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La paysanne
Jungle de Boulden
De nos jours
Les visiteurs furent introduits dans le cabinet de travail du drow. Il leva les yeux de son bureau pour les dévisager. Ils étaient deux, un homme et une femme, des humains. L'homme était grand et musclé, presque un colosse. Tunique de cuir marron maintes fois rapiécée, pantalon à l'identique. Son visage témoignait des combats qu'il avait du mener : une cicatrice lui fermait à moitié l'oeil droit et se prolongeait jusqu'à la commissure de ses levres. Il avait noué un foulard rouge autour de son crane dont dépassaient une masse de cheveux graisseux, noirs et longs. A la main gauche un doigt manquait. Son compagnon était une femelle humaine, petite et menue. Visiblement une esclave, elle servait de bête de somme. Elle était habillée d'une robe bleue claire dans le même état que la tenue de son maître et elle n'était guère plus propre. Elle semblait en mauvaise santé, son visage maladif était émacié et ses jambes visibles sous la robe étaient couvertes de croute. Sa vision répugna le drow.
Le drow désigna un siège pour s'assoir, on pouvait remarquer un léger boitement. Tout correspondait. Le drow s'enfonça dans son fauteuil et croisa les mains sur son ventre. «Vous êtes Sardar ? demanda-t-il
- Et vous Lergerin Aldower ? renvoya l'homme.
- Vous m'avez été chaudement recommandé. On m'a dit que vous étiez le meilleur dans votre domaine.
- J'ai quelques talents dans ma partie en effet.
- On m'a dit également que vous ne reculiez devant aucun défi.
- A quatre pattes ou à deux pattes, aucune dépouille animale ne me résiste.
- Dans ce cas, je sens que nous allons nous entendre.» Le drow se leva et fit quelques pas. «L'animal que je veux vous faire empailler représente un défi en ce sens qu'il est quasiment dépourvu de pelage ou de plumage. Et il n'est pas question, bien sûr de voir la moindre couture sur la peau.» Sardar reflechit quelques secondes. «A quel peuple appartient ce corps et depuis combien de temps il est mort ?
- Il y a deux corps, un humain et un stoltz, l'humain est toujours vivant, le stoltzt est mort depuis deux jours mais je le conserve dans une chambre froide depuis tout ce temps.
- Excellente initiative. Mais il va falloir le faire revenir à température ambiante pour que je puisse travailler dessus.
- Bien évidement. Désirez vous le voir ?
- Avec plaisir. Je n'ai jamais travaillé sur ce genre de matériel. » Le drow ouvrit la porte de la pièce et invita son visiteur à le suivre. Celui ci lui emboita le pas, laissant la jeune esclave s'occuper de ses affaires.
Les chambres froides étaient situées dans les caves du chateau, en un endroit suffisament frais pour que la glace ne fonde pas trop vite : les montagnes n'étaient pas très loin vers l'est, mais elle devait quand même être acheminé à travers la jungle. Il y avait plusieurs chambres de petite taille plutôt qu'une seule grosse. La plupart étaient dévolues à la conservation des reserves de nourriture. Mais Aldower s'en était reservées quelques unes pour ses plaisirs personnels. L'une d'elle était fermée par un solide cadenas. Le drow l'ouvrit et entra. Le taxidermiste le suivit.
La pièce était toute petite, à peine deux perches sur trois et deux perches de haut. Au fond et de part et d'autre de la porte, de gros blocs de glace maintenaient la température basse. Au centre, sur une table en bois, reposait le corps de Saalyn. Elle était allongée sur le dos, les bras le long du corps. Sardar s'approcha et l'examina. Elle était pale, les lèvres bleuies. Il la toucha, la peau était resté souple. Le froid n'était pas assez intense pour rigidier ses membres. Avec délicatesse, il déplia un bras. Il avait craint qu'il reste collé à la table et que la peau se déchire, ce n'était pas le cas. Les cheveux auraient pu devenir cassants, mais les serviteurs du drow avaient pris soin de les ramener sur la poitrine, de façon à les prémunir contre un éventuel déplacement du corps. Sardar examina encore Saalyn en plusieurs endroits, palpant pour estimer la souplesse de la peau et des membres. «Parfait, dit il enfin, le spécimen est en excellent état, je pourrai travailler dessus.
- A la bonne heure, répondit Aldower, doit on la laisser ici ?
- Non, il vaudrait mieux la transporter dans mon atelier, pour la laisser se réchauffer.» Le drow fit un signe. Aussitôt deux esclaves entrèrent pour emporter la stoltzin. «Faites attention, ordonna le taxidermiste, il ne faudrait pas l'abimer pendant le transport.» Les deux esclaves, obéirent. Ils emportèrent rapidement le corps. «Efficace le service, remarqua Sardar.
- Je ne garde que les meilleurs, répondit Aldower.
- Et les autres ?
- Je m'en débarrasse.» Ils sortirent tous les deux. Le drow ferma la porte derrière lui mais ne reboucla pas le cadenas.
Tout en remontant vers les quartiers d'habitation, Sardar demanda : «Vous aviez parlé de deux corps.
- Le second est en haut. Il est encore vivant, répondit Aldower.
- Une stoltzin d'aussi belle qualité ?
- Une humaine. Trente ans.
- Trente ans, la préparation ne sera pas aussi parfaite.
- Ne vous inquiètez pas, elle a encore l'aspect de la jeunesse.
- Je peux la voir maintenant ?
- Je vous guide.» Le drow guida les deux humains à travers les escaliers et les couloirs en chantier jusqu'à la chambre de Deirane. Ils entrèrent sans frapper.
Deirane était allongée sur son lit en robe de chambre, sa nièce blottie contre elle, la tête sur sa poitrine. En les entendant entrer, elle sursauta. Devant les visages inconnus, elle s'acroupit, sans lacher Cleidorel. «Quand allez vous nous libérer ma nièce et moi, demanda-t-elle.
- Ma chère, ne soyez pas si coléreuse, cela va vous plisser la peau et faire apparaitre des rides.
- Des rides, si c'est tout ce qui vous préoccupe ...
- Je vous présente Sardar, taxidermiste à Sernos.» L'annonce du métier de l'intrus coupa Deirane en plein élan. «Pourquoi un taxidermiste ? demanda-t-elle.
- Quelle question stupide, répondit Aldower. Pour empailler bien sûr.
- Moi ?
- Qui d'autre ?» Elle pressa convulsivement sa nièce contre elle. «C'est le prix à payer pour que cette charmante enfant soit renvoyée chez ses parents.
- Sa vie contre la mienne ?
