchait. Pendant cinq mois, des cyclone allaient s'abattre sur l'archipel au rythme de un toutes les deux ou trois douzaines. A Boulden, et les royaumes du centre du continent, cette période de mauvais temps se manifestait par des pluies diluviennes. L'expédition n'allait pas être une partie de plaisir. «Tu as prévu des vêtements étanches ? demanda Saalyn.
- Non.
- Tu vas être un peu mouillée.» Elle se tourna vers ses hommes. «A votre avis, cette pluie est dangereuse ?
- Je ne pense pas, répondit une stoltzin d'apparence jeune malgré son gabarit, ces nuages là n'ont pas traversé les plaines empoisonnées.
- C 'est aussi mon avis. Les nuages ont l'air sains. Aucune lueur malsaine n'est visible d'ici.
- De toute façon, elle ne tombera pas avant ce soir. Nous avons le temps pour prendre des précautions.
- Nous aviserons quand le moment sera venu, conclut Saalyn.» Levander se tourna vers ses troupes. «Debout tout le monde, on y va, ordonna-t-il.» En quelques tôsihons, les affaires que les guerriers avaient sorties pour s'occuper réintégrèrent les fontes.

La troupe au complet se présenta devant le bac. Il était temps. Malgré les protestations du chef de quai, un riche commerçant avait déjà commencé à faire embarquer ses affaires. Saalyn s'avança. «Un problème messieurs ? demanda-t-elle
- J'ai essayé de lui expliquer, s'excusa le chef de quai, mais il ne veut rien savoir.
- Je suis pressé, j'ai besoin de ce bac. Tout de suite, lança le commerçant.
- Moi aussi je suis pressée, et j'ai réservé ce bac, rétorqua Saalyn.
- Vous pouvez tout aussi bien prendre le suivant.
- Affaires d'Helaria, je pourrai, mais mon devoir m'oblige à embarquer dans celui là.
- Je vois. Combien vous faudrait il pour oublier votre devoir ?» Le regard qu'elle lui lança contenait des éclairs. «Le devoir d'un guerrier libre n'est pas monnayable.
- Je voulais dire, pas pour l'oublier, mais pour ... le mettre en suspend, le retarder.
- Impossible.» Le commerçant bomba le torse. «Vous ne savez pas qui je suis, lança-t-il d'un ton de défi.
- En effet.» La simplicité de la réponse le désarçonna, il ne sut plus que dire.

Saalyn tourna la tête vers le chargement. Celui ci ne consistait qu'en une seule charrette tirée par un cheval. Mais son contenu, masqué par une bâche, l'intriguait. Il était bien carré. Ce n'était pas des ballots - ils auraient été repartis de façon bien plus intelligente -et c'était trop petit pour être une cage. Elle s'approcha pour en savoir plus.

Le cheval lui inspira de la pitié. Il était maigre, visiblement maltraité. Vu son état, il aurait été mieux dans un pré ou une écurie à reprendre des forces. Pourtant il avait du être une belle bête autrefois. Puis elle passa au chargement. Elle souleva la bâche «Attendez, s'écria le marchand, que faites vous ?» Pour toute réponse elle lui envoya un vague sourire et passa la tête sous le tissu. Quand elle ressortit la tête, elle lança un regard dubitatif aux spectateurs. D'un geste vif, elle retira la bâche et la balança dans l'eau. Après un instant de stupeur, un grondement menaçant s'éleva du groupe des helarians.

C'était bien une cage sur la charrette. Haute d'à peine plus une perche et demi, un homme, même aussi petit que Muy n'aurait pu y tenir debout, ni allongée. Elle était conçue pour la capture du gibier de taille moyenne, pas pour emprisonner un humain. Encore moins trois. Parce que c'étaient des êtres humains qu'elle contenait. Trois femmes étaient serrées dans l'étroit espace. Trois esclaves destinées de toute évidence à assouvir les plaisirs charnels de leur propriétaire. Elles étaient entièrement nues. Minces, la peau foncée, les cheveux noirs légèrement frisés, elles étaient d'une très grande beauté. Les deux plus jeunes, pétrifiées, étaient blotties l'une contre l'autre. Elle étaient à cet âge qui hésite entre l'adulte et l'adolescence -peut être douze ou treize ans. Elles se ressemblaient tant qu'elle étaient indubitablement des soeurs, très certainement des jumelles. Leur aînée avait l'air plus farouche, elle tentait de toiser d'un regard menaçant ceux qui les regardaient. Mais à l'étroit comme elle l'était, elle était peu convaincante. La silhouette athlétique, légèrement plus musclée que ne le sont habituellement les humaines - mais moins qu'un homme -elle était aussi belle que les deux plus jeune, même si de toute évidence elle était de la génération précédente, vingt sept ans environ. Leur ressemblance témoignait d'un lien familial fort. Elle était sans aucun doute leur mère. Son expression disait clairement qu'elle était prête à tout pour sauver ses filles.

Saalyn connaissait ce genre de pervers. Ses semblables estimaient que faire l'amour avec deux soeurs jumelles ou avec une femme et sa fille en même temps, constituait le plus grand des délices. Celui là avait réussit à obtenir les deux à la fois. Au moins n'avait il pas séparé la mère de ses filles. Mais c'était le seul bienfait de cette histoire. La suite de leurs aventures serait certainement moins enviable.

Il ne fallu que quelques tôsihons à la guerrière pour prendre sa décision. Elle redescendit à terre et se dirigea droit vers le marchand. «Le bac est grand, nous pourrons certainement nous arranger, dit elle.
- Vous nous prenez avec vous ?
- J'ai réservé ce bac. Alors si vous me payez un petit quelque chose, je ne vois pas d'inconvénient à prendre des passagers supplémentaires.» Elle fit signe à Levander qui fit embarquer ses hommes. « Je peux prendre des passagers ? demanda-t-elle au chef de quai.
- Si vous payez leur droit de passage, répondit il.
- Qui s'élève à ?
- Pour combien de personnes ?
- Le cheval, la charrette, les trois passagers et toutes les affaires de cette personne.» Le fonctionnaire calcula mentalement la somme avant d'annoncer le prix. «Trois quarts de cels, dit il enfin.» Le commerçant resta interloqué devant la faiblesse de la somme. Saalyn paya avant qu'il ai pu réagir. Puis elle annonça. «Vous me devez huit cels.
- Huit ? Mais il a dit trois quart ...
- Ça c'est ce que moi j'ai payé pour le supplément de passager. Les huit cels sont ce que vous devez me payer pour que je vous laisse partager mon bac.
- C'est hors de prix. C'est scandaleux.
- Vous pouvez toujours prendre le prochain bac libre.
- J'accepte de payer deux cels.
- Huit cels, riposta Saalyn.
- Trois cels et c'est mon dernier prix. Avec une telle somme je pourrai presque avoir le bac au grand complet.
- Il est dans combien de temps, le prochain bac libre ?
- Pas avant trois monsihons, répondit le chef de quai.» Le marchand blêmit. «C'est d'accord, dit il, je vais payer.» Il prit la bourse accrochée à sa ceinture et compta la somme demandée qu'il remit à la guerrière. Au passage, elle pu remarquer que la bourse était bien rebondie. «Merci, dit elle.»

