Il faisait grand jour quand Deirane se réveilla dans un lit inconnu. Le matelas était confortable, les draps soyeux. Elle les sentait directement contre la peau. On l'avait déshabillée. Elle n'était pas seule. Une forme fraîche, aux formes indéniablement féminine, était blottie contre son dos. Elle se retourna. C'était bien Saalyn, elle ne s'était pas trompée. Dans son sommeil, la stoltzin avait recherché sa chaleur, mais c'était plus un atavisme qu'un réel besoin. Elle remarqua que Saalyn était habillée. Sa tunique était déboutonnée et son épaule blessée dégagée, mais il n'avait pas poussé ses investigations plus loin.
Il vérifié de l'état de ses pouliches avant l'achat, on s'achemine vers la vente aux bestiaux, pensa-t-elle.Elle secoua sa compagne pour la réveiller. «C'est le matin déjà ? murmura la guerrière.
- Réveille toi, il y a un problème.
- Quel problème ? Mais que fais tu là et où est Selint ?» L'étrangeté de la situation la tira de sa léthargie. Elle regarda autour d'elle, appuyée sur un coude. «Mais où sommes nous ? demanda-t-elle.
- Je ne sais pas, mais ce n'est pas trop dur à deviner.
- Tu avais raison, ce salopard m'a baladé ces dernières douzaines.» Elle s'assit dans le lit et reboutonna sa tunique. Pourtant elle n'avait l'air ni furieuse, ni inquiète.
Les deux femmes regardèrent autour d'elle. Leur lit était à baldaquin, à l'ornementation très chargée. Un rideau épais tamisait la lumière qui inondait la pièce. Deirane se leva. La chambre était grande, haute de plafond, toute en pierre de taille grise. La seule ornementation était une cheminée actuellement éteinte, face au lit. Une large fenêtre à leur gauche laissait entrer la lumière de Fenkys. Un tapis épais couvrait le sol. Une table basse et deux fauteuils constituait tout l'ameublement. Une porte à côté de la cheminée et une dans le mur de droite étaient les seuls accès. Deirane se dirigea vers celle à sa droite, elle voulu l'ouvrir mais elle était verrouillée. L'autre part contre, s'ouvrit facilement.
C'était une autre chambre. Trasen, le sensitif, était en train de l'explorer. En voyant Deirane, il se précipita vers elle. «Vous aussi vous êtes là, s'écria-t-il.
- Saalyn aussi. Des nouvelles des autres ?
- Pas pour le moment. Dans d'autres chambres peut être mais nous sommes enfermés.
- Qu'avez vous découvert ?
- Un placard avec des vêtements.
- Où ça ?
- A la tête du lit.» Elle se retourna. L'armoire était du côté de Saalyn, c'est pour ça qu'elle lui avait échappée.
Ce coin de la chambre était équipé de tout le nécessaire pour qu'une femme civilisée puisse se préparer. Miroir en pied, console de toilette, produits de maquillage, brosses et peigne, rien de manquait dans la panoplie de hétaïre. Saalyn avait déjà ouvert la penderie et regardait dedans. «J'ai trouvé, dit elle, il y a des robes dedans. Une pour toi, une pour moi. Tu vas pas aimer la tienne.
- Je prendrai la tienne et tu garderas ta tunique.
- Tu n'aimeras pas la mienne non plus.
- Ça craint autant que ça ? demanda-t-elle en la rejoignant rapidement
- Disons que si je voulais faire plaisir à mon amant, elle serait parfaite. Mais dans le cadre d'un combat à l'épée, je choisirai autre chose.» Deirane regarda la robe que lui montrait la guerrière. «J'ai passé l'âge de porter des trucs comme ça, s'écria-t-elle.
- Je pense qu'il veut pouvoir admirer son oeuvre. La mienne est plus habillée. Je ne l'intéresse pas. Honnêtement, je ne sais pas si je dois me sentir vexée où rassurée.
L'humaine loucha un instant sur les rideaux du lit. Elle était assez bonne couturière, mais en l'absence de matériel, cela ne lui servirait à rien. Puis elle se disait qu'il n'était peut être pas très prudent de contrarier le drow. A contrecoeur, Deirane enfila la tenue qui lui avait été réservée. Heureusement, elle en avait l'habitude. Vingt ans d'esclavage lui avaient appris à supporter bien des avanies. Elle était constituée de deux parties, une sorte de jupe qui s'arrêtait à mi-cuisse et un corsage bouffant qui lui couvrait totalement la poitrine. Elle avait les jambes, la taille et les épaules nues. Les deux parties étaient totalement transparentes . Une paire d'escarpin complétait la tenue. Saalyn avait eu plus de chance. Elle était un peu moins couverte, notamment au niveau de la poitrine où le décolleté mettait particulièrement en évidence ses formes avantageuse, mais sa robe était en soie noire. Elle avait en plus à sa disposition un assortiment de bijoux qui s'harmonisaient avec sa tenue. Elle sélectionna une paire de boucle d'oreille en diamant et une petite broche en or et argent qu'elle épingla à la bretelle de sa robe. Le bijou était magnifique, il représentait une licorne portant un rameau d'olivier dans la bouche. La première fois qu'elle avait vu les deux symboles de son pays ainsi réunis c'était lorsque elle avait été nommée guerrière libre
1, il figurait sur le pommeau de son épée. Cela lui sembla un bon présage. Peut être pourrait elle le garder si tout se terminait bien.
Saalyn alla frapper à la porte de communication entre les deux chambres. Le sensitif les rejoignit. Il portait un pantalon noir et une chemise blanche décorée de broderies ton sur ton, largement ouverte sur la poitrine. Cette tenue mettait bien en valeur sa silhouette. Saalyn se permit un regard appréciateur. «Il ne connaît rien aux goût des femmes, mais pour les hommes il est doué, remarqua-t-elle.