- Le marché est équitable il me semble.
- Vous êtes un monstre.
- Je dirai, un artiste, plutôt. Un esthète.» A ce moment, Sardar, qui dévorait la jeune fille des yeux, intervint. «Je peux ? demanda-t-il.
- Bien sûr.» D'un geste il invita Deirane à les rejoindre au centre de la pièce. Comme elle ne bougeait pas, il la rappela à l'ordre. «Pensez à notre marché, dit il.» Deirane repoussa lentement sa nièce, elle descendit de son lit et s'avança à contrecoeur jusqu'au petit groupe qui avait investi sa chambre.
Le taxidermiste lui prit le visage dans la main. Il lui pinça la joue, examina les yeux et les levres, suivit un fil d'or le long du cou. Puis il s'écarta, l'air satisfait. «C'est parfait, dit il, elle fera l'affaire. La peau est souple, pas de rides. Quelques fils gris dans les cheveux, mais comme elle est blonde, ils ne devraient pas trop se voir.
- Désirez vous approfondir votre examen ? demanda Aldower.
- Inutile, j'ai pu voir ce qu'il me fallait. Je pourrai opérer sans problème.
- Dans ce cas ... Quand voulez vous commencer ?
- Par la stoltzin, dans deux jours le temps qu'elle revienne à température ambiante. Elle est morte et risque de se décomposer assez vite par cette chaleur.
- Si vous y tenez.» L'évocation de son amie décédée arracha un sanglot à Deirane. Elle rejoignit Cleidorel sur le lit. Le drow quitta la pièce, entrainant ses invités derrière lui.
Le corps de Saalyn avait bien été transporté dans l'atelier qu'Aldower avait reservé au taxidermiste. Les porteurs l'avaient posé n'importe comment. Avec delicatesse, Sardar allongea les membres et l'examina à nouveau, de manière beaucoup plus approfondie que précédement. Sa jeune assistante avait perdu son air craintif. Elle manifestait de l'assurance et n'avait plus l'air d'une petite esclave maltraité malgré les haillons qui la couvrait. Elle sortit une tenue plus adaptée que celle, à la limite de l'indécence, que le drow avait donné à la guerrière; elle ressemblait fortement à celles dont elle avait l'habitude en mission. Ensemble, il l'habillèrent. Si ce n'est sa paleur due au froid, une personne entrant dans la pièce aurait pu penser qu'elle dormait.
Dans sa chambre, Deirane était retournée rejoindre sa nièce. Par la fenêtre, le ciel commençait à s'assombrir. La nuit approchait et elle n'avait rien eu à manger de la journée. Elle se leva pour manifester sa présence. Un mouvement léger attira son regard. Un petit morceau de papier était par terre, il était tombé de sa poche. Elle ne l'avait pas remarqué quand elle avait enfilé la robe de chambre la veille au soir. Mais à vrai dire, elle n'avait pas fouillé les poches non plus. Intrigué, elle le ramassa. Pendant qu'elle le dépliait, sa nièce la surveillait, la respiration haletante. C'était un message, il était bref. Elle sourit de joie et le montra à Cleidorel. «Je ne sait pas lire, dit la jeune fille.
- Excuse moi, répondit Deirane, il y a marqué : cette nuit dernier monsihon, soyez prête. Le message est rédigé en helarian. Il est signé Levander CGNA.
- Qu'est ce que ça veut dire ?
- Ca veut dire qu'on vient nous chercher. Ils savent ou nous sommes, ils arrivent.» Un léger sourire illumina le visage de la gamine, mais rien de plus. Elle était encore trop perturbée pour se laisser aller librement.
Deirane fouilla les placards pour trouver une tenue plus adaptée que celle qu'elle portait. Le drow n'avait prévu que de la garder quelques jours. Il avait réduit sa garde robe au minimum. Il n'y avait aucune tenue pour l'exterieur, juste sa robe de soirée et la tenue qu'elle portait. Cleidorel était encore plus pauvre puisque Aldower n'avait pas fait suivre les affaires de la jeune fille quand elle avait déménagé pour la chambre de sa tante. Elle estima que cela conviendrait. Il le fallait, elle n'avait pas le choix. Puis elle alla rejoindre le lit et sa nièce pour attendre le moment de partir.
La nuit était tombée sur la vallée de l'Unster. Des trois lunes d'Uv Polin, seule Nëppë, la plus petite, était levée. Elle repandait une lumière brillante qui donnait aux objets un aspect fantomatique, privés de leurs couleurs. La cours du chateau était suffisament eclairée pour permettre à un individu de s'y déplacer sans problème.
La porte du dongeon s'entrouvrit silencieusement. Une ombre se glissa entre les battants qu'elle referma après son passage. Elle descendit rapidement l'escalier et entreprit de traverser la cours. Un bruit au dessus de sa tête l'alarma. Il se plaqua contre le mur le plus proche et devint attentif. La sentinelle, ce ne pouvait être qu'elle, allait bientôt passer au dessus de sa tête. D'où il était il ne pouvait la voir, mais c'était réciproque. A l'oreille, il suivit son parcours entrecoupé de nombreux arrêts pour surveiller la forêt, le long du chemin de ronde. Au bout d'un moment, il pu voir le garde. Ce dernier fut bientôt hors de vue, sortant de la cours par le côté opposé à son entrée.
Aussitôt l'alerte passé, la silhouette repris sa progression. Longeant les murs de la cours, elle s'avançait vers la porte principale. Sans plus faire aucune rencontre, elle l'atteignit. Elle examina la grande barre de cuivre qui la maintenait fermée. Elle s'enfonçait dans les murs et passait par des corniches métallique, bloquant la porte aussi bien dans un sens que dans l'autre. L'épaisseur du métal en faisait une bonne protection contre les béliers. Il était aussi signe d'un poids élevé et donc que les manipulations ne se faisait pas à la main. Il devait certainement y avoir un mécanisme pour faire coulisser la barre dans l'un des murs.
L'espion jeta un bref coup d'oeil autour de lui. A sa droite, il vit une petite porte en bois. Autant commencer par là. Elle était maintenu fermée par un simple loquet, non verrouillée. Il le tira et la porte s'ouvrit doucement en grinçant. Il y avait un problème, une silhouette se tenait dans l'encadrement, à peine discernable dans la nuit. L'espion prit un air déconfit pendant que l'autre s'avançait. L'embusqué demasqua la lanterne assourdie qu'il portait, les exposant toutes les deux en pleine lumière. Stanis regarda celui qu'il avait surpris, un air goguenard sur le visage. «Je vous attendais, dit il, je savais que vous viendriez ici.