Saalyn monta à son tour sur le bac. Le marchand se préparait à la suivre, mais le chef de quai l'arrêta. «Désolé, dit il, mais votre droit de passage n'a pas été réglé.
- Mais enfin, s'écria-t-il, elle vient de le faire, à l'instant.
- Non, elle a réglé pour la charrette, le cheval, les trois esclaves et vos affaire. Pas pour vous, ni pour votre escorte.
- D'accord. A combien s'élève ce droit de passage ?
- Elle a réservé le bac, il faut son autorisation.» Élevant la voix, il demanda. «Je peux l'autoriser à monter ?
- Bien sûr que non, répondit Saalyn.» Le marchand resta muet de stupéfaction. «Mais c'est du vol, s'écria-t-il.
- Absolument pas, vous avez accepté la transaction.
- J'ai accepté pour mes hommes et moi, comme elle l'a promis.
- Je n'ai rien promis de tel. Je n'ai parlé que de passagers supplémentaires, sans préciser lesquels et demandé le prix pour la charrette et son contenu. A aucun moment vous et vos hommes n'avez été évoqués.» Le marchand était rouge, à la limite de l'apoplexie. Il fit un geste pour ordonner à ses hommes d'avancer. Aussitôt, les gardes du port s'interposèrent entre lui et le bac. Les Helarians semblèrent chagrinés de cette intervention qui les empêchait d'en découdre avec cet esclavagiste.

Le pilote fixa la chaîne qui empêchait les gens de tomber à l'eau puis poussa le bac libéré de ses amarres dans le courant. «Vous avez intérêt a m'attendre de l'autre côté sinon je porte plainte pour vol et vous serez interdite de séjour à Boulden, lança rageusement le marchand.
- De l'autre côté ce n'est pas Boulden connard, lui renvoya Saalyn, mes actes ne leur importeront pas.
- Alors je me plaindrai à la Pentarchie d'Helaria, répliqua-t-il.
- Vas y, ma pentarque est au port. Mon nom est Saalyn, n'oublie pas de lui dire, Saalyn S.A.A.L.Y.N.» Elle épela distinctement son nom dans l'alphabet humain, puis dans celui d'Helaria, pendant que le bac s'éloignait. Un rugissement s'éleva derrière eux. La plus âgée des esclaves, qui avait compris qu'elle venait de recouvrer sa liberté adressait un geste obscène à son ancien propriétaire accompagné des mots les plus grossiers qu'elle pu trouver.

Deirane vint s'appuyer au plat bord, juste à côté de la guerrière. «Le chef de port à réagit de façon extraordinaire. J'aurai jamais pensé qu'il serait contre l'esclavage.
- Il n'est pas contre l'esclavage, répondit Saalyn, sinon il ne vivrait pas à Boulden. Il est contre la façon dont celui traite ses esclaves. Une cage trop petite pour bouger, une bâche étouffante et même pas de vêtements alors que la pluie approche .» Saalyn quitta son amie. Elle se dirigea vers Levander « Il faudrait peut être les délivrer, lui dit elle
- Bien sûr. » Il désigna un elfe parmi ses hommes. «Toi, sors les de là, ordonna-t-il. Et vous autres, trouvez leurs des vêtements.» Il constata alors que la deuxième partie de son ordre était inutile. Ils avaient tous commencé à fouiller leurs affaires.

L'elfe s'approcha de Levander. « J'ai déjà jeté un coup d'oeil sur le cadenas. Une bonne mécanique, solide. Et une chaîne bien épaisse. Je n'ai pas le matériel ici.
- De quoi as tu besoin.
- Pour ouvrir le cadenas sans le détruire, il me faudrait un matériel spécial. Mais si nous ne voulons pas le conserver, une bonne tenaille me permettra de couper la chaîne.
- J'envoie quelqu'un.» Il se dirigea vers une stoltzin. «Il faudrait que tu ailles chercher quelque chose au navire.
- Lourd ?
- Une tenaille.
- Ça devrait aller. Autre chose ?
- Demande à Lorelden s'il a besoin de plus. Peut être un assortiment de vêtements.» La femme hocha la tête. Elle alla prendre des consignes supplémentaires auprès de l'elfe.

Les guerriers firent barrage pour que les pilotes ne puissent pas voir ce qu'elle faisait. Autant que possibles, les capacités nautiques des stoltzt devaient rester secrètes. A l'abri derrière le mur de corps, elle se déshabilla. Elle s'enduisit le corps de graisse pour mieux glisser dans l'eau et se protéger des poisons qu'elle contenait. Puis elle se laissa glisser hors du bac, maintenue par deux solides gaillards qui la lâchaient progressivement. Aussitôt elle plongea. Quand elle émergea pour prendre son souffle, un bon calsihon plus tard, elle avait déjà parcouru la moitié du chemin.

Quatre calsihons plus tard, alors que le bac était au milieu du fleuve, en plein dans le courant et dérivait vers le sud. Elle rejoignit le bord. Toujours en la masquant, deux stoltzt la prirent par une main et la hissèrent à bord. Elle avait tout ce qu'on lui avait demandé. Elle tendit la tenaille à Lorelden qui se précipita pour accomplir sa mission, passa un sac étanche à Saalyn et se laissa tomber assise par terre pour reprendre son souffle. Un de ses compagnons l'enveloppa dans une serviette bien épaisse. Elle lui envoya un regard reconnaissant avant de s'adosser contre le plat bord et de fermer les yeux.



Le sac étanche ne s'était révélé en fin de compte pas si étanche que ça. Les vêtements qu'il contenait étaient mouillés. Ils devaient d'abord être rincés et séchés avant d'être portés. En attendant que les vêtements puissent être rincés et séchés, eurent à leur disposition plus de capes et de couvertures chaudes qu'il n'en fallait pour tout un régiment. Après avoir été coincé dans un espace aussi étroit, elles étaient incapable de tenir debout. Il fallu les soutenir. Les deux adolescentes disparurent bientôt au milieu d'un tourbillon de soldats attentionnés qui cherchaient à les vêtir, à les réchauffer, leur donner à boire ou à manger. Elles semblaient affolées mais en même temps soulagées. La mère manifesta le désir de rester seule. Une guerrière l'aida à s'asseoir dans un coin tranquille. Elle surveillait ses deux filles qui ne savaient plus où donner de la tête.

