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Romans en lignes : La paysanne : Sernos, Vingt ans plus tôt
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La paysanne

Sernos

Vingt ans plus tôt

La première chose que fit Deirane fut de suivre le conseil de Jergen. Il n'avait pas tord, c'était bien Saalyn qui l'avait prise en charge. Celle-ci la présenta à Deinis, la responsable de l'entrainement des gardes. Normalement ceux qui étaient présents à l'ambassade connaissaient leur métier, ils n'avaient besoin que de maintenir leur forme physique. Au contraire, Deirane n'avait jamais touché une épée, elle ne pouvait pas travailler avec eux. Deinis prit donc personnellement la jeune fille en charge.

C'était une humaine de grande taille et musclée, ses cheveux longs et noirs étaient la seule concession à la féminité. Elle n'était pas masculine cependant, elle dégageait la même impression que la reine Satvia, ce mélange de virilité et de féminité mélangée, bien qu'elle soit loin d'atteindre la taille de la géante.

Deirane était trop menue pour manipuler une épée de taille normale. Aussi, Deinis lui apprit elle l'utilisation des dagues, plus légères. La réfugiée n'était pas destinée à devenir soldat, elle devait juste apprendre à se défendre. Il n'était même pas nécessaire qu'elle sache tuer, mais faire en sorte que sa vie, sa vertu ou ses richesses soient trop couteuses par rapport à la valeur a laquelle les estimait son adversaire. La plupart des personnes malhonnêtes renoncaient vite en cas de difficulté ; rares étaient ceux qui voulaient renporter le combat à tout prix, la plupart voulaient un gain facile. C'est vers cet objectif que Deinis amenait son élève.

Le deuxième conseil de Jergen portait sur la lecture. Il y avait bien une école, dans les locaux de l'ambassade. Destinée aux helar'iant installé dans le quartier commerçant , elle était ouverte à tous, y compris aux Yrianii. Mais elle était bien plus âgée que les élèves qui la fréquentait et avait honte de se joindre à eux. Saalyn se chargea donc en personne de son apprentissage. Elles n'étudièrent que l'écriture moderne helariale ; les deux méthodes plus anciennes, à base de perles, étant peu pratiques et reservées à des cas très particuliers comme les documents officiels ou ceux destinés à la conservation, les perles étant plus durables que le papier. La guerrière libre se révela un professeur calamiteux et peu patient avec la jeune fille. Mais son métier lui avait donné l'occasion de visiter quasiment tous les royaumes connus du continent et de rencontrer des tas d'individu ; elle connaissait tant de chose que les discussions avec elles pouvaient facilement devenir passionnantes. Hormis pendant les leçons donc, les deux femmes s'entendaient bien et devinrent amies.

Deirane fut assez rapidement au fait du fonctionnement de l'ambassade. Elle ne tarda pas à remarquer la situation etrange de Saalyn. Guerrière libre en titre, elle n'avait aucune tâche désignée et ne recevait aucun ordre de mission de la lointaine Imoteiv. A deux reprises, elle avait reçu une convocation du palais royal de Sernos, mais l'ambassadeur avait renvoyé une fin de non recevoir sans même l'en aviser. Or Yrian faisait partie des royaumes qui avait signé un traité avec Helaria pour pouvoir utiliser les services des guerriers libres. Et il n'y avait pas d'oisif dans l'enclave helariale. Sauf Saalyn.

Deirane posa directement la question à la stoltzin. Saalyn hésita un long moment avant de réagir. «Ma dernière enquête m'a mené dans les principautés marchandes, cinq royaumes situées sur le cours de la rivière Vunci et à son embouchure, à quelques centaines de longes à l'est d'Orvbel
- La rivière sombre ?
- A cause de la couleur de l'eau, chargée de limon. Des royaumes très riches sont installés sur ses berges, les champs sont suffisament productifs pour permettre à ces royaumes de ne pas se consacrer uniquement à la recherche de la nourriture. Ils ont développé une culture artisanale très interessante.