- Ça me va bien, en effet, répondit Trasen, je vais essayer de l'emporter quand on partira d'ici.
- Pas mal en effet, admis Deirane.» Le stoltzen alla à la fenêtre. Il poussa le rideau et regarda dehors. La chambre était située au dessus de la cime des arbres. Leur feuillage s'étendait uniforme jusqu'à une distance suffisamment lointaine pour qu'il ne pu la déterminer. A l'horizon, on distinguait les montagnes aux sommets enneigés. Ils étaient donc orienté à l'ouest. Et vu la position du soleil, c'était le soir. «Je ne sais pas ce qui se prépare, dit il, mais je crois que c'est pour bientôt.
- C'est toi qui parle ou Muy ? demanda Saalyn.
- C'est moi.
- Tu as fait un rapport à Muy ?
- Un premier quand je me suis réveillée, un autre à l'instant pour la prévenir que vous étiez avec moi.
- Elle est donc au courant de la situation ?
- Tout ce que nous savons, elle le sait.
- Parfait. A-t-elle laissé des instructions ?
- Attendre et la recontacter quand quelque chose bougera. Quand le drow apparaîtra, elle veut assister à la discussion.
- Et revenir ici pour nous aider ? demanda Deirane.
- Elle n'en a pas parlé.» Deirane, fin prête, rejoignit son amie. «Qu'allons nous faire, demanda-t-elle.
- Dans l'immédiat, rien, répondit Saalyn. Nous allons attendre que l'on vienne nous chercher.» Elle alla s'allonger sur le lit, laissant le dernier siège libre à Deirane.
Elle n'eurent pas très longtemps à attendre. Alors que Saalyn commençait à somnoler, la porte s'ouvrit et une domestique entra, une jeune elfe tout juste sortie de l'adolescence. «Monseigneur vous attend, annonça-t-elle d'une toute petite voix.
- Parfait, répliqua Saalyn, vous pouvez lui dire de venir, je suis prête à le recevoir.
- Mais.» La jeune fille était désarçonnée par cette réponse inattendue. «Vous devez y aller, il vous attend dans le grand salon.
- Je préfère rester ici. S'il veut me voir, je suis à sa disposition. Mais je ne bougerai pas de ma chambre.
- Vous ne devez pas ...» Il y avait de la peur dans la réponse de la domestique. Plus que cela, de la terreur. «Je dois vous ramener à lui.» Le drow ne devait pas être tendre avec les domestiques qui n'accomplissait pas leur tâche. Cette petite n'y était pour rien. Elle n'avait peut être même pas demandé à être ici. La guerrière échangea un bref regard avec ses deux compagnons. «C'est d'accord on vient, dit elle.» Elle se leva en même temps que Deirane et Trasen. Les trois prisonniers emboîtèrent le pas à leur guide.
Le château était immense. Et il était flambant neuf. La partie où se trouvaient les chambres était en pierres brutes sans décoration. Mais a proximité des appartements du maîtres des lieux, les choses changeaient. Il n'y avait aucun ouvrier, mais les décorations des couloirs étaient a divers stades d'avancement. Dans les couloir Un pavement de marbre couvrait le bas des murs jusqu'à hauteur de la poitrine, il était sculpté d'une frise en bas relief représentant des scènes de combat où les armées drow écrasaient les autres peuples et les soumettaient. Au dessus, la pierre était masquée par un enduit blanc sur lesquels les peintres représentaient les scènes clefs de la victoire drow. On y reconnaissait pèle mêle, la chute de Sernos, la destruction d'Imoteiv, la pendaison des plus grands rois du monde civilisé et - le petit détail qui faisait froid dans le dos -des parties de chasse avec des elfes sylvains comme gibier. Tout ceci n'était que fantasme, les drows n'étaient ni assez nombreux, ni assez grégaires pour créer des armée. Mais cela augurait mal de leur avenir.
Ils débouchèrent dans un couloir bien plus large que celui d'où ils venaient. En face d'eux, ils virent une grande porte en bois à double battant. La jeune elfe l'ouvrit et les invita à entrer. La pièce était un salon. L'endroit était grandiose et laissa les trois prisonniers muets de surprise. Les murs étaient couvert de bois précieux sur leur partie inférieure. Au dessus, des tapisseries helariales dont la valeurs auraient pu faire fonctionner un petit royaume pendant dix ans étaient tendues. Les plafonds à caissons étaient peint de scène représentant les Feythas. L'éclairage était fournis par d'immenses lustres en cristal portant des dizaines de chandelles. La cheminée, qui occupait tout un pan de mur, brûlait actuellement un tronc entier. Les fauteuils étaient disposés de façon à former plusieurs petits coins ou des groupes pouvaient s'individualiser des autres. La pièce était luxueuse, confortable et agréablement chaude. Il était regrettable qu'il n'y eut aucune fenêtre, mais après tout c'était une forteresse.
La première chose que vit Deirane en entrant fut la jeune fille qu'elle était venu chercher. Elle était enfoncée dans un fauteuil, le corps tendu, l'appréhension marquant son visage. Une autre personne était installée mais de la porte, les arrivants ne voyaient que son bras. Mais celui qui retint leur attention était le dernier, le drow. Debout, face aux flammes, un drow attendait, un verre à la main. Quand ils entrèrent, il se tourna vers eux.
Deirane s'immobilisa, elle dévisageait celui qui était responsable de la vie qu'elle avait mené, ce tortionnaire qui lui avait greffé ces pierres précieuses dans la peau la réduisant à un objet de convoitise. La pièce était plus sombre que ce jour fatidique, mais elle le distinguait parfaitement, se remémorant chacun de ses traits qui demeurait dans l'ombre.