Saalyn la rejoignit et s'assit en tailleur en face d'elle. L'ancienne esclave s'était enveloppée dans une cape chaude, pour se protéger du vent froid qui descendait des montagnes, mais en aucun cas pour protéger sa pudeur. Sinon elle aurait ramené le morceau de tissu sur une cuisse bien tentante pour les mâles qui les accompagnaient. Habitude ou résignation, la guerrière ne su le dire. Elle lui tendit une tasse d'infusion bien chaude que la femme accepta avec reconnaissance. « Mon nom est Saalyn, se présenta la guerrière, je suis le chef de cette troupe pour la mission en cours.
- Il m'a semblé avoir entendu ce nom, répondit elle d'une voix lasse. Vous êtes la Saalyn d'Helaria, la justicière qui défend les faibles.
- C'est ce qu'on dit de moi ? Je n'ai rien d'une justicière vous savez ? Je vais là où on me dit, je remplis les missions que l'on me donne, rien de plus.
- Vous aviez pour mission de me délivrer ?
- Non, ça c'est un bonus. » Le femme n'ajouta rien, mais son expression en disait long. Saalyn ne répondit que par un petit sourire. « Et maintenant ? reprit l'ancienne prisonnière. » Elle lança un regard de défi à Saalyn. Cette dernière la regarda se réchauffer les mains au contact de la tasse. Il ne faisait pas si froid que ça pourtant. En fait, il faisait même plutôt chaud, un temps normal pour la saison. Sans le vent d'ouest, elle aurait même adopté une tenue plus légère. « Maintenant quoi ? demanda Saalyn.
- Qu'allez vous faire de moi ?
- Mais rien. » L'esclave leva un regard étonné vers la guerrière. « Ai je le droit de faire quelque chose de vous ? Je ne pense pas, les décisions qui vous concernent vous appartiennent. Que voulez vous faire de vous ?
- Je ne sais pas. Il y a moins d'une douzaine, cette question n'aurait eu aucun sens.
- Elle en a un maintenant. Réfléchissez y. Quoi que vous choisissiez, nous vous aiderons dans la mesure de nos moyens.» La beauté noire esquissa un sourire triste. «On m'a fait beaucoup de promesse ces derniers temps qui n'ont pas été tenues.
- Celle là le sera. Ou alors c'est que je serai morte. »


Alors que Saalyn prenait appui sur le sol pour se relever, la femme dit : «Je m'appelle Aster.
- Aster, c'est un mot helarian, il signifie.
- Troisième, je sais. Dans mon royaume on utilise l'helarian comme langue.
- En général les humains utilisent l'yriani.
- Mon peuple était constitué de réfugiés, anciens esclaves pour la plupart. Nous venions d'horizon divers et parlions différentes langues. Nous avons choisi votre langue parce que vous n'avez jamais eu d'esclaves, ni chassé un paysan de ses terres. Et puis, quel pays porte un plus beau nom qu'Helaria. Liberté.
- Helar signifie libre. Et liberté se dit helarnin. Helaria n'a aucune signification. Ce n'est qu'un prénom à l'origine, et même pas helarian.
- C'est quand même proche. C'est un bon présage.
- Mon pays porte ce nom parce que son fondateur s'appelait ainsi. Et si lui portait ce nom c'est uniquement parce que ses parents l'ont nommés ainsi.» Après un instant de réflexion, Saalyn ajouta. «Je ne connais qu'un seul royaume humain qui utilise l'helarian comme langue officielle. Fraaker. Ce n'est pas sur notre chemin, mais nous pourrions vous y ramener après notre mission. Le désirez vous ?
- Inutile, Fraaker n'existe plus. Ferleren y a veillé.
- Je suis désolée.» Saalyn se rassit. «Que savez vous faire ? Je pourrai vous aiguiller vers un endroit qui pourrait vous convenir.
- Vous avez parlé d'une mission. Dites moi en plus.
- Nous allons délivrer une esclave retenue prisonnière par un drow.
- Vous aurez à vous battre ?
- C'est probable.
- Je préférerai tenir mes filles à l'écart d'une bataille.
- Nous devons laisser une partie des nôtres en arrière pour préparer notre repli. Vous y serez à l'abri pendant le déroulement des opérations.
- C'est parfait. Mes filles resteront en arrière. Moi je vous accompagne.» Saalyn hésita un moment. « Les hommes que l'on m'a confié sont des soldats d'élite. Pour nous accompagner, vous devrez faire partie des meilleurs. Vous savez vous battre ? demanda-t-elle, utiliser un épée ? » Aster hocha la tête. « J'étais garde du palais de l'archonte de Fraaker. Donnez moi une épée, je vous prouverais ma valeur.
- Garde du palais de Fraaker.» Saalyn connaissait cette troupe d'élite. Elle était célèbre par son efficacité. Elle se demanda comment une telle combattante, si elle ne vantait pas, avait pu se retrouver esclave. Une rapide réflexion lui donna la réponse, tant elle était évidente. Les filles bien sûr. Il avait suffit de les menacer pour neutraliser leur mère. « Je n'ai pas très envie de me battre contre vous. Pour me faire ridiculiser devant mes hommes. Même si j'ai une bonne excuse ces temps ci. » De la main gauche, elle désigna son bras d'épée immobilisé dans son écharpe. « Que vous est il arrivée, demanda Aster.
- Un carreau d'arbalète. Il m'a cloué au mur.
- Ça a du être douloureux.
- Je n'y ai pas porté attention. Quand c'est arrivé, mes assaillants étaient en train de m'ouvrir le ventre. » D'un geste coulé elle se releva, laissant la femme stupéfaite. Voilà qui allait encore ajouter à sa légende. Saalyn, la guerrière qui considère les blessures mortelles comme une simple contrariété. Saalyn retourna auprès de ses hommes pour préparer le débarquement qui approchait.



Les pilotes s'étaient révélés excellents, quand le bac atteignit la rive, il n'était qu'à moins de cent perches du ponton. Il laissa le courant les entraîner sur le reste de la distance. Un elfe réceptionna l'aussière que lui lança un des pilotes et arrima l'embarcation. La passerelle mise en place, le débarquement commença.

Une fois à terre, la charrette des esclaves fut dételée. Un palefrenier examina le cheval. Ce dernier ne bronchait pas. Saalyn vint aux nouvelles. «Quel est son état ? demanda-t-elle.
- Il ne portera plus personne ni ne tirera plus aucun attelage. A part peut être des enfants. Il est vieux et malade. Il devrait être dans un pré à finir tranquillement sa vie.
- Il pourra nous suivre ?
- Oh, ça oui, si on ne lui donne aucun chargement.
- Très bien, alors il vient avec nous. Je ne laisserai pas le moindre être vivant à cet esclavagiste.» Le palefrenier hocha la tête. Il lui passa une longe qu'il fixa à la selle de sa propre monture.

Les guerriers avaient réorganisés le chargement des quatre chevaux de bats pour le répartir sur seulement trois, libérant une bête pour une de leur nouvelle recrue. Ils n'avaient pas de selle pour elle, et cette rive ne comportait aucun marchand qui leur aurait permis de s'équiper, il n'y avait que le ponton et rien d'autre. Ils se contentèrent d'une couverture qu'ils étalèrent sur le dos de l'animal. Cela ne sembla pas démonter Aster. Elle passa sa cape à un soldat pour ne pas être gênée et grimpa à cru. Puis elle reprit la cape et s'en enveloppa, ne laissant dépasser qu'une main pour saisir les rênes. Les deux soeurs jumelles furent pris en croupe par les deux cavaliers les plus légers, mais même eux écrasaient les jeunes filles de leur carrure. La troupe monta à cheval et commença sa route vers le nord. Il n'avait pas fallu cinq stersihons pour se préparer.