Il faut que tu saches qu'avant l'arrivée des Feythas, toute la zone du continent située au sud et à l'est des principales chaines montagneuses était très dangereuse. C'était le territoire des lézards dragons, pas la race naine que l'on utilise comme monture mais une race bien plus grande, haute comme deux hommes pour les plus petits, certains encore plus grands. Nous les appelions les lézards tyrans. Ils chassaient en bande. Les seuls êtres intelligents que l'on y trouvait étaient les bawcks 1 qui savait faire face à leur menace. Les stoltzt s'étaient installés dans des zone abritées comme la rive droite de l'Unster entre le fleuve et la montagne, ou au nord entre les deux branches de l'Unster dans le grand royaume du Vornix, origine de la culture stoltz - ou sur des îles comme l'Helaria. Les Feythas on éliminé les grands troupeaux de lézard-tyrans.

Quand les humains se sont installés sur les rives de la Vunci, ils n'ont eu à chasser personne. Ils n'ont pas eu une population stoltz hostile à éliminer. Ils ont crée une quinzaine de royaumes tout le long de son cours. Dans les forêts de l'arrière pays des royaumes elfes se sont crées. Toute la région a été relativement épargnés par la guerre, même si ils ont envoyés quelques soldats et que leurs terres ont été ravagés - comme tous les royaumes cotiers - par les raz de marée qui ont marqués la fin des combats. Ils ont donc été parmis les premiers à se réorganiser. Les trois royaumes les plus en aval de la rive gauche du fleuve ont fondé la ligue des princes marchands il y a dix huit ans. Deux royaumes côtiers les ont rejoins deux ans plus tard. La productivité de leur arrière pays et des royaumes amont leur fournissaient largement de quoi alimenter leur négoce. Ils ont d'abord commencé à utiliser nos navires marchands. Ils se sont très rapidement enrichis.

Il y a quatre ans, ils ont décidé de construire leur propre flotte. Or si les stoltzt ont une culture maritime ancienne, ce n'est pas le cas des humains. Ils savent fabriquer des bateaux de peche, mais pour passer aux navires de commerce, c'est autre chose. Et jusqu'à ce jour, seuls les trois nations stoltzt possèdent ce genre de navires. Il y a trois ans, une tentative d'espionnage a été revelée dans les chantiers navals de Mustul. Il faut savoir que Mustul n'a pas de côtes et donc pas de ports. Leurs navires sont construits dans la ville de Renaissance. »

Deirane interrompit son amie. «Mais, dit elle, pourquoi vouloir copier les bateaux de Mustul, ceux d'Helaria sont plus perfectionnés.
- Parce qu'ils sont trop perfectionnés justement. Il a fallu des douzaines d'années à Braton pour les mettre au point. Et cela fait presqu'un siècle que nous les perfectionnons. La Ligue n'avait pas le temps d'attendre autant. Les bateaux de Mustuls sont plus simples à copier. Ils sont aussi plus fiables, ils résistent mieux aux tempêtes.
- Pourquoi ?
- Pour les détails techniques, il faudra que tu demandes à un savant. Calen pourra peut être te renseigner. Mais j'en doute, ce n'est pas son domaine. Elle est mathématicienne, pas architecte naval.»