- Qu'est ce qui m'a trahi ? demanda Sardar.
- Votre déguisement était parfait. Vous jouiez votre rôle à la perfection. Mais c'est la stoltzin qui vous a trahie. Quand vous l'avez examinée. Vous étiez trop respectueux avec son corps. Vous ne manipuliez pas un simple cadavre. Il y avait un lien affectif entre vous quand elle était vivante. Vous êtes Ota, son disciple, c'est cela?
- Inutile de mentir, je suis découvert. »
Il enleva le déguisement qui transformait son visage : la fausse cicatrice, le foulard et les tampons derrière les joues.
« Le vrai Sardar, où est il ?
- Prisonnier, nous ne sommes pas les seuls à la poursuite d'Aldower. Des orcs ont mis la main sur cet homme et nous l'ont livré.
- Il vous a dit oùu nous trouver ?
- Il l'a confirmé. Nous savions déjà.
- Et l'esclave ?
- Ma disciple personnelle. Une jeune femme promise à un bel avenir dans la profession. Elle est douée.
- Un bel avenir bien compromis.»
De la lanterne, il désigna la porte. «Si vous voulez l'ouvrir je suppose qu'il y a une troupe de soldats embusquée dehors. L'attaque d'Aldower sur les stoltzt a donc échoué.
- Ses prémices étaient fausses, son projet ne pouvait pas marcher.
- A la réflexion, cela semble en effet un peu infantile de vouloir exterminer toute une race en se basant sur le lien télépathique les unissant.
- Ca aurait pu marcher. Mais en l'occurrence, tout ce qu'il a réussit à faire c'est à foutre les pentarques en rogne. Ils veulent sa peau maintenant.
- Qui nous avez vous envoyés. L'infanterie, la marine ?
- Le Commando Giraud. »
Sardar esquissa un sourire.
« Les meilleurs. Faisons donc en sorte qu'ils ne puissent pas rentrer.
- Vous savez bien qu'ils rentreront de toute façon.
- Je sais, mais je prefererai être loin d'ici quand ils y arriveront. »
Ota lui renvoya son sourire.
Stanis leva son épée qu'il tenait dans la main droite et la pointa sur le stoltzen.
« Vous allez me suivre, ordonna-t-il, mon employeur souhaite vous rencontrer avant la bataille.
- Et si je refuse ?
- Il n'est pas indispensable que vous soyez vivant pour cette rencontre.
- Je m'attendais à une réponse de ce genre.»
Ota commença obéir, de mauvais gré. Brutalement, il lança sa jambe en avant, visant la lanterne. Stanis parvint à esquiver, mais le temps qu'il reprenne son équilibre, le stoltzen avait dégainé son épée et s'était positionné face à lui. Un rictus se dessina sur les lèvres de l'humain.
Un grattement discret à la porte alerta Deirane. Elle se redressa, attentive. La porte s'ouvrit et une petite silhouette entra. C'était la jeune esclave qui accompagnait l'individu qui l'avait examinée plus tôt dans la journée. Sauf qu'elle n'avait plus l'air d'une esclave, malgré ses haillons. Bien au contraire, elle semblait sûre d'elle, nullement craintive mais attentive à ce qui l'entourait. Mais elle restait indubitablement humaine, ce n'était pas une stoltzin grimée pour gommer les différences entre les deux peuples. Elle ferma la porte derrière elle. «Deirane ? Cleindoreil ?
- C'est nous, répondit Deirane.
- Habillez vous vite.» La nouvelle venue tendit le sac qu'elle portait aux deux humaines. Deirane le prit et l'ouvrit. Dedans il y avait des vêtements plus adaptés que ceux que les deux femmes portaient pour une marche en forêt. Pendant qu'elles se changeaient, Deirane discuta avec la nouvelle venue. «Qui êtes vous ? demanda-t-elle.
- Mënim, apprentie de la confrérie des guerriers libres.
- J'ignorais que les apprentie partaient en mission.
- Les apprenties suivent leur maître dans leurs missions, pour apprendre.
- Je connais votre maître ?
- Je suis la disciple d'Ota.
- Ota est ici ?
- Il s'occupe de faire entrer lele commando.» Deirane entra sa chemise dans son pantalon avant de demander. «Comment nous avez vous trouvé ?
- Vous n'êtes pas les seuls a poursuivre ce drow. Une troupe d'orcs était aussi sur ses traces. Ils connaissaient à peu près l'emplacement du château. Nous nous sommes associés. Pour les détails, Wuq nous a guidé en se basant sur l'esprit du sensitif.
- Le sensitif est mort.
- Il est vivant. »
Apprendre que Trasen était vivant emplit Deirane de joie. Mais elle était trop pressée pour se laisser aller à cet élan. Elle jeta un coup d'oeil sur sa nièce. La fillette avait été très perturbée par son enlèvement. Elle savait s'habiller depuis des années, mais pourtant elle avait mal fixé les lanières qui maintenaient sa tunique fermée. Deirane l'aida à les ajuster.
L'équipement apporté par la jeune apprentie comprenait deux paires de chaussures de marche. Deirane les enfila. Au bout d'un moment, Deirane reprit la discussion.
« Quelle est la suite du programme maintenant ?
- On attend le signal d'Ota et on y va.
- En quoi consiste ce signal ?
- On verra bien. Je suppose qu'il sera facilement reconnaissable. Vous êtes prête ? »
Deirane jeta un coup d'oeil sur sa nièce qui avait fini de lacer ses chaussures.
« Oui, répondit elle.
- Attendez moi, je reviens. »
Mënim s'appretait à sortir.
« Vous nous laissez seules ? demanda Cleidorel
- J'en ai pour quelques minutes. »
La jeune guerrière passa la tête dans le couloir avant de quitter la pièce, refermant soigneusement la porte derrière elle.
Quelque minutes plus tard, la porte s'ouvrit à nouveau. Deirane fut aussitôt sur ses gardes. Mais quand elle vit qui Mënim ramenait avec elle, elle fut transporté de joie. Saalyn était bien vivante, même si elle semblait être en piteux état. Elles donnait l'impression d'être saoule, ses mouvements étaient hésitants, mécaniques. Elle serait tombée sans la jeune guerrière qui la soutenait. Sa mise était misérable avec ses cheveux et sa robes mouillée. Sa compagne tentait de la guider jusqu'au lit mais étant toute petite et pas très forte, le trajet jusqu'à la chambre l'avait fatiguée. Deirane se leva pour l'aider. A deux, elles amenèrent la stoltzin jusqu'au lit. L'ancienne reine d'Orvbel s'assit pour la recevoir. Saalyn se laissa aller entre les bras de son amie, incapable d'un effort supplémentaire.