Le drow s'avança vers eux. Il s'inclina devant les deux femmes. «Mesdemoiselles, dit il, bienvenue dans ma maison. Je suis heureux de vous avoir avec moi ce soir.» Saalyn lui rendit son salut. «Seigneur, répondit elle, ne m'en veuillez pas si je n'apprécie pas votre offre à sa juste mesure, mais je ne suis pas heureuse d'être ici.
- Je suppose que j'ai du gâcher votre soirée.
- En fait j'avais prévu de vous tuer ce soir. Mais je suppose que ce sera pour plus tard.» Le drow rit à la plaisanterie de Saalyn. Il se tourna vers l'interlocuteur invisible. « Tu comprends pourquoi je n'ai pu résister à l'envie de l'avoir à ma table.» Puis il se tourna vers ses invités forcés. «Il pourra en témoigner, je le lui ai dit : il nous faut absolument la grande Saalyn, la célèbre guerrière libre.
- J'espère que vous n'êtes pas trop déçu que je ne sois pas aussi grande que ma légende.» Le fait est que Saalyn devait lever la tête pour regarder son interlocuteur dans les yeux.
Leur hôte inclina la tête et se plaça devant Deirane. «Deirane, dit il, quand je vous ai choisi, je ne me suis pas trompée. Vous êtes toujours belle.
- Vous attendez peut être des remerciements.
- Vous auriez raison de me remercier. Sans moi vous vous seriez marié, vous auriez fait une flopée d'enfant qui auraient déformé votre corps. Vous seriez une vielle femme aujourd'hui.
- J'aurai accepté ce sacrifice de grand coeur pour avoir des enfants que j'aurai élevé moi même.
- Certainement. Mais nous y aurions tous perdu. Et votre vie aurait elle été aussi intéressante si vous aviez végété dans le mariage.
- Une vie d'esclavage.
- Le prix a été lourd. Mais combien est belle la récompense. Regardez tout ce que vous avez vécu. D'ailleurs il faudra que l'on parle. J'ai certains trou dans les événements. Notamment sur ces deux dernière années. On vous voit parcourir Ectrasyc dans tous les sens, sans soucis d'argent et sans source de revenu visible. Pour quelqu'un qui venait de croupir pendant des mois dans des geôles, c'est une belle remontée je trouve.
- Je ne vois pas le changement, je suis toujours prisonnière.
- Vous n'allez pas comparer mon château aux égouts d'Oscard quand même.» Elle allait répondre, mais il avait déjà rejoint le sensitif. «Je suppose que vous devez être surpris de vous retrouver ici, dit il.
- Pas tant que ça. Mon seul intérêt est de pouvoir communiquer avec ma pentarque. Si vous ne m'avez pas tué, il n'est pas difficile de conclure que si je suis là vous ne cherchez pas à interrompre cette communication. Je peux lui parler aussi bien ici qu'au sein des soldats de son armée. Je pense donc que je dois la vie sauve au fait que vous voulez lui parler.
- Je vois que vous savez vous servir de votre cerveau. Vous avez raison, j'ai un message à transmettre aux pentarques.
- Pourrais je connaître la nature de ce message ?
- Nous verrons ça plus tard. En fait, pour le moment je vais m'intéresser à votre particularité. Pouvoir établir un lien permanent avec des télépathes sans être télépathe soit même est surprenant. N'est ce pas frustrant de posséder un pouvoir que seuls d'autres personnes peuvent activer.
- Je n'ai aucun pouvoir. Je suis juste un peu plus sensible que la moyenne aux pouvoirs psioniques. Et non, ce n'est pas frustrant. Ça me permet de voir les actes des pentarques de l'intérieur, de voir comment ils réfléchissent, comment germe ...» Il se tu. Ses yeux s'ouvrirent d'horreur. «Vous voulez vous servir de moi pour espionner les pentarques. Où influer sur leurs pensées.
- Mais quel intérêt aurai je à fouiller dans leurs pensées ? Quel bénéfice cela apporterait plus à mes opérations ? Ce que pensent les pentarques ne m'intéresse pas le moins du monde.»
Il se détourna de son interlocuteur pour reprendre son poste près de la cheminée. «Mais je manque à tout mes devoirs, je ne vous ai pas présenté mes invités.» Du geste de la main il désigna la fillette, soudain effrayée de se retrouver au centre de l'attention générale. «C'est elle que vous êtes venu chercher, dit il, comme vous pouvez le voir, elle est en bonne santé. Et intacte. Je ne lui ai fait aucun mal. Même sa virginité est sauve. Je sais que ce détail a quelque importance pour vous humains.
- Vous n'avez juste pas eu le temps, riposta Deirane.
- Pour qui me prenez vous ? Vous croyiez que je voulais lui accorder le même honneur qu'à vous ? Mais c'est impossible. Une véritable oeuvre d'art se doit d'être unique. Un deuxième exemplaire ne serait qu'une copie. Je n'ai pas de copie, seulement des originaux dans ma maison.» Deirane ne répondit pas. Elle s'avança pour rejoindre la fillette sur le canapé.
C'est alors que l'homme qui était resté caché prit la parole. «En ce qui me concerne, je n'ai pas besoin de présentation, dit il, nous nous connaissons déjà, Deirane et moi.» En reconnaissant la voix, Deirane se figea, la terreur la paralysa. Elle lança un regard emplit de détresse vers Saalyn, mais la guerrière semblait aussi bouleversé qu'elle. L'homme se leva leur fit face. «Deirane, dit il, je constate que l'adolescente que j'ai connu s'est muée en une très belle femme. Et toi Saalyn, tu n'as pas changé.»