Deirane se débrouilla pour chevaucher en compagnie de l'ancienne garde du palais. «Saalyn m'a dit que vous vous appeliez Aster, dit elle en se présentant.
- Elle ne m'a pas dit votre nom, mais j'ai entendu parler de vous. Vous vous appelez Voelsin.
- Voelsin est morte il y a longtemps.
- Je l'ai entendu dire. Mais j'ai entendu dire beaucoup de choses qui se sont révélées fausses.
- Celle-là est exacte, Voelsin n'existe plus.
- J'ai du confondre avec une autre personne. Quel est votre nom ?
- Je m'appelle Deirane.» Aster hocha la tête. «Bien, bien, dit elle, Deirane est elle destinée à mourir dans un futur proche ?
- Ce ne serait pas de mon fait. C'est le nom que mes parents m'ont donné. Je regretterai de devoir m'en séparer.
- C'est drôle. J'ai entendu parler de vous, je connais votre légende. Mais je n'ai jamais pensé à vos parents, ce qu'ils pouvaient ressentir.
- Depuis vingt ans, ils me croient morte. C'est mieux comme ça.
- Votre ... particularité, vous l'aviez déjà avant de les quitter ?
- Elle est la cause de mon départ.
- Alors ils savent que vous n'êtes pas morte. Vous êtes célèbre. Et à moins qu'ils vivent au fond du gouffre le plus profond du monde et n'en sortent jamais, il n'y pas de raison qu'ils n'aient jamais entendu parler de vous. Et je doute qu'il y en ai deux comme vous.» Deirane médita un instant cette réponse.

Aster respecta le silence de son aînée avant de reprendre. «Il y a une chose que je voudrai comprendre. Nous sommes au milieu d'une troupe de guerriers libres. Leur pays est farouchement anti-esclavagiste et leur principale fonction est de libérer des esclaves. Comment une esclave peut elle chevaucher au milieu d'eux en gardant son statut ? » Deirane la regarda, l'incitant du regard à continuer. «Vos bracelets, expliqua-t-elle, aucune femme libre n'accepterait de les porter.» Deirane porta instinctivement la main sur la chaînette en bronze qui ceignait son poignet gauche, découvrant celui qu'elle portait au bras droit.
- Je pensais mes manches assez longues pour les masquer.
- Vos mouvements les découvrent parfois. Je ne comprend pas que eux ne les aient pas remarqués.
- Les gens ne voient que ce qu'ils veulent voir. Je suis seule, libre de mes mouvements, sans contrainte particulières. Je suis donc libre. Ils n'ont même pas du se poser la question. Et puis, je n'en suis pas à quelques bijoux près.
- Ils ne savent pas ?
- Je ne leur ai rien dit, mais je crois que la pentarque Muy s'en doute.
- La pentarque Vespef dispose d'un service de renseignement très efficace. Elle sait certainement. Et si elle sait, tous les pentarques savent. Et certainement les archontes et les gouverneurs aussi.» Deirane marqua son accord par un hochement de tête. «Cela n'aurait rien de surprenant, remarqua-t-elle.
- Pourquoi n'avoir pas demander l'affranchissement, ils pourraient.
- Parce que mon statut actuel me convient parfaitement.» Aster eu un mouvement de surprise qui resserra sa prise sur les guides et entraîna les protestations de sa monture. «J'aurai cru que toute femme normale se dépêcherait de reprendre sa liberté. Je suis resté esclave moins d'un mois et j'ai trouvé cela intolérable.
- On s'habitue à tout. Au cours des vingt dernières années, j'ai été esclave la plupart du temps. J'ai l'habitude. Et regardez moi. Je chevauche au milieu de guerriers dont certains sont mes amis, mon fils aîné est à mes côtés, personne ne me surveille.
- La surveillance n'est pas loin.» D'un geste de la tête elle désigna les arbres à leur droite. «Vous avez l'oeil, remarqua Deirane.
- C'est mon métier, répondit Aster, je suis garde du palais de l'archonte de Fraaker.
- Justement, comment une personne telle que vous est elle devenue esclave.» Aster hésita un long moment avant de répondre.

Quand elle prit la parole, ce fut pour tergiverser. «Que savez vous de Fraaker ?
- Pas grand chose. Un petit état loin au nord, au dessus des territoires orcs de Chabawck, à l'écart des routes principales.
- C'est volontaire. Notre pays a été formé par des esclaves en fuite. Notre isolement garantissait notre liberté. C'était indispensable sinon nos anciens maîtres nous auraient poursuivis. Et ça à marché. Pendant cinq générations, nous avons été libres. Nous n'avions pas de roi, l'archonte était choisi par nous, il remettait son poste en jeu tous les ans. Pendant ces quinze ans, j'ai servi quatre archontes successifs. Seulement, notre isolement nous a rendu pauvres. Loin des routes commerciales, nous avions peu de richesses. En bordure du désert empoisonné, nous avions peu à offrir, les récoltes étaient maigres. Et nos voisins orcs n'étaient pas très doués pour le commerce.» Deirane lui renvoya un sourire ironique. «De temps en temps malgré tout, nous recevions des délégations d'autres royaumes. Pas beaucoup, mais suffisamment pour que l'archonte se préoccupe de l'apparat de sa charge. Avec des moyens limités, nous ne pouvions pas nous procurer de belles armures décoratives ou des uniformes de parades qui aurait procuré à nos dirigeants le prestige lié à leur charge. Il y a soixante dix ans, le huitième archonte a eu une idée. La légende dit qu'il se rendait dans la salle ou les soldat s'entraînaient et il a vu l'un d'eux pratiquer des exercices physiques torse nu. Il a alors pensé que si nous ne pouvions pas nous offrir de beaux uniformes, nous nous en passerions. Complètement. Il a constitué l'unité des gardes du corps, trois groupes de six gardes, trois femmes et trois hommes, un couple de chaque groupe humain fondateur de Fraaker. Tous choisis pour leur beauté et naturellement leur potentialité au combat. C'est cette dernière sélection la plus dure. Il ne fallait pas que nous soyons juste décoratifs, mais que nous puissions remplir notre mission qui était de protéger la vie de l'archonte et de celle des diplomates en visite. Cette troupe est rapidement devenue célèbres dans tout Ectrasyc.
- Je n'en doute pas, répondit Deirane.
- J'avais dix ans quand je me suis présenté au poste de garde comme volontaire pour passer les sélections.
- Vous étiez volontaires ?
- Bien sûr, que croyiez vous ? Que nous étions des esclaves ? Ou des domestiques ? Ce n'est pas le cas. Nous étions des femmes et des hommes libres. J'avais une famille en dehors de la caserne, un mari, il était potier, des enfants. Quand je n'étais pas de service, je dormais chez moi. J'avais trois jours de congé par douzaine. Mon service se limitait à l'entraînement au combat et à la défense de la vie de l'archonte. Jamais aucun archonte n'a levé la main sur moi, ni même esquissé un geste déplacé. J'avoue quelques avances à l'occasion, ou des allusions, mais que j'ai repoussé sans craintes de représailles quelconques. Et la nudité, elle n'était requise que lors des apparitions en public de l'archonte ou pour escorter les diplomates. Le reste du temps j'étais habillé normalement.
- Et paraître nue en public, ce n'était pas trop dur.
- Au début si, mais vous l'avez dit vous même. On s'habitue à tout. Nous étions une troupe d'élite et fiers de l'être. Et puis, contrairement à ce que l'on raconte, ce n'était pas une nudité totale. Nous avions un pagne et pour les femmes une bande autour de la poitrine. Le reste n'est que racontar.» Deirane comprenait parfaitement le besoin qu'avait Aster de tant s'épancher. Quand l'esclave libérée se tue, elle ne chercha pas à la relancer.