Après une courte pause, Saalyn reprit le fil de son récit. «Les chantiers navals de Mustul sont donc situés à Renaissance, une ville libre qui joue un peu le rôle de capitale pour le continent de Shacand. Comme les faubourgs de la ville sont située sur le territoire du royaume, cela ne leur pose aucun problème. J'ai pris l'enquête à ma charge. Les indices ont fini par me mener à Shaab, la principauté marchande la plus en aval. De toute façon, il n'y avait pas beaucoup de choix. Des royaumes de l'Unster, seul l'Yrian pourrait accomplir un tel acte. Or il est en train de se tailler un empire terrestre. A ce stade de leur développement, une flotte serait plutôt une gène en grévant leurs ressources. Orvbel possède déjà une flotte, celles que les humains ont volés aux stoltzt quand ils se sont emparés du pays, ils n'ont pas encore le savoir faire nécessaire pour l'améliorer mais ce n'est qu'une question de temps. Naïla et les autres royaumes des Frères de la Mer sont alliés d'Helaria et de Mustul, ils ont accés à certaines connaissances sans avoir besoin d'espionner. Restait les royaumes du continent sud et ceux du fleuve Vunci. Eventuellement, un royaume inconnu : les territoires vides sont vastes, ils peuvent cacher bien des choses.
- En dehors des humains, tu ne sembles pas avoir envisagé d'autres peuples.
- Les elfes ne s'interessent pas à la mer. Ils n'ont aucun royaumes côtiers, sauf Kushan. Mais il est devenu province d'Helaria depuis presque soixante ans et n'a pas besoin de voler des connaissance auxquelles il a accés de plein droit. De plus, il faut des arbres pour faire des bateaux. Tu vois des elfes couper des arbres ?» Deirane secoua la tête de dénégation. «Les nains sont montagnards, reprit Saalyn, qu'iraient ils faire d'une flotte. Les bawcks ... restont sérieuses. Quant aux gems et aux drows... Construire une flotte nécessite une collaboration entre plusieurs individus. Un peuple aussi individualiste que gems ne pourront jamais s'entendre suffisament pour cela. Et c'est heureux, sinon, ils domineraient le monde aujourd'hui. Et les drows, cela ne les interesse tout simplement pas.
- Ton enquête t'as donc amené à Shaab, relança Deirane. Et là, tu as découvert la source de l'espionnage.
- Non, c'est lui qui m'a trouvé.» Elle déglutit, la suite semblait difficile. Finalement, elle se leva et commença à défaire les lanières de sa tunique. Elle alla au fond de la pièce.

Quand le vêtement tomba au sol, Deirane ne put retenir un frémissement d'horreur. Tout le dos était couvert de cicatrices, marques de fouet, à différents stades de guérison. Les plus récentes dataient d'à peine plus de deux douzaines, alors que les plus anciennes étaient vieille de plusieurs mois. Avant de se retourner, la stoltzin masqua sa poitrine de ses mains en un geste de pudeur inattendu chez un helarian. Mais ce n'était pas ses formes qu'elle cachait, c'était qu'on leur avait infligées, de bien pire que dans le dos. Elle pu voir des traces de brûlures qui dépassaient de sous les bras croisés.

Deirane se cacha la bouche des deux mains. «Je ne me doutai pas, dit elle, je suis désolée.
- Ce n'est rien, répondit Saalyn.
- Mais pourquoi ?
- Le ministre de Shaab, Jergo le jeune. C'est le petit fils de Jergo l'ancien. J'ai ruiné sa famille il y a soixante ans. Jergo le jeune est le digne héritier de l'ancien. Quand je suis tombé entre ses mains, il l'a vengé. En reproduisant ses actes.
- Tu as pu t'en sortir, puisque tu es ici.
- Ota m'a sauvé. Il n'a pas fait dans la dentelle. Il a rameuté tous les guerriers qu'il a pu trouver et a attaqué le domicile de Jergo. Mais le prince de Shaab est toujours vivant lui.
- Shaab est plus près d'Helaria que d'ici, pourquoi être venu ici ?
- Parce que si Wotan avait vu dans quel état ils m'ont mis, il aurait rasé Shaab et massacré toute sa population. Son peuple souffre assez comme ça de la folie de ses princes. En plus nous ne pouvons pas nous permettre une telle guerre.
- Shaab n'est pas si puissant.
- Non, mais nous sommes peu aimés nous autres stoltzt. Si nous nous lancions dans des conquêtes, même par vengeance les autres peuples se ligueraient contre nous. Nous ne pourrions pas résister à une coalition de royaumes.
- Tu vas renoncer alors ?
- Non, je vais attendre. Une occasion de me venger du prince se présentera bien un jour. Shaab pourrait nous déclarer la guerre, qui sait, personne ne pourrait alors nous reprocher de nous défendre.» Elle ramassa sa tunique et la remit. Puis elle revint s'assoir près de Deirane.

Deirane essaya d'enlacer la guerrière pour la réconforter. Saalyn la repoussa. Deirane comprit alors que la leçon du jour était finie. Elle quitta la pièce pour rejoindre sa chambre.