Le sensitif s'était rendu compte du changement d'attitude de ses compagnes. «Qui est ce, demanda-t-il à sa compatriote.» Saalyn s'était reprise. «Trasen, je te présente Stanis. Impliqué dans tous les crimes qui rapportent. Chef de bande de la horde barbare qui sème la terreur le long de la grande route de l'est depuis vingt ans.
- Seize ans seulement. Il a d'abord fallu que le précédent chef de la horde me laisse la place.
- Voleur, assassin, pillard, ravisseur, proxénète et violeur. Beau palmeras. Il ne manque que la piraterie.
- Surtout violeur, n'est ce pas Saalyn, renvoya-t-il accompagné d'un clin d'oeil.
- Quel autre moyen aurait eu un type comme toi pour avoir une femme comme moi ?» Stanis éclata de rire. « Il me semble que Deirane a été capitaine pirate un moment. Et toi même a tué pas mal de gens. On dit que pour ta première mission, tu as réveillé un homme dans son lit pour l'égorger. Nous sommes une belle bande de criminels. Je ne dépare pas au milieu de vous.
- C'était des criminels, ils avaient été condamnés à mort, riposta Saalyn.
- C'est vrai, ton métier te permet d'assouvir tes instincts en toute légalité.»
Deirane avait profité de la joute entre son amie et le bandit pour rejoindre sa nièce. Elle s'assit à côté d'elle sur le canapé. «Bonjour, dit elle, tu sais qui je suis.» La fillette fit un mouvement de la tête qui hésitait entre l'affirmation et la négation. «Papi m'a parlé de vous, dit elle, et papa aussi. Vous êtes la soeur de papa.
- Comment m'as tu reconnu ?» Du doigt, elle désigna le rubis sur le front de Deirane. Logique, avec une telle marque l'identification était facile. «Ton père m'a parlé de moi, il t'a dit comment je m'appelle ?
- Deirane.
- Et toi tu es Cleindorel.
- Tout le monde m'appelle Clee.
Deirane était émue. Pour la première fois depuis vingt ans, elle rencontrait un membre de sa famille. Elle resta un moment sans rien dire. Brusquement elle l'enlaça et la cajola. La fillette restait crispée, mais accepta l'étreinte que lui offrait son aînée.
Au bout d'un moment, Deirane reprit ses esprit. Elle reporta alors son attention sur Saalyn. La discussion qu'elle menait avec le Stanis était animée. Elle repéra rapidement cette légère crispation de la mâchoire qui indiquait que son insouciance n'était que feinte. Elle jouait un rôle pour ne pas montrer son véritable état d'esprit. Mais à l'intérieur d'elle même, ça devait être la tempête. «Je te rappelle que moi aussi j'étais prisonnier, disait l'homme, je suis une victime autant que toi.
- J'imagine à quel point tu as été malheureux quand on t'a forcé à abuser de moi.
- Je n'irai pas jusque là. Au contraire.
- Heureuse de l'apprendre.
- Cette discussion est intéressante, intervint le drow, mais il est temps de passer à table.» Il ouvrit grand la porte à double battant qui donnait sur la salle à manger.
Deirane intervint alors. «Un instant, dit elle, tout le monde s'est présenté sauf une personne.
- Deirane a raison, continua Saalyn en se tournant vers le drow, notre hôte ne nous a pas dit son nom.
- Vous avez raison, répondit il, je manque au devoir le plus élémentaire de l'hospitalité. Mon nom vous est certainement connu. Les services de renseignements helarians doivent le connaître depuis longtemps. Mais au cas où je les aurai surestimés,.je m'appelle Lergerin Aldower. Je suis né, ou plus exactement j'ai été conçu puisque tel est le terme exact dans mon cas, il y a quatre vingt trois trois ans par les Feythas. Je suis un originel, a ma naissance je n'ai qu'un matricule, le 19-1-28n avant de me choisir un nom. Je n'ai aucun ancêtre de ma race. Mes ancêtres réels si j'ai bien compris étaient plus primitifs que les humains, mais les Feythas dans leur grande sagesse m'ont amélioré pour donner l'être parfait que je suis aujourd'hui.
- Parfait ? releva Saalyn.
- Mon peuple a été le dernier a avoir été crée. Il est donc supérieur aux autres. Ceux qui nous ont précédés ne sont que des essais. C'est pour cela que nous sommes si peu nombreux. Ils n'ont pas eu le temps d'achever leur oeuvre avant d'être assassinés.»
Tout en entrant dans la salle à manger comme l'invitait le geste du drow, Saalyn continuait. «Les chiens et les chevaux ont été crée bien après les humains, il ne me semblent pas plus parfait qu'eux, dit elle.
- En êtes vous bien sûre ?» Des domestiques, toutes des elfes encore adolescentes, certainement capturées dans les bois environnants, guidèrent les invités à leur place et les aidèrent à s'asseoir. Toute en se dirigeant vers son siège, Deirane réfléchissait aux paroles du drow. Modèle 19, version 1, exemplaire 28. Autrement dit, une des premières tentatives viables des Feythas pour créer un drow. Il leur fallait plusieurs tentatives pour obtenir ce qu'ils cherchaient, et elle croyait savoir que les tyrans eux même avaient totalement éliminé cette série. Aldower était donc tout sauf parfait. Quelle tare pouvait il bien posséder pour nécessiter la destruction de ses semblables et la création des versions 2 à 4 ?
Le drow s'installa en bout de table comme il seyait à son rang et à sa prétendue supériorité. Deirane fut placée à l'autre bout en face de lui, Stanis à sa droite et Saalyn à sa gauche. Cleindorel et le sensitif furent installés du coté de Deirane, Trasen à côté de Saalyn. «Helaria et Yrian sont les deux grandes cultures de notre monde actuel. Il est normal que les règles de l'hospitalité soient originaires de l'un de ces deux pays, reprit il. Même si la méthode conviviale d'Helaria ne manque pas de charme, j'ai choisi celle en vigueur à la cours de Sernos parce qu'elle me semble mieux convenir pour des personnes nobles. J'espère que vous ne m'en voudrez pas, maîtresse Saalyn.