Un soldat helarian remonta la colonne jusqu'à Saalyn. Après avoir échangé quelques mots avec la stoltzin, il rejoignit sa place. Saalyn se laissa rattraper par Deirane et Aster. «Un problème, demanda Deirane ?
- On est suivi ?
- Amis ou ennemis ?
- Il semblerait que votre propriétaire vienne réclamer ses droits, dit elle à Aster.
-Déjà, s'écria la Fraakerite. Je croyais qu'ils n'avaient pas encore pu traverser.» Saalyn haussa les épaule. «Il a du payer un passager pour échanger sa place avec lui. Il n'a pas l'air de manquer d'argent. » Aster réfléchit un long moment avant de reprendre. «Je ne peux pas vous impliquer dans mes problèmes, je dois le régler seule.
- Nous sommes déjà impliqué, riposta Saalyn, et si nous vous avons délivré, ce n'est pas pour vous restituer à lui quelques monsihons plus tard.
- Je n'ai pas l'intention de me livrer.
- Que comptez vous faire alors.
- Le tuer.
- Il a cinq hommes avec lui. Des mercenaires certainement, donc des combattants entraînés.
- Vous oubliez qui je suis. » Le ton était plein de menace.

Deirane regarda la femme, se demandant si elle se vantait ou si elle était sérieuse. Son air lui ôta tout doute. Elle s'estimait capable de vaincre six mercenaires. « A deux longes d'ici, la route fait un coude, dit Saalyn. Nous les attendrons là.
- Attention, ils sont à moi, averti Aster, leur vie m'appartient.
- Tant qu'à faire, je préférerai que l'option diplomatique soit envisagée avant tout combat.
- Cet homme nous a réduit en esclavage et traité moins bien que des bêtes, dit Aster, je manifesterai aucune pitié à son égard.
- Techniquement, ce n'est pas lui qui vous a capturé, remarqua Deirane, il n'a fait que vous acheter.
- C'est à cause de gens comme lui que les esclaves existent. Il paiera pour tous les autres.
- C'est votre combat, dit Saalyn. » Elle reprit sa place en tête de la colonne.

« Vous l'avez énervé, remarqua Deirane.
- Elle ne sait pas par quoi je suis passée.
- Tout le monde est passé par des épreuves. Vous, moi, même Saalyn a eu son lot.
- Je suis restée esclave pendant presque trois douzaines de jours. Mes filles étaient vierges, ils ne les ont pas touchées. Mais moi je ne l'étais pas. Pendant trois douzaines, j'ai du satisfaire la luxure de ces monstres. On a abusé de moi, continuellement, à chaque arrêt. Et ils n'ont même pas eu la décence d'éloigner mes filles pour ça. Je ne sais pas si je pourrai oublier ça. Je doute que vous compreniez.
- Non ? Et bien sachez que depuis vingt ans, je n'ai quasiment jamais été libre. A l'âge de onze ans le roi d'Orvbel m'a ajouté à son harem et depuis je suis une esclave. Je n'ai presque jamais choisi mes amants. J'ai eu cinq enfants, tous né à la suite d'un viol, mais on me les a tous retiré parce qu'une esclave n'a rien a elle, même pas un enfant. Je ne sais pas ce qu'ils sont devenu, sauf Hester que j'ai retrouvé depuis quelques mois. Le seul homme que j'ai aimé, on l'a tué pour me prendre à lui. Ce que vous avez vécu vous semble peut être intolérable, mais vous n'avez pas le monopole de la souffrance.»

Deirane prit quelques perches d'avances sur Aster. La fraakerite la rejoignit peu après. « Je suis désolée, dit elle, je ne m'étais pas rendu compte que vous aviez eu une telle vie. Vous étiez la reine d'Orvbel et tout le monde trouvait que vous viviez un vrai conte de fée, passer du statut de paysanne à celui de reine.
- Ce rêve m'a coûté la vie de l'homme qui j'aimais et celle du père de mon deuxième enfant. Mais ce n'était qu'un tyran, pas une grosse perte. Lui, je ne le regrette pas.
- Je suis désolée, répéta Aster. » Puis les deux femmes chevauchèrent côte à côte, en silence.



Un peu au nord de leur position, le fleuve était dévié par un rocher, une immense masse de métal rouillé si massif que des milliers d'années n'avaient pu l'altérer. Comme l'Unster le rasait, la route le était obligée de contourner par l'autre côté. Pendant une demi longe, ils chevauchèrent loin du fleuve.

Une fois passé, Saalyn donna le signal de la halte. Un elfe se précipita en haut de la colline. Quand il redescendit au bout de quelques stersihons, les cavaliers avaient tous mis pieds à terre.. «Ils sont six, dit il, cinq mercenaires et le commanditaire.
- Quelles sont leur forces ? demanda Aster.
- Je n'ai pas vu d'arc. Seulement des épées. Ils ont certainement des poignards cachés sur eux. Tous possèdent une armure de cuir. Mais ils ne la portent pas.
- Bizarre, dit Deirane, ils nous poursuivent, mais ils ne se préparent pas à la confrontation.
- Ils voulaient peut être discuter d'abord, ou alors ils voulaient nous surprendre la nuit au bivouac, conclut Saalyn, je suppose qu'ils calquaient leur allure sur la notre, pour ne pas nous rattraper.
- C'est le cas, confirma l'elfe.
- Rien de surprenant, remarqua Aster, nous sommes quatre fois plus nombreux qu'eux. Sans l'effet de surprise ils n'ont aucune chance.
- Ils vont avoir une mauvaise surprise. » Saalyn rejoignit ses hommes.

Deirane rattrapa la stoltzin. « Cette nuit, on ne devait pas dormir dans un refuge ? demanda-t-elle.
- Avec la pluie qui s'annonce, c'est préférable.
- Et ils nous auraient attaqués dedans ? Je croyais qu'il s'agissait de zones neutres où les conflits sont suspendus.
- D'habitude des troupes helariales et yrianii patrouillent sur cette route, mais avec toutes ces guerres en cours elles ne circulent plus. Et personne d'autre n'a le pouvoir de faire respecter cette neutralité.
- C'est pas bon pour le commerce, tout ça.
- Certains royaumes sont au bord de la crise économique. Les nains dans leurs montagnes par exemple. Leurs réserves sont presque épuisées et sans une nouvelle livraison dans les prochaines douzaines ils vont avoir faim.» Deirane réfléchit à ces paroles. Elle laissa son amie seule pour méditer sur ce qu'elle venait d'apprendre.