En traversant le couloir, Deirane éprouva un choc en croisant un gems qui sortait de la chambre juste à côté de la sienne. «Mademoiselle Deirane, salua-t-il poliment.
- Nous nous connaissons ? demanda-t-elle.
- Sur la route de Naïla, à l'est de Sernos. Vous étiez accompagné de ce jeune lieutenant.
- C'était vous ?
- Jernotegor, pour vous servir.» Il s'inclina et lui prit la main sur laquelle il déposa un baiser. «Je vois que vous avez finalement opté pour la civilisation, la vraie, dit il en se redressant.» Bizarrement, Deirane se sentit obligé de défendre son pays. «Nous ne sommes pas des barbares, nous avons une civilisation.» Cette idée du amuser le démon car il retroussa les lèvre en ce qui ressemblait à un sourire. «Laissez moi deviner. Les habitants de votre village n'ont pas accepté votre différence et vous ont chassé.
- C'est à peu près ça, répondit elle. Ils ont voulu me faire payer la mort d'un jeune homme.
- Barbarie. Quand nous tuons nous autres gems, c'est pour la vraie raison. Et notre vengeance poursuit le véritable responsable, pas un bouc émissaire. Rien ne pourra me faire voir votre peuple comme civilisé.
- Que faites vous ici ?» Le démon eut l'air surprit de la question. «Mais ne suis pas Helareia ? Cet endroit n'est il pas l'ambassade d'Helaria ? A moins que le sens de votre question ne soit : pourquoi suis je à Sernos. Je suis le représentant des gems à l'assemblée des peuples.
- L'assemblée des peuples ?» Deirane n'avait jamais entendu parler d'une telle assemblée. «Qu'est ce que c'est ?
- Requierez vous mon assistance ?» Deirane se souvint des histoires que sa mère lui avait raconté sur les démons quand elle était petite. «Non, répondit elle précipitament.» Le gems eclata de rire. «Vous ne risquez rien de ma part, expliqua-t-il au bout d'un moment. Je peux répondre à une simple question sans signer un pacte de sang ou reclamer votre ame. Nous ne sommes pas les démons de vos légendes. Nous sommes des gens tout à fait normaux et fréquentables. Enfin, ceux d'entre nous qui se mèlent aux autres peuples.» Il commença à s'éloigner. Mais alors Deirane allait entrer dans sa chambre, il se retourna. «Au fait, dit-il, toute mes félicitations.
- Vos félicitations, mais pourquoi ?
- Pour votre bébé.» Puis il s'en alla pour de bon, laissant Deirane interdite sur le pas de sa porte.