- Bien au contraire, à quoi cela sert il de visiter des contrés exotiques si c'est pour vivre comme si on était chez soi.
- Par contre, les plats et les vins viennent d'Helaria, parce qu'il faut bien l'avouer, point de vue délices vous êtes inégalables. Les Yrianii sont des enfants à côté de vous.
- Notre civilisation est plus ancienne, même si elle n'est pas si vieille que cela.
- Il me semble en effet que vous êtes sorti de la barbarie peu de temps avant l'arrivée des Feythas. Notre puissance a été fondée pendant leur règne mais la votre aussi.
- De la pauvreté, pas de la barbarie, répondit Saalyn en buvant une gorgé du verre de vin qu'une domestique venait de remplir, nous n'étions pas des barbares, notre poésie et notre littérature suffit à le démontrer. Nous étions pauvres. C'est lorsque Braton a réussit à créer notre premier bateau que nous avons commencé à nous enrichir. Les Feythas ne nous ont pas aidé à progresser. Bien au contraire.
- C'est vrai. Mais il est vrai aussi que les autres royaumes stoltzt étaient bien plus évolués que vous. Vous êtes ce que l'on fait de mieux aujourd'hui point de vue technique, mais après un sévère nivellement pas le bas. J'ai vu les ruines de certaines villes de l'ouest, vous êtes loin d'égaler leurs compétences architecturales.
- L'architecture est ce qu'une culture peut produire de plus durable. Mais ce n'est pas forcement ce qu'elle a de meilleur. Le meilleur de nous même, vous le trouverez à Jimip, dans la bibliothèque. Il y a plus de document la dedans qu'il n'y a d'habitants dans le monde. Nous avons hérité des archives des Feythas.
- Comment cela est il possible ? Je ne comprend pas que les rois d'Yrian vous ai laissé les emporter.» Les domestiques venaient d'apporter le premier plat. Pendant qu'ils servaient les convives, en commençant par le drow. C'était du poisson cuit au cours bouillon, accompagné de tubercules que Deirane n'avait jamais vu, bien qu'elle eu souvent voyagé. Saalyn en goûta une bouchée, un régal. Elle se délecta du goût riche en odeur suaves qui lui emplissait la bouche avant de répondre à la question du drow. « La complexité des machine que les Feythas ont laissé à nécessité la collaboration de tous pour élucider leur fonctionnement.
- Comme c'est intéressant, et que pouvez vous en tirer ?
- Par exemple, maintenant que je connais votre nom, nous pourrions tout savoir sur vous, votre date de conception, vos ancêtres proto-humains, les traitements que les Feythas vous ont fait subir pour vous créer, ce qui vous différencie des autres drows.
- Vraiment ?
- Dans la mesure ou vous me laisserez retourner en Helaria pour en faire la demande. »
Aldower regarda Saalyn droit dans les yeux. Il mit un long moment avant de répondre.
« Je ne vous crois pas, dit il enfin, les machines feythas étaient parfaitement fonctionnelles quand l'Yrian les a trouvé. Ils n'ont eu besoin de personnes pour les utiliser. Et surtout pas d'un royaume en ruine qui commençait à peine à relever la tête. Vous n'avez jamais eu accès à ces archives. Mais certaines de vos connaissances semblent provenir de là.
- Qu'en concluez vous ?
- Que si l'univers a pu produire les Feythas, il a pu produire d'autres peuples à la technologie similaire. Et que d'une manière ou d'une autre, vous avez eu accès à ses connaissances.
- Intéressante théorie, mais elle n'est étayée par rien.
- Elle est étayée par les millions d'ouvrage rédigé par les helarians en un milliers d'années, bien plus nombreux que tous les helarians qui ont jamais vécus. Ouvrage dont la plupart, tout au moins ceux auxquels on a acmés, décrivent un monde qui ne possède qu'une seule lune, alors que nous en avons trois.
Saalyn bu une gorgée d'hydromel pour se laisser le temps de trouver une réplique. Mais Aldower la précéda.
- Mais tout ceci est sans importance, dit il, pour la seule discussion ensemble que nous aurons, nous n'allons pas polémiquer sur des faits de littérature.
- La littérature est un sujet bien intéressant pourtant.
- Si nous avions le temps de nous y étendra d'avantage, une telle discussion me plairait, mais ce n'est pas le cas.
- Pourquoi, parce que vous allez mourir ?
- La mort est inhérente à la vie, l'un ne va pas sans l'autre. Mais mon jour n'est pas venu.
- Le mien alors, conclut Saalyn.
- Qu'est ce qui vous a donné une telle idée ?
- C'est simple, vous avez l'air d'une personne raffinée et riche. A ce titre, en tant qu'invité, j'aurai du avoir ma propre chambre au lieu de partager mon lit avec Deirane. C'est donc que je n'en aurai pas besoin. A partir de là, j'en conclu que soit vous envisagiez de m'offrir une place dans votre couche, soit de m'offrir à quelqu'un d'autre, soit que mon espérance de vie ne dépassera pas celle de ce repas.
- Votre réputation n'est pas usurpée. Quelle est à votre avis la bonne solution ?
- Mes goûts personnels me font préférer la dernière solution. Et la logique exclue les deux première. Je doute que vous ayez envie de risquer votre intégrité physique ou celle de cette autre personne.
- Mon intégrité physique ?
- Vous connaissez ma réputation ?