Aster se planta devant Saalyn. «Que compter vous faire ? demanda-t-elle.
- Recevoir ces hommes comme ils le méritent.
- Je vous rappelle qu'ils sont à moi, vous avez oublié ?
- Vous êtes sûr de vouloir vous en occuper seule.
- J'ai rarement été aussi sûre de quelque chose dans ma vie.» L'épée de Saalyn était posée en travers de la croupe de son cheval. Elle la tira du fourreau et la tendit à Aster. La garde la prit, de la main gauche remarqua la stoltzin, et l'examina attentivement. «C'est une belle arme, dit elle.
- Elle a été forgée par les orcs.
- J'avais reconnu le style de leurs décorations. Les nains auraient gravé un message.
- C'est un message. Dans une langue morte aujourd'hui. Les nains n'existaient pas quand je l'ai reçu. Des mains de Wotan en personne.1» Aster caressa la lame, laissant tomber sa cape tant son admiration pour l'arme était grand. «Je ne sais pas si je pourrai l'accepter. Un objet si ancien, il doit vous être précieux. Quel âge a-t-il, mille ans ?
- Beaucoup moins, je l'ai reçu lors de la fondation de la corporation des guerriers libres, en 1099. Avec pour mission de pourchasser et de tuer des individus comme ceux qui nous poursuivent. Taisez donc vos scrupules, elle convient parfaitement.
- Je lui ferai honneur, dit Aster.»

La garde fit quelques mouvement pour apprécier sa maniabilité. Saalyn put apprécier à sa juste valeur son habileté. Quand elle estimait pouvoir gagner, la fraakerite ne se vantait pas. Cela se voyait dans la fluidité de ses mouvements et dans la facilité avec laquelle elle s'habitua au poids différent par rapport à une arme plus traditionnelle en cuivre ou en bois armé. Mais peut être les orcs fournissaient ils Fraaker en cuivre également. L'épée de Saalyn n'était pas vraiment en cuivre mais en bronze. Elle contenait un peu d'étain qui la rendait plus solide. La guerre avait bloqué l'accès aux mines, en plein coeur du désert empoisonné, pour longtemps. C'était donc un objet rare.

Les exercices terminés, Aster remercia la stoltzin par un salut de la tête. «Nous allons vous trouvez une cuirasse, dit simplement Saalyn, a moins que vous ne vouliez combattre comme ça.
-Une protection ne serait pas de refus. Je ne me bats pas au nom de Fraaker, c'est un combat personnel.
-Je vais vous chercher ça. » Cela se révela plus difficile que prévu. La fraakerite était grande et forte mais elle l'était beaucoup moins que les montagnes de muscles qui constituaient le commando. C'est encore de Saalyn que vint le salut. Elle n'était pas bien grande, mais elle était suffisament voluptueuse pour qu'Aster puissent insérer ses formes épanouies dans la tenue de cuir bouilli. La taille restait nue, mais Aster comptait sur son habileté pour éviter les blessures.



On entendait le galop des chevaux qui approchaient. Ayant perdu les helarians de vue, les mercenaires avaient accéléré le pas pour ne pas se faire semer. Aster fit jouer son épée puis elle se mit en route. Elle voulait attendre ses adversaires de l'autre côté du rocher. Saalyn la regarda s'éloigner. Puis elle fit un geste et deux soldats se lancèrent à sa poursuite. Pas pour l'aider, pour observer. La masse rocheuse les cacha bientôt au regard. Se deux filles, inquiètes, s'enlacèrent pour se réconforter.

Un hennissement, le bruit de cavalcade s'arrêta. Les helarians purent entendre la discussion qui s'engageait entre Aster et ses adversaires. D'où ils étaient, ils n'entendait pas les paroles, seulement les voix. Celle agressive de la fraakerite s'opposait à l'impérative du marchand d'esclave et à la gouaille d'un mercenaire. Le ton monta. Puis le bruit métallique des épées qui s'entrechoquent remplaça la discussion.

Le premier hurlement arriva rapidement, en quelques stersihon. Une voix mâle qui exprimait une douleur intense, qui fut stoppé net dans un gargouillis écoeurant. Saalyn n'y tint plus, elle courut rejoindre les spectateurs.

Le spectacle impressionna la stoltzin. Les mercenaires avaient mis pied à terre pour l'affronter. L'un d'eux était déjà mort, le bras et la tête tranché. Et aucun autre n'était indemne. Aster par contre n'avait rien. Le sang qui la couvrait n'était pas le sien. Elle virevoltait, bondissait d'un homme à l'autre, lançait une attaque foudroyante et disparaissait. Insaisissable telle une anguille, elle attaquait de tout côté sans jamais être à portée de ses adversaire. Saalyn avait l'impression de voir combattre Wuq ou Muy. Mais la guerrière ne faisait pas appel à sa magie, son avantage, elle le devait à son habileté seule. La réputation de soldat d'élite des gardes de l'archonte de Fraaker n'étaient pas usurpée.

Rapidement, un second soldat tomba, puis un troisième. Le marchand voyant le combat tourner en sa défaveur fit alors faire demi tour à son cheval pour s'enfuir. En un instant, Aster fut sur lui. Elle lui attrapa la jambe d'une main et de l'autre lui planta son arme dans le ventre. Puis elle la retira pour revenir aux mercenaires. Le marchand, incrédule, regarda le sang s'écouler de sa blessure. Puis il tomba.

Voyant leur commanditaire tué, les soldats survivants s'enfuirent. Aster les laissa partir. Elle resta immobile au milieu du carnage comme dans un état second, pendant que les helarians rattrapaient les chevaux des cavaliers morts. Quand Saalyn lui posa la main sur l'épaule, elle reprit conscience de ce qui l'entourait. Les helarians ayant rassemblé les chevaux, ils entreprirent de fouiller les cadavres. Ils rassemblèrent tout leur or dans une seule bourse. Les armes qu'ils récupérèrent furent enveloppé dans une couverture prise sur une des monture et le ballot obtenu fixé sur la croupe d'un cheval. Puis ils jetèrent les cadavres dans l'eau : les helarians ne creusaient pas de tombes, ils rendaient les corps à la nature après la mort.

Le stoltzen qui détenait la bourse la donna à Aster. «C'est à vous, dit il.» La fraakerite la prit. Mais elle n'avait aucun endroit où la ranger. «Merci, dit elle, c'est ma part du butin ?
- Votre part ? dit Saalyn. C'est votre combat, nous n'avons en rien participé. Tout le butin vous revient.
- Tout ? L'or, les chevaux et les armes ?
- Bien sûr.
- Je peux donc prendre trois chevaux pour mes filles et moi.
- Les quatre même. Ils sont à vous, vous en disposez selon votre désir.
- Et vous, vous ne recevez rien pour les risques que vous avez pris en me délivrant.
- C'est déjà fait, huit cels, vous vous souvenez ?» La bouche d'Aster s'étira en un rictus désabusé. «En Fraaker, seuls les plus riche ont autant de bien. Si un jour je rentre chez moi, je ferai partie des notables.
-Votre pays devrait monnayer les services de leurs soldats. Vous vous enrichiriez rapidement. Et ça découragerait les envahisseurs potentiels.»