«Que lui arrive-t-il ? demanda Deirane.
- Le froid, répondit Mënim, ce drow l'a enfermé dans une chambre froide.
- Je la croyais morte, je n'entendais plus battre son coeur.
- Les stoltzt sont plus solide qu'on ne croit. Le coeur repart souvent de lui même au bout de quelques vinsihons selon la force de la crise.
- Elle n'a pas l'air bien, remarqua Cleindorel.
- Elle est à la limite de tomber en hibernation. Il faut la rechauffer. Elle va aller mieux quand elle sera réchauffée. »
Deirane l'enveloppa dans la couverture que lui tendait sa nièce. Puis elle la frictionna. Mënim fouilla dans le sac de vêtements qu'elle avait amenée et en sortit de quoi habiller la stoltzin de façon plus adéquate pour traverser la jungle.
Les deux adversaires se jaugeaient du regard. Chacun essayait de saisir le moment opportun où l'autre relacherait son attention pour lancer l'attaque. Elle vint, si foudroyante, que Ota faillit se laisser surprendre. L'humain s'était fendu, obligeant le stoltzen à reculer. Il bloqua l'attaque suivante. Ils échangèrent quelques passes pendant lesquelles aucun des deux ne parvint à prendre l'avantage.
« Pas mal, pour un guerrier libre, remarqua Stanis.
- Pas mal pour un vieillard, renvoya Ota.»
Il lança l'attaque suivante, que l'ancien chef de bande parvint à parer sans peine.
Il n'avait fallu qu'un instant à Ota pour jauger son adversaire. Très habile et très expérimenté. Plus que lui. Son seul atout résidait dans sa jeunesse. Stanis était un vieillard, son endurance était forcement moindre que celle d'Ota son cadet de quelques années. Entre un stoltz et un humain, ces années correspondaient des décennies. Il pouvait l'avoir à l'épuisement. Le tout était de parvenir à tenir assez longtemps sans se faire blesser. Finies donc les attaques risquées. Il se contenta de défendre tout en faisant courir son adversaire.
Stanis était conscient de ses limites. Il était arrivé à la conclusion inverse, il devait finir rapidement le combat. Ses assauts étaient violents, devastateurs, et obligeaient Ota à se surpasser pour les contrer. Plusieurs fois, il faillit perser les défenses du guerrier libre.
Leur combat conduisit les deux adversaires jusqu'a l'escalier qui menait sur le chemin de ronde. Stanis pris l'avantage en montant quelques marches, dominant l'adversaire de sa position élevée. Il lança quelques attaques foudroyantes que Ota para de justesse. Le stoltzen pris un peu de distance. D'un rapide coup d'oeil circulaire, il chercha quelque chose pour l'aider. La cours était totalement vide.
Brusquement, le stoltzen fit demi-tour et se précipita vers la pièce qui commandait la porte.
« Lache, lança Stanis. »
Il se lança à la poursuite de son adversaire. Il le rattrappa à mi chemin. Ota lui fit face et para l'attaque. Les deux épées restèrent engagé.
« Tu t'enfuies, tu as peur de moi, cracha Stanis.
- Ma mission est d'ouvrir cette porte, pas de te combattre.
- Tu n'as aucun sens de l'honneur.
- L'honneur c'est pour les duels. Quand la vie des siens est en jeu, il n'y a pas de place pour jouer.»
Ota repoussa son adversaire. Il tenta de profiter de son déséquilibre pour l'attaquer. Stanis parvint à arrêter l'attaque de justesse.
Les échanges reprirent. Peu à peu, Stanis commençait à se fatiguer, il reculait tout doucement vers la porte de la forteresse. Il fit quelques passes rapides, se fendit, attaqua à nouveau. Ota parait toutes les attaques avec difficulté, mais il parvint à rester indemne.
L'épée du guerrier libre toucha le bras du mercenaire. Stanis lacha son arme et tomba à genoux, la main sur la plaie. Ota lui plaça la pointe sous la gorge. «Tu as perdu, dit Ota, tu as présumé de tes forces.» Pour toute réponse, Stanis lui sourit, un sourire cruel de vainqueur. Il regardait son adversaire droit dans les yeux. «Ta vie misérable s'arrête ici, continua Ota, pendant vingt ans, tu as pillé, tué, volé, violé. Notre caserne de Neiso a enregistré trente chefs d'accusation à ton égard, et trois condamnations à mort. Je vais exécuter la sentence.» L'énoncé des faits ne sembla pas troubler le mercenaire. Ota s'attendait à des supplications, un plaidoyer, voire à des insultes, mais en aucune façon à ce silence et cet air arrogant qu'il affichait. «Je vais effacer ce sourire de ...».
Un choc violent dans le dos projeta Ota en avant. Il tomba alors que Stanis se poussait. Une fleche, lancée par un archer embusqué venait de le toucher. Son armure de cuir bouilli avait rempli son rôle, mais la pointe depassait et lui avait entaillé la peau. Une blessure sans gravité. Sauf qu'il avait laché son épée. Et Stanis en avait profité. Il s'était relevé et tenait son arme posée sur la nuque du guerrier. «Tu te bats bien, mais tu parles trop. Ne perd pas ton temps à dire ce que tu vas faire. Fais le.» Il leva son arme, prêt à décapiter son adversaire.
Mënim était anxieuse. Toute sa petite troupe était prête, même Saalyn qui avait été préparée par les trois femmes. Mais la guerrière était toujours léthargique. Incapable de marcher seule, ne faisant preuve d'aucune volonté, elle se contentait d'obéir. Sa seule réaction consciente consistait à se réfugier contre Deirane - seule personne qu'elle connaissait dans la pièce - dès qu'elle le pouvait. Même si la réputation de Saalyn au combat était exagérée par la légende, elle restait une guerrière habile avec une épée à la main ; Mënim comptait sur elle pour sortir du chateau, mais dans son état actuel elle allait constituer un poid mort. Elles allaient devoir traverser un territoire hostile, en transportant une stoltzin amorphe, alors qu'aucune d'elle n'était capable de la soulever seule. Par ailleurs, si Deirane savait se servir d'une épée, elle n'était pas une combattante émérite . Quant à Cleindorel, qui avait jusqu'à présent vécu une existence protégée, elle était incapable d'assurer sa défense. La sécurité de leur petit groupe reposait donc sur ses seules épaules alors qu'elle n'était pas une grande guerrière. Et le signal de Ota n'arrivait toujours pas.