- Bien sûr, vous êtes la meilleure guerrière libre d'Helaria. Et cela fait peur à beaucoup. Mais ils ont tord. Une guerrière libre n'est pas une guerrière. Détrompez moi si je fais erreur, mais si on utilise votre langue, guerrière d'Helaria se dit helariaf sanfixios et guerrière libre se dit helar sanfixios. Une personne qui maîtrise mal votre langue pourra confondre les deux termes. Mais ils ne désignent pas la même chose.
- Vous maîtrisez bien ma langue. Bravo. Qu'en déduisez vous ?
- Que vous vivez sur une réputation usurpée. Tout le monde vous craint. Mais avec une épée pourtant vous ne valez rien. Les guerriers libres sont des enquêteurs spécialisés qui agissent hors d'Helaria, pas des soldats. Votre arme la plus redoutable c'est votre cerveau. Le domaine dans lequel vous êtes la plus douée est l'art du déguisement. Vous pouvez vous faire passer pratiquement pour n'importe quoi. Vous avez les meilleurs résultats de votre corporation alors que personne ne vous voit jamais nulle part. Mais qui a fait attention à la prostitué supplémentaire sur les trottoirs, à la marchande qui vend ses légumes, ou à la jeune paysanne en visite à la ville ? Vous n'êtes pas une combattante, Saalyn, vous êtes une actrice. Mais au lieu de mettre votre art au service du divertissement, vous l'avez mis au service de la justice d'Helaria.» Il avait craché les deux derniers mots comme s'il s'agissait d'une insulte.
«C'est une façon de présenter mon métier peu commune mais pas totalement fausse, remarqua Saalyn, même si je ne suis pas tout à fait d'accord en ce qui concerne votre estimation de mes performances à l'épée. Après tout, j'ai été guerrière avant de devenir guerrière libre. Vous avez du beaucoup m'étudier.
- Il me fallait bien connaître votre façon d'opérer pour vous contrer.
- Êtes vous sûr de m'avoir contré ? N'avez vous pas dit que j'étais la meilleure ? »
Pour toute réponse, le drow lui fit un salut de son verre avant de boire.
« Je ne mets pas vos compétences en doute. Après tout, vous avez pu trouver ce château alors que je croyais n'avoir laissé aucune trace, dit il, mais sur ce coup là, j'ai été meilleur que vous.
- Et quoi d'autre avez vous mis étudié pour monter ce piège, reprit Saalyn.
- Votre disciple Ôta. Bien sûr. Il ne possède pas vos talents mais il s'en approche. Lui c'est un vrai guerrier. Métis de Mustuans et d'Helarian, il possède la force physique des premiers et la ruse des seconds. Suffisamment habile pour intégrer deux corporations, il appartient à la fois à celle des guerriers et celle des guerriers libres, et même s'il n'a que rang de simple soldat dans la première, je ne ferai pas l'erreur de le sous estimer au corps à corps. En général il n'est jamais très loin de vous. Je vous conseille cependant de ne pas trop compter sur lui. J'ai jugé utile de l'éloigner. Pour plus de sûreté vous voyez. A l'heure actuelle, il est en pleine balade en montagne dans les royaumes des nains, à plus d'une douzaine de chevauché.»
Saalyn bu une gorgée de vin pour reprendre contenance. «Je vois que vous avez tout prévu dans les moindres détails, dit elle, il y a cependant une chose que je ne comprend pas.» Le drow leva un sourcil d'un air interrogateur. «Pourquoi moi, pourquoi avoir prit tout ce temps à me tendre ce piège. Je ne suis rien pour vous. Le seul lien entre nous est Deirane et il remonte à vingt ans.
- Pourquoi pas vous ?
- Pourquoi pas moi en effet. Je repose la question différemment, pour avoir attiré un guerrier libre helarian dans ce piège. Moi ou un autre.
- Parce qu'il me fallait attirer un helarian chez moi.» Deirane intervint alors. «Moi, je comprends, dit elle, vous vouliez me rencontrer pour achever ce que nous avions commencé il y a dix ans. Cleindorel aussi, elle vous était nécessaire pour m'attirer. Pour Saalyn, vous dites avoir besoin d'elle et si vous l'avez choisie elle c'est parce que vous aviez la possibilité de m'utiliser comme appât alors qu'avec un autre guerrier libre cela n'aurait pas marché. Mais Trasen, que fait il ici ? Cela me semble de plus une erreur monumentale, les pentarques savent maintenant tout ce dont nous avons parlé.
- C'est probable en effet, répondit le drow, ils savent. Mais ça n'a plus aucune importance. Mes plans sont sur le point d'aboutir et ils ne pourront pas s'y opposer.»
C'est alors que Trasen qui n'avait pas encore ouvert la bouche prit la parole. «Et quels sont donc vos plans ? demanda-t-il. » Le ton de la voix contrastait avec l'expression du visage, il ne fallu donc que quelques instants au drow pour comprendre. «A quel pentarque ai je l'honneur de m'adresser ?
- A Muy, pentarque quarte d'Helaria.
- Muy, saviez vous que vous étiez la pentarque que j'admirai le plus. Vous et moi sommes identiques. Nous sommes des prédateurs. Je me demande pourquoi vous n'avez pas pris le contrôle de la Pentarchie. Vous valez tellement mieux que cette nymphomane de Peffen, l'insipide Vespef ou ce clown de Wotan qui ne fait que brasser que du vent.
- J'ai grandi. J'ai pu voir ce que deviendrai le monde si je dirigeais seule Helaria. Vous n'êtes encore qu'un enfant à côté de moi.
- D'une certaine manière c'est vrai. Vous êtes dix fois plus âgé que moi. Mais cela compte-t-il vraiment.