Les trois stoltzt et l'humaine rejoignirent le reste de la troupe. En voyant leur mère revenir vivante, les deux jumelles se précipitèrent vers elle et l'enlacèrent, malgré le sang qui la recouvrait. La fraakerite serra ses filles contre elle. Puis elle prit la première et l'installa sur le cheval que lui présentait un soldat. Elle fit pareil avec l'autre.

La puanteur du sang indisposait Aster. Elle se tourna vers l'Unster. «Je peux me nettoyer dans la rivière ? demanda-t-elle.
-Je vérifie, s'écria un soldat.» Il s'accroupit sur le bord du fleuve, prit un peu d'eau dans une fiole en verre et versa quelque gouttes tirée d'un tube creusé dans un cristal de quartz. Aussitôt, l'eau se troubla. «Elle est empoisonnée, dit elle, je suis désolé.
-J'espère que le refuge n'est pas loin, dit Aster.» Une femme lui passa une serviette pour qu'elle fasse un semblant de toilette. Elle s'essuya le visage et les bras. C'était un peu mieux. Elle espérait seulement que l'odeur ne ferait pas fuir le cheval du mercenaire, son cheval maintenant. Mais dressé pour la guerre, il ne broncha pas quand elle monta en selle.



Il atteignirent le refuge avant la tombée de la nuit. Situé sur le côté de la route opposé au fleuve, il était constitué de deux bâtiments de plein pied, à droite l'écurie, à gauche les cavaliers. L'espace entre les deux était suffisament grand pour parquer tout les chariots d'une caravane commerciale. Il était couvert, abritant un puits des pluies empoisonnées. Les portes de l'écurie et du refuge donnaient sur cet espace. Les voyageurs pouvaient donc décrocher leur vêtement au lieu de rentrer dégoulinants dans l'espace d'habitation. L'écurie, comme ils purent s'en rendre compte, était divisées en deux parties avec chacune leur accès : un côté pour les chevaux, un pour les lézards-dragons, évitant ainsi que les premiers servent d'en-cas aux seconds. L'ensemble était complété par une salle d'eau alimentée par une pompe manuelle, qui permettait aux voyageurs de faire une toilette sérieuse : dans un monde où les orages pouvaient transporter des miasmes mortels, c'était indispensable.

Pendant que ses hommes s'occupaient de leurs montures, Saalyn entra dans la partie destinée au bivouac. Elle était constituée d'une grande salle qui communiquait avec deux petites pièces fermées par un rideau. Une cheminée à coté de la porte permettait de chauffer l'endroit, la réserve était bien approvisionnée en bois. A part cela, l'endroit était nu, aucun meuble, aucune source de nourriture. Elle déposa ses affaires dans un coin.

Aster fut la première à revenir. Comme elle avait du se nettoyer du sang reçut lors de son combat, les soldats s'étaient occupés de son cheval. D'autant plus qu'ils avaient amené des palefreniers avec eux rien que pour ce genre de tâche. «On s'organise comment ? demanda-t-elle.
-La pièce de droite pour les femmes, celle de gauche pour les hommes, la grande pour ceux qui préfèrent rester en couple.
-Ça me va.» La fraakerite transporta ses affaires dans la pièce des femmes.

Le reste de la troupe ne tarda pas à rejoindre les deux femmes. Aussitôt, quelques uns commencèrent à préparer la popote pendant que les autres se répartissaient en petits groupes en fonction de leur activité. Certains vérifiaient leurs armes, les aiguisaient et les faisaient briller. La plupart profitaient du temps libre pour se distraire. Jeux de carte, osselets et échiquiers sortirent des sacs. Deirane profita de cette pause pour préparer son couchage en compagnie d'Aster et de ses filles.

Traditionnellement, les helarians faisaient deux repas, un gros le matin à base de légumes et de féculents et un autre le soir, plus petit, où la viande était l'élément principal. Deirane qui avait d'autres habitudes trouva la portion un peu chiche. Elle avait encore faim. Mais elle n'osait pas demander d'avantage. Les cuisiniers avaient prévus du rab pour les deux adolescentes qui en profitèrent comme si elles avaient été privées de nourriture, ce qui était peut être le cas ces derniers jours, mais elle même avait fini sa croissance et craignait de passer pour une goinfre. Elle se rabattit sur le pain, disponible à volonté. Dommage, les helarians n'étaient pas très doué pour le préparer, son goût était insipide et la mie peu compacte alors que le steak s'était révélé savoureux et tendre.

Après le repas, pendant que quelques soldats de corvée allaient nettoyer la vaisselle, les helarians se disposèrent en demi cercle. Leur nombre et l'étroitesse de la pièce les obligèrent à se disposer en deux rangées. Trazen, le sensitif, était aussi conteur. Il s'installa devant l'assemblée. Il commença à raconter une légende stoltz. Comme Deirane la connaissait, elle n'écouta pas, préférant observer ceux qui l'accompagnaient.

Elle remarqua que certaines femmes s'installaient confortablement contre l'épaule d'un homme et que leur comportement indiquait qu'il s'agissait d'un couple de longue date. D'autres par contre, ne dataient que du jour. Même les deux soeurs jumelles trouvèrent de la compagnie, il y avait beaucoup de volontaires pour s'occuper d'elle mais aucune proposition scabreuse ne les ciblait. Elle soupçonnait que certains cherchaient à atteindre la mère à travers les filles, mais ce n'était certainement pas le cas des stoltzt. Chez ce peuple, les enfants étaient sacrés; il n'était pas rare qu'ils prennent en charge des enfants inconnus quand les parents légitimes ne pouvaient pas s'en occuper. C'était fréquent quatre vingt ans plus tôt pendant la guerre où beaucoup étaient morts. Et le fait que ces deux là soient presque adultes ne changeaient rien. Le père légitime était mort, ils le remplaceraient du mieux qu'ils pourraient tant qu'elles seraient sous leur responsabilité.

Trazen était doué. Mais il avait choisi une histoire courte. Elle ne dura que deux calsihons. Il était encore trop tôt pour se coucher. C'est alors qu'un soldat réclama une chanson. Cette idée entraîna une clameur et au bout d'un moment, tous les helarians scandaient en rythme : «Une chanson, une chanson.»

A regret Saalyn se dégagea de l'étreinte de celui qui allait certainement être son amant pour la nuit. «Je n'ai pas mon usfilevi, dit elle.
-J'ai une flûte, répondit une voix.
-Alors d'accord.» Il n'y avait pas de banc. Aussi se plaça-t-elle debout, face à son public. Elle commença à chanter, accompagnée par la flûte.

La stoltzin avait du talent. Sa voix avait une tessiture étendue, descendant bas dans les graves et pouvant monter haut dans les aiguës. Et elle avait une voix sonore et claire. Toutefois, elle commença par des chanson douces pour aller avec la flûte. Alors qu'elle avait fini la première chanson sous les ovations et commençait la seconde, Hester se pencha sur l'épaule de sa mère. «Je connais celle là, dit il.
-Je t'avais prévenu, répondit Deirane. Ses chansons font le tour du monde.» Hester reprit l'écoute, subjugué aussi bien par la beauté que par la voix de Saalyn.