Elle regarda par la fenêtre, essayant d'apercevoir les troupes qui se cachaient au dela de la muraille. Elle ne voyait rien bien sûr, elles se cachaient. Mais elles étaient là. Pourquoi n'étaient elles pas encore entrées dans la forteresse.
Ota sentait l'épée posée sur son cou. Il fallait faire vite. Il regarda autour de lui pour voir ce qui pourrait lui servir. Son épée était trop loin, Stanis le clouerait au sol avant qu'il ait pu l'atteindre. Mais s'il ne faisait rien, il allait mourir. Soudain, il la vit. La lampe que le mercenaire avait laché au début du combat. ce n'était pas une lampe hélariale à base de liquide sucré contenant un champignon luminescent, mais une lampe à huile de fabrication humaine, un reservoir en argile avec une meche qui plongeait dedant, la flamme à nue. Elle ne s'était pas brisée. Un peu d'huile en avait coulé mais pas assez pour qu'elle s'éteigne. Quand la lame s'ecarta de la peau pour prendre un peu d'élan, il agit.
D'un geste de la main, il projeta la lampe sur le mercenaire. Stanis, surprit, se protégea le visage du bras. Sous le choc, la lampe se brisa et l'huile enflammée se repandit sur lui. Affolé, il secoua le bras, ne reussissant qu'à la répandre davantage. Sous la souffrance, il se mit à hurler. Ota se releva. Il esquiva une seconde flèche et se précipita sur son épée. Puis il fonça sur Stanis. Ses vêtements s'étaient enflammés, le transformant en torche vivante. Il se roulait sur le sol pour tenter d'étouffer les flammes, sans succés. Ota ramassa l'épée du mercenaire, il la lui planta dans le coeur et la laissa là, ne cherchant pas à la récuperer.
Le guerrier libre fonça vers la pièce qui controlait le verrouillage de la porte. L'archer invisible tirait fleche sur fleche pour essayer de l'arrêter. Il se laissa tomber dans la petite pièce qu'il ferma d'un coup de pied.
A l'abri, il prit le temps d'examiner les lieux. L'endroit était sombre, mais il devina la roue qui actionnait la barre de fermeture. Le long du mur, une cornière la guidait quand elle glissait. Il se leva, bloqua la porte derrière lui et alla voir la roue de près. Il commença à la tourner. Le mécanisme était lourd et la barre glissait difficilement, mais elle progressait. Son dos le faisait souffrir et l'empéchait de mener un effort soutenu. Des coups étaient portés contre la porte de la pièce, son adversaire cherchaut à entrer. Il n'en tint pas compte, et continua sa tâche. Il s'arrêta à deux reprises pour soufler. Enfin il arriva en butée. La porte était debloquée. Il se laissa glisser contre le mur. Dehors, il entendit les battants s'ouvrir violement alors que les soldats du commando investissaient la forteresse endormie.
Deirane entendit un bruit violent de bois fracassé dans le couloir. Mënim dressa l'oreille. Sous le regard affolé de Cleindorel, elle sortit doucement son épée du fourreau et alla se placer à côté de la porte. Le même bruit se fit entendre une seconde fois, plus proche. Deirane ferma la main sur la poignée de son épée. Un bruit de course dans le couloir se termina par un choc plus sourd.
«C'était pas une porte ça, commenta Mënim à voix basse, c'est un crane contre une massue. La massue a gagné.
- On vient nous chercher ? demanda Deirane.
- C'est possible. Mais qui ?»
Une nouvelle porte fut enfoncée, c'était celle de la chambre voisine. Mënim leva son arme, prête à frapper.
La porte de la chambre vola en eclat. Au milieu des debris, un orc immense se dressait. Il était vert uniforme, le corps aux muscles noueux couturé de cicatrices. Dans sa main gauche, il tenait une massue tachée de sang. Mais dans le dos, il avait une immense épée orque aussi grande que la petite stoltzin. Cleindorel poussa un hurlement de terreur. Mais Mënim baissa son arme de soulagement.
«Gonrak cherche femelle humaine, dit il.
- Vous nous avez trouvé, répondit Deirane.»
L'orc tendit un objet enveloppé dans un carré de tissu à Deirane. Elle le déroula et en tira le laser feytha que lui avait confié Saalyn au consulat. Il était opérationnel.
«Femelles humaines suivre Gonrak. Gonrak sortir femelles du chateau.
- Un instant, intervint Mënim, la guerrière Saalyn ne peut pas marcher.
- Saalyn blessée ?
- Elle est resté plusieurs jours en chambre froide.»
Sans faire de façon, l'orc attrapa la guerrière évanouie et la balança sur son épaule.
«Maintenant vous venir, dit il.»
Deirane poussa sa nièce à la suite de l'orc et s'engagea à sa suite. Mënim, l'épée au clair, fermait la marche.
Emmenés par Gonrak, le petit groupe suivait les couloirs. Mënim fermait la marche. Malgré sa taille, plus de deux perches, l'orc se deplaçait sans un bruit. Sa taille et son habileté, tout en lui indiquait un grand chasseur. L'endroit était un veritable labyrinthe. Il les guidait sans hésitation, mais en écoutant attentivement les bruits à chaque intersection.
Au détour d'un couloir, il découvrirent une silhouette longiligne, solidement campée sur ses jambes, devant eux. Il portait une armure passé à la va vite et une longue épée de cuivre forgée par les nains dans la main droite. Il dévisageait l'orc l'air surpris. «Vous ne manquez pas de surprise, ma chère Deirane, dit Aldower. Des stoltzt, des orcs, qu'allez vous sortir d'autre de vos poches comme alliés ?
- Je ne suis pas allié à cet orc, répondit elle.
- Alors d'où sort celui là.» Pour toute réponse, Deirane lui envoya un petit sourire, très similaire à celui que le drow lui adressait quand elle posait une question. Puis elle leva la tête vers le géant qui les escortait.
«Vous pouvez libérer le passage, demandat-t-elle.
- Gonrak opérer.»
Délicatement, il étendit Saalyn sur le sol. Puis il sortit sa longue épée de bronze et se mit face à son adversaire.
Mënim regardait l'arme, envieuse. Les helarians ne fabriquaient pas des armes aussi splendides. La metallurgie était le domaine presque exclusif des nains et des orcs. Les épées produites par ces deux peuples étaient d'excellente facture et seules les décorations et le métal les différenciaient : cuivre et incantations pour les nains, bronze et motifs tribaux abstraits - en réalité l'ecriture du défun empire Ocarian - pour les orcs.