Deirane entra précipitament dans la chambre de Saalyn. La stoltzin s'était assise sur le bord de son lit, un de ses nombreux usfilevi à la main. Elle pinçait quelques accords en chantonnant, s'arrêtait, recommençait en changeant un peu les paroles. La langue d'Helaria était une langue dure, qui heurtait un peu la bouche. Pourtant Saalyn arrivait à la rendre mélodieuse. Deirane n'osa pas la déranger dans son travail de composition. Mais la stoltzin se rendit compte de sa présence. Elle interrompit son geste, gardant une main levé au dessus des cordes «Que t'arrives-t-il ? demanda la guerrière en la voyant bouleversée.
- Le démon, juste à côté.
- Jernotegor ?
- Oui.
- Un gems. Ce sont des gems. Cesse d'utiliser ce terme péjoratif, surtout ici. » Deirane prit un air contrit. «Excuse moi, dit-elle.
- Ce n'est rien, mais fait attention à l'avenir. Que voulait-il ?
- Il m'a félicité pour mon bébé.» Saalyn la scruta du regard. Elle posa son instrument bien à plat sur le lit à côté d'elle. «Tu ne savais pas que tu es enceinte ?
- Tu le savais.
- Bien sûr.
- Pourquoi n'as tu rien dit alors ?» Deirane était au bord des larmes. Saalyn lui ouvrit les bras pour l'inviter à la rejoindre. La jeune fille s'assit sur ses genoux et posa la tête sur son épaule. La guerrière lui carressa les cheveux. «Tu n'en parlais pas. Je croyais que c'était une histoire de tabou. Je n'avais pas compris que tu l'ignorais ?
- Mais comment j'aurai pu savoir une telle chose ?
- Je n'en sais rien, c'est ton corps. Tu n'as pas su quand tu as conçu ?
- On ne sait jamais. Chez les humaines, il faut plusieurs douzaines pour s'en rendre compte.
- Je l'ignorai. Chez nous, c'est très rapide. Quelques jours seulement.» Elle fit une légère pause, l'air pensive. «C'est logique, si on y reflechit bien, vous avez largement le temps avant l'accouchement, alors que nous gardons nos oeufs à peine un à deux mois en nous avant de les pondre.
- Toi, comment as tu su ?
- A l'odeur. Il y a quelques chose qui change dans votre odeur quand vous avez concu. Je l'ai su dès que je t'ai vu la première fois.
- Tout le monde le savait, sauf moi, remarqua amèrement Deirane.
- Les stoltzt et les gems seulement, les bawcks aussi s'il y en avait ici. Qui est le père ?
- Je ne sais pas ?» Le ton de la voix permit à Saalyn de comprendre . «Pourquoi avoir ouvert ta matrice.
- Ouvert ma matrice ?» De toute évidence, Deirane n'avait rien compris à la question de son amie. «Pour concevoir, il a bien fallu que tu ouvres ta matrice à la semence de l'homme.
- Ils m'ont pris de force, je n'ai rien ouvert de moi même.
- C'est impossible. Des stoltzint aussi sont prises de force parfois et aucune n'a jamais enfanté. Il est quasiment impossible d'ouvrir de force la matrice d'une stoltzin.
- Je ne comprend pas de quoi tu parles.
- Les stoltzint et les humaines ne doivent pas être pareilles de ce côté là, conclut Saalyn.
- Tu n'as pas l'air de savoir grand chose sur les humaines, remarqua Deirane.» Malgré les yeux humide, on sentait un léger amusement dans sa voix. «Non, j'ai plus étudié les humains que les humaines. Question de goût. Je suis une guerrière libre, pas une savante.» Deirane se laissa caliner un moment avant de reprendre. «Qu'est ce que je vais faire ?
- Je ne sais pas trop. A mon avis, il n'y a pas de sage-femme à l'ambassade. En général, les femmes prèfèrent rentrer au pays pour accoucher. Elles n'ont pas confiance dans les équipements sanitaires de Sernos et je ne peux pas leur donner tord. Mais en cas de besoin, on devrait trouver ce qu'il faut en ville. Tu devrais en parler avec l'ambassadeur Tresej.
- Je n'oserai jamais.
- Il ne mord pas, tu sais ?
- Mais c'est si personnel et je ... je ...
- Si c'est parce que c'est un homme, vas voir Calen. Elle sera de bon conseil.
- Je ne vais pas la déranger, elle est malade à cause de moi.
- Déranger Calen ?» Saalyn emit un petit rire discret. «Calen est habituellement une personne très dynamique. Son inactivité lui pèse. Elle voudrait se lever mais elle est encore trop faible pour ça. Jergen doit deployer des trésors de persuasion pour l'obliger à rester au lit. Lui donner un problème à ruminer pourrait résoudre tous les notres.» Deirane hocha la tête
«J'irai la voir après le repas.
- Bonne idée.» Saalyn prit le menton de la jeune femme dans la main et tourna son visage vers elle. «Et cesse de faire cette tête là. Ce qui t'arrive n'est pas une catastrophe. Au contraire, c'est la chose la plus merveilleuse qui puisse arriver à une femme.» Deirane esquissa un pauvre petit sourire. «Chez une femme normale, dit elle, mais tu oublies ... Que va-t-il se passer quand mon ventre va commencer à grossir si les fils d'or ne bougent pas ?
- C'est ça qui te ronge ?» Saalyn n'avait pas pensé à ça. Elle imagina une réponse en vitesse. «Je suis sûre que celui qui t'a fait ça a prévu le cas. La magie qui les maintient en place doit aussi les adapter quand ton corps change.
- Tu crois ?
- Bien sur. J'imagine que le responsable, un drow ou un gems, se prend pour un artiste, il a une certaine idée de lui même qui serait réduite à néant si son oeuvre mourrait quelques douzaines après sa création.
- Un drow.
- Tu vois. Jamais un drow ne t'aurai laché dans la nature s'il n'avait estimé son oeuvre parfaite. Tout se passera bien.»
Saalyn enlaça plus étroitement la jeune fille et la berça comme un bébé. Elle pensa soudain qu'elle même avait plus de six cent ans - le quart de sa vie - et qu'elle n'avait pas encore enfanté. Cette idée la déprima. Elle embrassa les cheveux de sa protégée, se disant qu'à défaut, celle là pourrait combler son désir de maternité.