La troisième chanson était plus populaire et très connue. Les helarians la reprirent en choeur avec la chanteuse. Et ce fut le cas de toute les suivantes. La nuit était fort avancée quand Saalyn s'arrêta et donna le signal du coucher. Les soldats se répartirent entre les trois salles. Conformément à ce qu'elle avait prévu l'humaine, Saalyn ne rejoignit pas Deirane et Aster. Elle allait passer la nuit entre les bras d'un beau stoltzen de la troupe. La fraakerite déposa un baiser sur le front de ses filles. Elle leur murmura des paroles rassurantes, si doucement que l'humaine ne comprit pas mais qu'elle savait helariales. Puis Deirane ferma le rideau et elle s'introduisit dans son sac de couchage. Elle ne tarda pas à s'endormir.



Le lendemain, le premier soldat levé ouvrit la porte pour laisser entrer la lumière et entreprit de réveiller les autres. Ils dormaient tous profondément malgré la pluie tambourinait sur les tuiles et provoquait un vacarme assourdissant dans le refuge. Heureusement l'abri était en bon état, le toit ne fuyait pas. Il y avait des chances pour que la pluie soit empoisonnée. Ils disposaient de l'équipement pour se protéger, mais il était inconfortable et personne n'avait envie de chevaucher par ce temps.

Hester, voyant Aster sortir de sa pièce avec ses filles, y alla pour réveiller sa mère. Il ne trouva qu'un couchage vide et ses affaires, mais aucune trace de Deirane. Il chercha autour de lui, sans la voir nulle part dans le refuge. Ne voyant pas Saalyn, il se rabattit sur un elfe qu'il avait repéré la veille. Il semblait être le chef du groupe, servant d'intermédiaire entre la stoltzin et le reste du détachement. Il se remémora son nom : Levander. «Je ne trouve pas ma mère, dit il, vous savez où elle est ?
- J'ai d'autre problème, moi c'est Saalyn que je ne trouve pas, répondit Levander.
- Elles sont peut être ensemble ? En train de faire leur toilette.
- Quoi d'autre. Avec ce temps, je doute qu'elles soient aller se promener.» Hester s'éloigna et alla aider à préparer le repas du matin.

Au bout de trois calsihons, il fallu se rendre à l'évidence, ni Saalyn, ni Deirane n'étaient dans l'abri. Levander rassembla les soldats autour de lui et leur exposa la situation. Aster intervint alors. «Êtes vous sûrs que se sont les seules qui manquent. Tous les autres sont présents ?
-Apparemment nous sommes au complet.» Mais pour s'en assurer il compta les soldats. «Le détachement compte vingt quatre personnes. Plus Saalyn, Deirane, Hester, Trasen et quatre palefrenier, cela fait trente deux. Nous sommes vingt neuf.
-Il en manque donc trois, remarqua Hester, lequel ?
-Comptez vous, ordonna Levander.» Aussitôt, les soldat helarians s'attribuèrent un numéro. Mais pas les civils. Il y avait bien vingt quatre soldats. «C'est Trasen qui manque, répondit Levander.
-Et quel était son rôle, demanda Aster.
-C'était un sensitif, il devait nous maintenir en relation avec notre pentarque.
-Vous avez donc égaré votre chef, votre commanditaire et toute relation avec votre hiérarchie.
-Vous avez une idée derrière la tête, remarqua Hester.
-Je pense que l'ennemi, quelqu'il soit a déjà gagné alors que le combat n'est même pas engagé.
-Nous ne sommes pas encore hors de combat, remarqua Levander.
-Vous connaissez l'emplacement de l'objectif ?
-Non, c'est Saalyn qui devait nous guider. On n'était pas sensé être séparé, se défendit l'elfe. Muy aussi est au courant, mais sans le sensitif ...
-Décidément, tous les militaires du monde sont bien pareil. La main gauche ne sait pas ce que fait la main droite. Vous êtes hors de combat.»

La pilule était dure à digérer mais c'était exact. Cela n'en agaça pas moins Lavander. « Écoutez, ce plan a été établi par Saalyn dans les moindres détails. C'est elle la guerrière libre nous ne sommes que des soldats. Et jusqu'à présent, nous l'avons suivi à la lettre.
- Mais vous avez perdu Saalyn, remarqua Aster, quelle belle troupe d'élite vous faites. L'ennemi s'introduit dans vos rangs et capture trois des vôtres. Et pendant ce temps vous ronflez.
- Je vais m'occuper de ce mystère à l'instant. Mais pour votre gouverne, tout n'est pas perdu.
- Vous n'avez aucune idée de l'endroit où se trouve le château que vous voulez investir.
- Dans la jungle à l'est.
- D'accord, vous ne savez pas.
- Il n'est pas loin d'un affluent de l'Unster, intervint Hester.
- Dans cette jungle, tout est sur le bord d'un affluent. Il y en a des milliers d'ici à Sernos.
- Mais il n'y en a que trois avant la frontière, remarqua Levander. Et nous savons que ce château n'est pas en Yrian.
- On progresse, mais explorer trois affluents prendra du temps. Et on risque d'arriver trop tard. Surtout qu'on risque de se faire réparer et de perdre l'effet de surprise, dit Aster.
- On a déca perdu l'effet de surprise, remarqua Levander, mais Saalyn n'avait pas exclu cette possibilité.
- Exact. Notre seule chance est de le battre de vitesse, d'arriver chez lui alors qu'il nous croira encore perdu. Votre pentarque peut elle être mise au courant par le sensitif ?
- S'il est conscient, et quand elle cherchera à entrer en contact avec lui. S'il est mort, elle pourra mettre un moment pour y attribuer son silence.
-Je vois, autant ne pas compter sur elle. A votre place, je mettrai mon espoir ailleurs. Votre consulat, Saalyn n'a pas laissé de document derrière elle ?
-Certainement. Mais ils ont du finir en fumée maintenant. Nous n'avons rien laissé rien derrière nous en évacuant. Tous les documents ont été soit emporté, soit brûlés.
- Et flûte. Pourquoi faut il que cela se produise au moment de cette guerre.
- N'ayez crainte, le sensitif nous contactera.
- Tout repose sur un individu dont la survie n'est pas assurée. »

La dernière remarque d'Aster avait laissé place à un silence pesant. Alors qu'il s'éternisait, la porte s'ouvrit brutalement. Un homme se détachait dans l'ouverture. Un colosse. Il avait ôté ses vêtements de pluie qu'il avait mis à égoutter à une patère placé sur le mur extérieur. Il était donc parfaitement sec. Il entra. Tous purent voir que c'était un stoltzen. Mais des stoltzent aussi grand étaient rares. Ses ancêtres étaient certainement né mustuans. Mais celui-là portait un bracelet d'identification helarian et un anneau de maître à l'auriculaire gauche.

Tout le monde se tourna vers lui, attendant qu'il se présente. Ce qu'il fit aussitôt. «Je suis Ôta, maître de la corporation des guerriers libres. Ma compagne Saalyn m'a donné rendez vous ici. Est elle parmi vous ?»
1:   Cette histoire est racontée dans la nouvelle «L'épée de bronze» du même auteur

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