Les deux adversaires étaient face à face. Gonrak leva son arme, prêt à lancer l'attaque. Le drow l'imita. Mais Deirane leva son pistolet et le pointa sur Aldower.
«Vous trichez, dit il, une arme à rayon face à une arme blanche, ce n'est pas équitable.
- Vous avez porté atteinte à ma famille, répondit elle, je ne vous laisserait pas recommencer.
- Ce n'est pas la raison de votre présence ici, vous le savez bien.»
Elle tira. Le rayon, invisible, arracha le platre du mur sur l'équivalent d'une assiette. Aldower regarda les dégats. Puis il s'enfuit. Gonrak s'élança à sa poursuite en hurlant. «Non, s'ecria Mënim, ce n'est pas le moment.
- Gonrak ! revenez ! lança Deirane.» L'orc fit demi tour et revint, l'air déçu. «C'est une machine à tuer, il vous aurait blessé, expliqua Deirane, et nous avons besoin de vous.
- Drow en fuite, drow lache, dit Gonrak.
- Il n'est pas lache. Mon arme était trop puissante. Il n'avait pas l'armure qu'il fallait. Je l'aurai tué avant qu'il ait pu toucher l'un de nous.
- Arme feytha, arme de lache.
- Je sais. Mais chacun utilise ce qu'il peut.»
Gonrak reprit Saalyn sur son épaule, toujours avec autant de délicatesse. Ils reprirent leur route.
Comme ils approchaient de l'entrée du chateau, l'agitation devenait plus perceptibles. Les soldats, elfes pour la plupart, se précipitaient vers le lieu où la forteresse avait été investie. Certains n'avaient pas eu le temps de passer une armure. En arrivant à proximité du grand hall, les chocs entre épées et les cris des blessée recouvrirent tous les autres bruit.
C'est à l'entrée du dongeon, que la bataille se déroulait. Les soldats helarians et les orcs se battaient coude à coude, contre les défenseurs du chateau. Les elfes arrivants par plusieurs couloirs à la fois avaient bloqués l'avancée des helarians, pourtant plus nombreux grace à leurs alliés imprévus. Il y avait de nombreux blessés dans les deux camps, mais de façon suprenante, aucun helarian n'était tombé. Ils n'avaient reçu que des blessures bénignes. Ils se battaient avec une efficacité qui dépassait largement celle d'un simple soldat. C'était une troupe d'élite que lui avait confié Wuq. Elle s'en doutait depuis qu'elle les avait vu la première fois. Elle en avait eu la confirmation dans le mot qu'elle avait reçu plus tôt dans la journée. CGNA : Commando Giraud, Nouvel Antibes. Les meilleurs soldats de l'armée pour des opérations spéciales généralement très dangereuses. Pour le simple sauvetage d'une paysanne ...
Gonrak poussa un cri d'avertissement. Les assaillants ménagèrent un passage pour permettre aux fuyards de passer. À sa suite, les trois femmes traversèrent la salle.
«On degage, cria Ota en les voyant arriver, repliez vous.»
Aussitôt, les helarians commencèrent à reculer, se dirigeant vers la porte de sortie. Quelques stersihons furent nécessaire pour se replier en bon ordre dans la cours. La situation était desormais inversée, les défenseurs du chateau qui tentaient de sortir se retrouvaient face au commando tout entier. Ota lança un recipient en terre devant la porte. En eclatant, il eclaboussa tout l'encadrement d'un liquide gras. Aussitôt, une fleche lancée par un archer posté sur la muraille l'enflamma. Des flammes vives s'elevèrent, bloquant les soldats d'Aldower dans le chateau. Les helarians s'enfuirent, emportant les blessés avec eux. Avant de sortir, Ota mit le feu à la porte de la muraille de la même façon qu'à celle du dongeon pour empêcher le drow de se barricader après leur départ.
Les soldats helarians et les orcs se rassemblèrent en bon ordre devant la forteresse. «Le feu les retardera guère plus de deux calsihons, declara Ota. Nous avons douze longes à parcourir dans la jungle avant d'être en sécurité. Dépechons nous.» La troupe se disposa en file indienne pour s'enfoncer dans la forêt. Les helarians étaient en tête, suivis par les orcs. Les archers elfes qui avaient été postés sur les murailles suivaient la colonne, mettant en place les pièges préparé à l'allé en prévision de la retraite. Dès que la lisière des arbres fut passée, les soldats du commando se dispersèrent sur les côtés afin d'assurer la sécurité du petit groupe de fuyards.
La marche était aisée dans la végétation clairsemée. Si la conformation du terrain permettait à l'Yrian et l'Helaria d'être relativement protégés des ravages de la guerre feytha, ce n'était pas le cas partout. La forêt, autrefois impénetrable, avait souffert d'un demi siècle de pluie empoisonnées et acides. Les arbres étaient malingres et le sous bois quasiment inexistant. Les animaux brillaient par leur absence, sauf les plus petits comme les insectes ou les lezards.
Deirane marchait en tête, juste derrière Ota. Gonrak, portant toujours Saalyn sur son épaule, l'accompagnait. Cleindorel était juste à côté d'elle. Les soldats helarians, en tenue camouflée verte et brune, étaient totalement invisibles autour d'eux.
Un drow se lassa tomber d'un arbre juste devant eux. Deirane, par reflexe posa sa main sur la crosse de son arme. D'un geste appaisant, Ota l'arrêta. «Il est avec nous, dit il.» En effet, homis le fait qu'il était grand, mince et sombre de teint comme tous ses frères de races, il ne ressemblait pas du tout à Aldower. Il n'avait pas l'air plus amical pour autant. Un peu inquiète, Deirane l'examina pendant qu'il faisait son rapport au chef de l'expédition. Son équipement était helarian, mais il ne comportait pas les signes d'identification de la pentarchie.
Ce drow portait un arc, c'était l'un de ceux en poste sur les murailles du chateau qui avait protégé leur fuite. Il faisait son rapport avec Ota en utilisant le minimum de phrases, à la limite du laconisme. Une fois la réponse du stoltzen reçue, il repartit vers l'arrière de la colonne. La troupe reprit sa progression. «J'avais raison, expliqua Ota à Deirane qui s'était placée à sa hauteur, le drow nous avait tendu un piège. Il n'y avait qu'un ou deux douzaine de soldats dans le chateau, mais une armée nous attend derrière prête à fondre sur nous.
- Pourquoi n'ont ils pas intervenu ? demanda Deirane.
- On l'a eu par surprise. Il ne s'attendait pas à ce que Saalyn disparue et Trasen mort, on le retrouve aussi vite.
- Trasen est mort ? Mënim m'a dit qu'il était vivant.