Comme prévu, après le repas, Deirane se rendit à l'appartement seigneurial pour rencontrer la belle stoltzin. Afin d'avoir une excuse, elle avait emprunté à une servante le plateau contenant le bouillon de viande qui lui était destiné. N'entendant aucun bruit dans la chambre, elle entra. Quand elle releva la tête après avoir passé la porte, elle s'immobilisa, incapable de faire un geste de plus. Calen ne dormait pas, elle était allongée sur son lit, avec Jergen. Les yeux mi clos, les bras au dessus de la tête, elle s'offrait aux mains de son amant. Jergen couvrait le corps superbe de baisers et de caresses, arrachant des gémissements à la belle archonte. Malgré sa puissance, il manifestait une délicatesse et une douceur, un tendresse presque infinie. Calen n'était pas encore totalement remise de sa maladie, mais Jergen était suffisament expérimenté pour lui donner du plaisir sans la fatiguer.

Deirane était fascinée. Elle ne pouvait détacher le regard de la stoltzin qui se lovait de plaisir. Elle sentit une douleur légère, et pas désagréable, envahir son bas ventre. Elle imagina que c'était elle qui était allongée sur le lit. Le souvenir du viol remonta à la surface, mais il n'etait plus aussi insupportable qu'avant.

Jergen enlaça Calen qui se blottit lascivement contre lui. La stoltzin ronronnait, une particularité que ce peuple partageait avec les chats. Brusquement le bruit cessa, elle ouvrit les yeux et regarda Deirane. La jeune fille se sentit fautive, elle chercha une excuse avant de se souvenir qu'elle était aveugle et ne pouvait la voir. Elle allait s'esquiver discrétement quand la doyenne lui parla. «Si tu amenais ce bouillon à l'odeur excellente, j'ai faim.
- Tu es là, remarqua Jergen, je ne t'avais pas vu. Ca fait longtemps.
- Un peu moins d'un calsihon, répondit Calen.
- Quand même.» Deirane piqua un fard. «J'espère que le spectacle t'a plu, lança Jergen.» Malgré les paroles badines, on sentait un air de reproche dans le ton. «Laisse la, dit Calen à son amant, elle n'y est pour rien. C'est toi qui n'as pas verrouillé la porte.» Puis s'adressant à la jeune humaine. «Approche, et passe moi ce bol.» Un peu intimidée, la jeune humaine alla jusqu'au lit. Elle déposa le plateau sur la table de chevet.

Calen s'était redressé dans son lit, et avait remonté le drap sur sa poitrine. Elle huma le fumet du bouillon. «Ca a l'air appétissant, dit-elle.
- La faim revient, remarqua Jergen, c'est bon signe, qu'y a-t-il pour moi ?» Il jeta un coup d'oeil sur ce qu'avait amené la jeune fille. Il n'avait pas été oublié. A une bonne portion de viande et de légume bien généreuse, s'ajoutait une petite patisserie - la cuisinière avait un faible pour le Musteul, elle avait tendance à lui faire des petites douceurs de ce genre - et une carafe d'hydromel. Pendant qu'il engloutissait son repas tout en essayant de faire la conversation à leur invitée, Calen buvait son bouillon sans dire un mot. Quand elle eut fini, elle posa le bol sur le plateau.

Elle interrompit son amant en pleine digression sur les mérites respectifs de la gestion des deux continents pour s'adresser à Deirane.
«Ce n'est pas habituel qu'une invité fasse le service ici, tu as quelque chose de spécial à me dire.» Deirane hésita. Ce n'était pas facile. Surtout devant le stoltzen. «Tu veux que Jergen sorte ? demanda la doyenne.» C'est exactement ce que voulait Deirane, mais elle ne voulait pas donner l'impression de s'imposer. Timidement elle hocha la tête, oubliant que l'aveugle ne pouvait pas le voir. Mais Jergen avait déjà repoussé les draps et se dirigeait vers la salle de bain. Calen avait traduit sans difficulté la réaction de son amant.