- Il y a longtemps qu'arracher les ailes des mouches ne m'amuse plus. J'ai eu le temps d'apprendre des plaisirs plus raffinés.» Le drow hésita. «Plaisir raffiné. Vous donnez la mort rapidement. Moi je suis un artiste. Je crée la mort. Je la mets en scène. Je la rend belle.» La réponse de Muy mit longtemps à arriver. «Que voulez vous ? dit elle enfin.
- Mais vous affronter. Un duel à mort entre nous. Que le meilleur gagne.
- Vous ne tiendriez pas dix secondes contre moi.
- Au corps à corps c'est vrai. Mais j'ai appris que vous aviez la réputation de vous donner aux adversaires que vous allez tuer. Une nuit de délice puis mourir ...
- Seulement à ceux qui me plaisent, corrigea Muy par l'intermédiaire du sensitif, ce n'est pas un cadeau que je fais aux condamnés, mais un plaisir que je m'offre.
- Cela tombe bien finalement. Ce n'est pas vous seule que j'affronte, mais tous les pentarques à la fois.
- Vous avez intérêt à ne pas nous rater. Laissez un seul d'entre nous vivant et ce qui s'abattra sur nous vous fera regretter le départ des Feythas.»
- Dans quelle mesure êtes vous responsable de la guerre qui nous oppose à la Ligue des Princes Marchands ? intervint Saalyn.
- C'est mon oeuvre. Le début tout au moins.
- Le début de la guerre ?
- Le début de mon oeuvre. La guerre n'est que le point de départ. Il culminera avec la disparition de cette engeance stoltzt, laissant la place aux peuples civilisés.
- Sous la domination des drows.
- Cela va de soit. Encore que ce dernier point soit optionnel. Si mes frères de races trouvent du plaisir à diriger des inférieurs, grand bien leur face. Cela ne m'intéresse pas.
- Et quand réaliserez vous ce projet grandiose ?
- Bientôt. Très bientôt.
- Êtes vous conscient que tous les royaumes stoltzt vont lancer des tueurs à vos trousses.
- Qu'ils le fassent, cela ne changera rien. Ils n'aurons pas le temps de faire quoi que ce soit.» Le drow regarda dans la direction de Deirane. «Vous êtes bien silencieuse ma chère amie. A quoi pensez vous ?
- Que vous êtes un fou.
- Un fou que de vouloir nettoyer notre monde ce la vermine.
- Les stoltzt nous ont sauvé la vie. Les Feythas nous ont crée, mais c'était pour leur servir d'esclave. Ce sont les stoltzt qui nous ont aidés à nous rebeller ...
- Uniquement parce que les Feythas les exterminaient ma chère. Croyez vous qu'ils se serraient préoccupé de nous si les Feythas n'étaient pas allés se servir chez eux pour alimenter leurs mines en travailleurs. Ces helarians dont vous semblez si éprise, n'ont commencé à bouger que quand les premiers villages ont été vidés de leurs habitants.
- Parce que comme tous les autres, nous avons été subjugués par les Feythas, se défendit Saalyn. Nous avons cru que des êtres aussi avancés sur le plan technologique le seraient aussi sur le plan moral. La chute a été dure.
- Après la guerre, le monde était empoisonné par les armes des Feythas ou les millions de cadavres qui se décomposaient dans les champs de batailles, les gouvernements s'étaient tous effondrés et le monde livré aux pillards et aux criminels. c'est grâce aux stoltzt que nous avons pu survivre. C'est eux qui nous ont montré comment purifier l'eau ou cultiver les légumes à l'abris des pluies de feu. Ils ont nourris les populations affamées des royaumes voisins.
- Justement, ne trouvez vous pas étrange que ce soit le seul pays à avoir pu passer la guerre avec un gouvernement en exercice ?
- Peut être étions nous les seuls à avoir prévu l'après guerre avant qu'elle ne commence, remarqua Saalyn. Le clown, comme vous qualifiez Wotan, savait que si nous gagnions, ce serait de justesse. Il a mit de côté ce qu'il fallait pour que les survivants puissent reconstruire.
- Il a mis de côté un gouvernement de remplacement aussi, remarqua le drow sur un ton ironique.
- En effet. Juste avant de partir, il a nommé un successeur qui est entré en fonction au moment où il a quitté Helaria à la tête des armées. Il n'y a jamais eu vacance du pouvoir en Helaria et jamais de lutte pour conquérir un trône vide.
- Cela confirme à quel point les stoltzt et les nouveaux peuples sont différents. Un humain n'aurait jamais confié son trône à un prétendant possible. Si vous pensiez me faire changer d'avis, c'est raté. Bien au contraire, cela me conforte dans mon opinion, vous devez disparaître.
- Vous êtes malade, lança Deirane.» Saalyn se contenta d'avaler une bouchée de viande et de boire une gorgée de vin.
Le drow se leva. Lentement, il se dirigea vers Saalyn. «Chère amie, dit il, je vois que votre jeune amie est un peu emportée. Peut être devriez vous lui conseiller de se calmer.
- Vous n'auriez pas du vous en prendre à sa famille. La femelle la plus douce peut devenir une bête féroce quand on touche aux siens, constata-t-elle simplement.
- Mais vous restez calme pourtant, alors que je menace d'exterminer votre peuple.» Il s'était placé derrière la stoltzin et lui avait posé les mains sur les épaules. Lentement, il lui massa le cou.
- S'emporter ne me permettra pas de le sauver. Par contre, rester attentive pour repérer la faille quand elle arrivera...
- Et vous me sauterez dessus ? Avec cette épaule.» Il serra fortement l'épaule blessée. Saalyn devint pale mais ne cria pas. «Quel dommage qu'une aussi belle peau soit abîmée par cette cicatrice.» Il relâcha son étreinte et reprit son massage, ce qui permit à la guerrière de se ressaisir. «Ça guérira. Une mue et il n'y paraîtra plus, répondit elle.