- Comment aurait il survécu à ce qui lui a infligé ce drow ?
- Pourtant ...»
A l'arrière, un bruit violent suivit d'un cri de douleur les interrompit. Ota se retourna, un sourire carnassier sur les levres. «Ils ont trouvé le premier piège, dit il.» Il fit cependant accelerer le pas. Les bruits de poursuite avaient cessé, preuve que l'ennemi avait appris la prudence. Mais tous savaient que ce répis serait de courte durée.
La chaleur presqu'étouffante de la nuit fini par ranimer Saalyn. Au bout d'un long monsihon, elle emergea de sa léthargie. Gonrak la reposa sur ses pieds et elle trottina à leur côté. Elle était encore peu assurée sur ses jambes, l'orc la soutenait. Mais elle reprenait rapidement des forces. A mi chemin, elle progressait seule. Deirane savait à quoi s'en tenir, cependant. A marcher ainsi, l'estomac vide, après une telle épreuve, elle allait s'effondrer avant l'arrivée.
Au cours de cette longue marche, le drow vint à plusieurs reprise informer Ota de la progression de l'armée d'Aldower. Ses eclaireurs avaient tous été éliminés, mais le gros des troupes s'était reveillé et regagnait le terrain perdu. Les pièges avaient tous été declenché, ils n'avaient plus d'obstacle devant eux et possédaient une bonne connaissance du terrain. Plus d'obstacle, sauf les drows et les soldats d'élite du Commando Giraud.
Une course contre la montre s'engagea. Les helarians devaient atteindre le fleuve et la sécurité avant que les ennemis ne les rattrapent. Deirane et Cleidorel commençaient à ressentir la fatigue dans leurs jambes. A bout de force, la jeune fille trébucha. Aussitôt, un orc la prit dans ses bras. Un autre s'empara de Deirane sans lui demander son avis et Gonrak repris Saalyn sur son épaule. Libéré des éléments les plus lents, le rythme s'accélera. Toute la troupe se déplaçait au pas de course, sous l'oeil vigilant de leurs défenseurs invisibles.
Les cris des soldats ennemis se rapprochaient, ils étaient sur le points d'être rattrapés. Les soldats et les drows en éliminaient quelques uns, mais c'était insuffisant tant ils étaient nombreux. Quelques dizaines de perches seulement séparaient les fuyards de leurs poursuivants. Une clameur s'éleva derrière eux alors qu'ils étaient repérés. «On cours! lança Ota.» Les orcs accelerèrent leur rythme. Ota, malgré son endurance plus faiblefaible, parvint à rester à leur hauteur. L'un d'eux se retourna pour intercepter un soldat de l'avant garde ennemi, d'un coup d'épée il entailla la jambe du poursuivant, puis reprit sa place dans le rang.
Une seconde colonne leur tomba dessus par le côté. Instantanément, les orcs réagirent, ils se disposèrent en cercle pour faire face à la menace. Les soldats helarians se laissèrent tomber des arbres sur les ennemis. Aussitôt la lutte s'engagea. Les elfes d'Aldower étaient de bons soldats, d'autant meilleurs que leur maître ne pardonnait pas l'echec. Mais ces helarians étaient des combattants exceptionnels. Ils avaient choisis la maniabilité à la force, une épée courte, à peine plus longue qu'un glaive, des coups brefs. Ils ne cherchaient pas à tuer leurs adversaires, seulement à les mettre hors de combat le plus rapidement possible. Mais l'ennemi était beaucoup trop nombreux et ils n'allaient pas tarder à se faire submerger. Les quatre drows, à court de fleches, prirent leur épée et se lancèrent au coeur de la lutte. Leur arrivée ne changea pas grand chose, le cercle de defense se rétrecissait.
Un sifflement se fit entendre au dessus des arbres, venant de la rivière. L'objet passa au dessus d'eux et tomba sur le gros de la colonne ennemie, l'eclaboussant d'une liquide brulant. Une seconde ne tarda pas à le suivre, puis une troisième et ainsi de suite. Deirane avait perdu le compte quand ml pluie mortelle cessa. Les hurlements de douleur remplacèrent les clameurs du combat. Quelques vinsihons plus tard, une nouvelle série de boules de feu fut lancée. La panique commença à gagner les rangs ennemis. Il y eu un flottement qui permit aux helarians et à leurs alliés de reprendre l'avantage. Une troisième série de boule de feu provoqua la débandade.
Les helarians soufflèrent un instant, ils en profitèrent pour évaluer leurs pertes.Il n'y avait aucun morts dans les rangs du commando, juste des blessures benignes. Mais un drow avait été gravement atteind et deux orcs étaient tombés. Puis se remirent en route avant que l'ennemi ne reprenne ses esprits. La marche reprit, plus calme maintenant qu'ils n'étaient plus poursuivi. Au bout d'un calsihon, les bruits de poursuites reprirent. L'ennemi s'était partagé en deux colonnes pour limiter les dégats provoqués par les projectiles qui continuaient à pleuvoir à intervalles réguliers. Mais les fuyards étaient arrivés.
Les arbres prirent brutalement fin et ils se retrouvèrent sur la Grande Route du Sud, au bord du fleuve. A quelques perches du rivage, deux croiseurs de guerre helarians étaient ancrés. Leurs six catapultes de babord lachaient leurs projectiles, des jarres d'argiles pleines de poix brulantes, à un rythme soutenu. Leur largeur leur donnait une stabilité qui leur permettait de décocher leurs munitions avec une précision redoutable. Un troisième navire, celui que Deirane avait vu à quai quelques jours plus tôt à Boulden, était amarré au bord du fleuve. Ses trois catapultes lançaient elles aussi leurs projectiles. Sur la berge, une compagnies de l'infanterie de marine avait débarqué, ils étaient disposés en deux carrés, épée à la main, bouclier devant eux, près à aller au combat. Entre eux, Muy les attendait. Elle était accompagnée d'une autres stoltzin qui lui ressemblait comme deux goutte d'eau : sa soeur jumelle, la pentarque quarte Wuq. Quelques officiers de l'armée et de la flotte se tenaient derrière elles.
Ota se présenta devant ses reines. «Mission réussie, dit il, les prisonniers ont tous été délivrés. Ils sont vivants et indemnes.
- Félicitation, maitre Ota, répondit Wuq, vous ...
- .. trouverez de quoi vous remettre à bord, continua Muy.» Deirane rejoignit Ota. Après avoir été ballotée tout ce temps, elle avait du mal à tenir l'équilibre. «Je vous remercie d'être venu à notre secours, dit elle.