«Que veux tu me dire en privée ? demanda -t-elle.» Deirane se lança. «Je suis enceinte, dit elle.
- Mais c'est fantastique. Tu dois être heur...» Le mutisme de Deirane la coupa. «Oh. Le père est l'un de ceux qui t'ont ... maltraité.
- Comment savez vous ?
- Je ne serait jamais devenu ce que je suis si je n'avais pas été capable de comprendre ce que l'on me dit pas.» Calen se ramena les jambes sous elle et invita Deirane à s'assoir à côté d'elle. «Tu vas donc être maman, dit-elle.
- Je ne sais pas comment faire ? J'ai peur de ce qui va se passer.
- C'est normal, c'est une expérience nouvelle pour toi. En plus ton corps t'envoie des signaux inconnus. Certains peuvent être effrayandt, d'autres seulement désagréables.
- Vous connaissez ?
- Bien sûr, comme toutes les mères depuis que le monde existe.
- Mais vous pondez des oeufs.
- Et alors. Il faut quelques douzaines de jours après la conception pour qu'ils soient prêts à être pondus. Nos symptomes sont moins violents que ceux des humaines, mais ils sont quand même là. En fait, ils apparaissent même plus vite que chez vous. Parce que tu n'as pas commencé à les ressentir je suppose.
- Pas encore, non.» Deirane hésita un instant avant de continuer. «Je ne sais pas non plus où je vais pouvoir mettre mon enfant au monde.» La question était si surprenante que l'aveugle resta un moment muette de saisissement. «Mais, ici naturellement. Tu t'imagines qu'on va t'expulser parce que tu es enceinte. Je sais que quelques royaumes considèrent les filles-mères comme des criminelles. Mais en Helaria, le mariage n'existe pas, toutes les femmes sont donc techniquement des filles-mères. Cela n'a rien de choquant pour nous.
- Et pour la sage femme, personne n'accouche ici.
- Presque personne. Il y a quelques accidents parfois.
- Saalyn m'a dit que c'était rare et que vous n'entreteniez pas des docteurs pour si peu de monde.» Il y avait une note d'espoir dans la voix. «C'est vrai, mais nous sommes à Sernos. C'est la ville la plus grande du monde, la plus riche et certains disent la plus civilisée. Des centaines de femmes accouchent ici sans problèmes chaque année. C'est aussi une ville humaine. Tu y seras donc mieux traitée qu'en Helaria où les humains sont peu nombreux.»
Deirane se blottit contre la stoltzin qui l'enlaça de ses bras. «Je ne veux pas partir d'ici, dit-elle.
- Mais pourquoi partirais tu ? Nous n'avons pas pour habitude de chasser ceux qui viennent se réfugier chez nous tant qu'ils respectent nos lois.
- Et pour la naissance.
- Tu accoucheras ici, une sage femme ne devrait pas être trop dure à trouver.» La jeune fille se souvint alors contre qui elle s'appuyait, la personne la plus puissante dans la pentarchie après les pentarques. Elle voulu s'écarter mais la stoltzin la retint, sans trop de difficulté au demeurant. Sa réaction la rassura et c'est sans hésitation qu'elle s'abandonna à l'etreinte. « Je ne pourrais jamais vous rembourser tout ça, dit-elle.
- Si, en prenant ta part de travail.
- Mais je ne sais rien faire.
- Tu as vécu dix ans dans une ferme sans rien apprendre ! J'ai du mal à le croire.
- Je sais soigner les bêtes et m'occuper d'une basse-cour.
- Je suis sûre que nos cuisiniers apprécieraient d'avoir la volaille à portée de main plutôt que de courir le marché pour en trouver. Et encore pas toujours. Quoi d'autres ?
- Cultiver des légumes.
- En clair, si on te donnes un bout de terrain dans le champ de manoeuvre derrière, tu pourrais nous faire vivre en autonomie complête.»
Deirane sourit.
«Vous n'avez pas le personnel pour entretenir un potager ?
- Certainement. IL faudrait demander à Tresej,. Moi aussi je ne suis qu'une invitée ici..