- Et dans combien de temps cela se produira-t-il ?
- J'en ai deux par an. La précédente date de six mois. Pas avant deux mois et demi donc, j'en ai peur.
- Quel dommage. Je ne peux pas attendre aussi longtemps. J'aurai tant aimé que vous soyez parfaite à mes yeux.
- Si vous saviez à quel point j'en suis désolée.»
Le drow tourna alors la tête vers le sensitif. «La pentarque est elle toujours connectée à vous.
- Elle l'est, répondit il.
- J'espère qu'elle est attentive, j'ai quelque chose à lui montrer.» Il quitta Saalyn et se dirigea vers la chaise de l'elfe. Tout en marchant, il sortit un objet de sa poche. C'était une boule en verre dépoli, légèrement lumineuse, de la taille d'un poing serré.
Saalyn identifia ce qu'il avait pris dans la main. «Un sort démoniaque, dit elle, quel est son effet.
- Vous allez le découvrir bien assez tôt.
- Tuer le sensitif ne tuera pas Muy, vous savez ?» Le drow se contenta de sourire. Brusquement Saalyn se figea. «Vous n'allez pas ... Muy, déconnecte toi ! Dégage ! cria-t-elle.» Elle repoussa sa chaise et se leva pour rattraper le drow.
- Trop tard, s'écria-t-il.» En un pas, il fut sur le sensitif et lui fracassa la boule sur le crâne avant qu'il ait pu réagir. L'elfe se mit à hurler de douleur. Saalyn se précipita sur le drow. Brusquement, elle se prit la tête entre les mains se hurla à son tour. Elle bascula en arrière. Sous la souffrance, ses jambes étaient agités de soubresauts.
Deirane repoussa sa chaise, elle regardait avec horreur les deux helarians se tordre de douleur devant elle. Elle eut la présence d'esprit de prendre la main de Cleindorel pour ne pas qu'on puisse les séparer. Le drow avait un air satisfait sur le visage. Son complice était impassible, il prit un cigare et l'alluma comme s'il était au spectacle.
Le silence revint. Trasen s'effondra sur la table, les yeux grands ouvert. Du sang coulait de son nez et de ses oreilles. Il était mort. Deirane se précipita vers son amie. Elle prit dans ses bras le corps agité de convulsion et le serra contre elle. Elle la sentit s'amollir soudain. La poitrine se souleva puis retomba lentement pour s'immobiliser. En larme, Deirane posa la main sur la poitrine pour entendre le coeur, mais il n'y avait plus rien.
Le corps agité de sanglot, elle étala la guerrière sur le sol puis elle se releva. «Elle est morte, dit elle, vous l'avez tuée.
- En effet, répondit calmement le drow.» Il se dirigea vers la porte et tira sur un cordon. «En fait, continua-t-il, je n'ai pas tué un elfe et un stoltzin, j'ai gagné la guerre contre Helaria. Voyez vous, le lien entre un sensitif et un pentarque ne transmet pas que les pensées. Il transmet aussi les sensations. La douleur par exemple.
- Vous êtes un monstre ?
- Le démon qui m'a vendu le sort y a introduit une douleur correspondant à des milliers de souffrance. La pentarque a reçu ça de plein fouet. Elle n'a pas eu le temps de se retirer de l'esprit du sensitif.» L'entrée d'un groupe de domestiques interrompit ses explications. Il montra le corps de Saalyn puis celui du sensitif. «Emmenez la en chambre froide, ordonna-t-il, et faite bien attention à ne pas l'abîmer, je veux qu'elle reste intacte. Et jetez moi cette charogne.» Les elfes emportèrent les deux corps.
Le drow continua. «Quand Muy a ressentit la douleur, elle n'était plus en état de faire quoi que soit. Sinon elle aurait juste coupé le contact. Les siens ont aussitôt essayé de la soulager en la répartissant entre eux tous. Mais même à dix, des milliers de souffrance ça reste trop. Ils ont donc réparti la douleur entre tous les stoltzt, les vingt mille d'Helaria et les cinq mille de Mustul. Vu ce qu'a subit Saalyn, ça n'a pas suffit.
- Vous êtes un monstre.» Deirane fit un pas en arrière, entraînant sa nièce avec elle. «C'est la guerre, pontifia le drow, à l'heure actuelle les pentarques sont morts ou fous et la plupart des stoltzt sont hors de combats pour des jours, certainement mort pour la plupart d'entre eux. A vrai dire, je ne m'attendais pas à un tel effet. Cette rupture des vaisseaux sanguins est surprenante. Qu'importe. Je suis vainqueur. Je suis le meilleurs.
- Mais pourquoi ? Que reprochez vous aussi aux helarians.
- S'ils ont pu s'emparer de toute la littérature d'un monde, ils ont pu aussi acquérir leurs connaissances scientifiques. Ils auraient fini par nous dominer tous.
- Tout ça pour quelques livres. Vous êtes fou.
- Ça suffit. J'ai été indulgent avec toi Deirane. Tu as vu mon génie à l'oeuvre. Tu n'es pas capable de l'apprécier. Je ne suis pas obligé de supporter tes crises d'hystérie.» Il se tourna vers Stanis. «Ramène là dans sa chambre, ordonna-t-il.
- Avec plaisir, répondit le brigand.
- Et ne la touche pas. J'ai besoin qu'elle soit intacte. Si tu veux t'amuser, il y a assez de domestiques pour cela dans le château.
- Il en sera fait selon tes ordres.» Stanis empoigna Deirane par un bras. Elle le suivit sans résistance, sans lâcher la main de sa nièce.
1: voir «L'épée de bronze »
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