- Vous n'y êtes pour rien, répondit Muy.
- Lergerin Aldower nous a declaré la guerre. Il a lancé la première attaque, nous contre attaquons.
- C'est une chance que vous ayez pu revenir si rapidement, remarqua-t-elle, et que vous ayez eu deux autres bateaux disponibles.
- C'est une chance en effet, remarqua Wuq, comment avez vous trouvé nos forces spéciales.
- Efficaces, répondit Deirane, j'en avais entendu parler, mais les voir à l'oeuvre est impressionnant.
- Cela fait presque quatre vingt ans que nous les entrainons pour des occasions comme celle là.
- Je vous conseille de vous reposer, dit Muy, vous avez encore de la route à faire. Pendant ce temps ...
- Nous allons nettoyer cette forêt et arrêter ce monstre, termina Wuq.»
Les soeurs jumelles laissèrent Deirane sur place. Suivies d'une parties de leurs officiers, elles prirent la tête d'un régiment. Les troupes se mirent en route pour combattre les forces d'Aldower dispersées dans la forêt. Ne restait que les capitaines des navires.
Gonrak rejoignit Deirane. Il se mit face à elle, la toisant de toute sa hauteur. Ce n'était pas bien dur, elle n'était pas grande contrairement à l'orc.
«Mission terminée, demanda-t-il, prisonniers en sécurité ?
- Oui, répondit Deirane.»
Sans prévenir, ils lui balança son poing dans la figure. Ota fut surpris par le geste, il s'élança. Deirane l'immobilisa d'un geste de la main. Elle essuya le sang qui coulait de sa lèvre. Elle jeta un coup d'oeil mauvais sur l'orc qui la dominait de toute sa taille. Lentement elle se releva. Dès qu'elle fut debout, il la frappa une seconde fois, à la pommette ce coup ci, la projetant une nouvelle fois à terre.
«Non, s'ecria Cleindorel, ne la frappez plus. »
Elle se jeta sur sa tante pour la projeter de son corps.
«Quoi Deirane penser ? demanda Gonrak.
- Je serais plutôt d'accord avec Cleidorel, répondit Deirane.
- Gonrak arrêter. Pour cette fois.»
Le capitaine d'un des croiseur s'avança.
«Votre discussion est terminée ?
- Nous avons mis quelques petites choses au point, répondit Deirane, maintenant c'est reglé.
- Parfait.» Elle prit la main qu'il lui tendait pour se relever. «J'admire votre façon d'encaisser, dit il, je ne pense pas que je resterai aussi calme dans une telle situation.
- J'ai de l'entrainement.
- Vos amis sont dans le navire amiral.»
De la main, il désigna le seul navire amarré au rivage.
«Mes amis ? demanda Deirane
- Un jeune homme nommé Hester, ainsi qu'une femme noire et ses deux filles.
- Mon fils Hester et Aster. » Deirane regarda les deux croiseurs lancer quelques projectiles pour ouvrir le terrain aux soldats helarian tout en massant sa joue meurtrie. Gonrak se plaça à côté d'elle. «Navire beau, dit il.
- Ils sont doués en effet.
- Alliance possible avec Helaria ?
- Pourquoi pas. Mais il faudra négocier sec. La guerre entre Chabawck et Yrian risque d'être un problème.»
Le capitaine qui avait entendu la discusison répondit.
«Nous même sommes en guerre. Si les Bawck peuvent nous envoyer quelques régiments de fantassins, un traité devrait être possible.»
Saalyn, la démarche encore hésitante, vint les rejoindre. Ota l'enlaça. Elle s'abandonna entre ses bras. La stoltzin était loin d'être aussi petite que Deirane. Mais en comparaison avec le colosse, elle paraissait minuscule. Deirane les regarda un moment, l'air dubitatif. Elle décelait un lien qu'elle n'avait jamais soupçonnée et qui allait plus loin que la complicité.
La structure si particulière du navire lui donnait un faible tirant d'eau. Il avait sut s'approcher du bord bien plus qu'un autre bateau. La passerelle qui le reliait à la terre était donc assez courte. Alors qu'elle allait s'y engager, le capitaire retint Deirane par l'epaule. «Votre amie noire, demanda-t-il, a-t-elle un homme dans sa vie ?»
Elle lui répondit d'un sourire.
«C'est une humaine, vous savez.
-Je sais, moi aussi.»
Deirane ne l'avait pas remarqué, mais ses yeux indiquaient bien son peuple d'appartenance.
«Il n'y a plus d'homme dans sa vie, c'est une veuve de fraiche date.
- Une perte récente ? Brutale ? Je vais attendre un peu dans ce cas.
-C'est peut être préférable.»
Etant plus large qu'un navire normal, le chateau arrière était beaucoup plus spacieux. Il contenant donc d'autres pièces que les cabines du capitaine et du second comme c'était généralement l'usage dans les flottes des autres royaumes. Il comportait entre autre une pièce qui pouvait servir de salon, de salle à manger, de bibliothèque ou à n'importe quel usage qui n'avait normalement pas sa place sur un navire de guerre. C'est la que Deirane retrouva ses compagnons. A son entrée, Hester se leva. Mais Aster fut plus rapide. «Ton oeil, que c'est il passé ?
- Les orcs de Chabawck semblent un peu rancuniers, répondit Saalyn, ils ont réglés une dette vieille de vingt ans.
- Dette récente, répondit Gonrak, deux compagnons tués, deux giffles.
- L'essentiel est que vous êtes vivantes, répondit Aster.» Elle enlaça l'humaine puis accueilli Cleindorel de la même façon. «Vous avez donc réussi, dit elle, tu es Cleidorel.»
Soudain propulsée au centre de l'attention générale, la fillette se sentit génée. Elle se rapprocha de Deirane. Hester poussa doucement Aster pour prendre sa place.
«Nous ne nous connaissons pas, dit il, mais je suis ton oncle . Ou ton cousin.
- Son cousin, corrigea Deirane.»
Il déposa un baiser sur chaque joue de la jeune fille avant de serrer sa mère contre lui.
«Cette histoire s'est mieux terminée que tu ne le croyais, dit il.
- Est elle terminée ? Lergerin Aldower est encore libre.
- Pas pour longtemps, avec ce que les helarians ont envoyé contre lui.
- Je ne sais pas pour vous, intervint Saalyn, mais moi j'ai faim. Aussi je propose que dans un premier temps on mange puis qu'on se repose. Demain nous aurons une longue chevauchée.» Elle tourna la tête vers Cleindorel. «Il va falloir ramener cette jeune fille chez elle.»
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