Calen repoussa brutalement Deirane. «Ben tiens, dit-elle, toi qui te plains de ne rien savoir faire, tu vas te rendre utile. Tu vas m'aider à rejoindre la salle de bain.
- Mais, Jergen n'est pas encore sorti.
- Je sais.» Un petit sourire espiègle illuminait le visage de la belle aveugle.



Trois jours plus tard, alors que Deirane revenait de sa leçon d'escrime, elle entendit une voix l'appeler par son nom. Elle se retourna face à la jeune fille qui la rattrappait. Elle semblait avoir son âge, mais étant stoltzin, elle devait avoir plutôt dans les environs de quinze ans. «Vous êtes Deirane de Jensen ? demanda la jeune fille. » La stoltzin avait utilisé la façon helar'ia de nommer les gens, le nom suivit de celui d'un des parents. Cela faisait bizarre a Deirane qui n'avait jamais été appelée ainsi. «Oui, répondit-elle.
-Vous êtes convoqué à l'intendance. Calnor veut vous voir.
-Maintenant, mais j'ai un rendez-vous avec Saalyn.
-Sans vouloir être impertinente, Saalyn n'est qu'une invitée. C'est Calnor qui commande ici.
-Calnor, je l'ignorai.
-Vous semblez ignorez plein de choses sur nous.
-Je suis ici que depuis à peine deux douzaines.
-Nouvelle ? Excusez moi. Si vous voulez, je peux aller prévenir Saalyn que vous vous ne viendrez pas.
-Merci, répéta Deirane.» Puis, comme emergeant d'un rève. «Où je peux trouver Calnor ?
-Au fond du couloir à gauche.
-Merci.» La jeune humaine s'eloigna sous le regard amusé de la stoltzin.

Deirane trouva facilement le bureau. La villa ne comportait qu'un seul couloir au rez de chaussé. Elle frappa à la porte. Une voix masculine l'invita à entrer. Le stoltzen, assit derrièr eson bureau, leva la tête à l'entrée de la jeune fille. Il avait un regard interrogateur. «Vous m'avez convoqué, dit-elle, je suis Deirane.
-Deirane, je ne t'attendais pas si tôt, je croyais que tu avais un cours de lecture avec Saalyn.
-On m'a dit que vous m'attendiez.
-Mais il n'y avait aucun caractère d'urgence. Puisque tu es là, assied toi.» De la main, il désigna une chaise devant lui. Timidement, elle s'assit. «Tout d'abord, nous allons mettre les choses au point. Je suis l'intendant de l'ambassade mais au cours des cinq prochains mois tu es sous la responsabilité de Saalyn. Elle a la priorité en tout et c'est elle que tu dois consulter pour ton travail.
-Saalyn ne fait pas partie de l'ambassade, remarqua Deirane.
-Calen a signé un ordre d'affectation temporaire, valable cinq mois renouvelables automatiquement.
-J'ignorai que Calen pouvait faire ce genre de chose.
-Calen peut tout faire. Personne ne prendrait le risque de s'opposer à une décision. Même pas les pentarques.
-Pourtant elle à l'air si gentille.
-Gentille ?» Calnor exprima un rictus de dérision. «Dans certaines limites oui. Mais ce n'est pas par la gentillesse qu'elle est devenue ce qu'elle est. Tu sais qu'elle a dirigé Helaria un moment.
- Je ne savais pas. Quand ?
- Pendant la guerre qui nous a opposé aux Feythas.
- Mais cela remonte à soixante ans.»

Calnor balaya l'objection d'un geste de dédain. Sur une étagère derrière lui, il prit une petite boite. Dedans il en tira une enveloppe et un bracelet de perles. Deirane connaissait ce dernier objet, elle en avait vu de semblables sur Festor, Jalia et tous les helar'iant qu'elle avait rencontré depuis. Même le démon... le gems, en avait un. Et bien sûr Calnor. A sa vue, une euphorie envahit son esprit, si intense qu'elle n'écoutait plus ce que lui disait le stoltzen.
«Tu m'écoutes ? dit-il enfin. Apparement non. Jeune Deirane veux tu bien faire attention.» Il ponctua son injonctions d'un coup brutal sur la table. Deirane sursauta. Elle se redressa et redevint attentive. Elle était si joyeuse qu'elle écouta son interlocuteur de façon ostensible. «Ne soit pas impertinente, jeune Deirane. Aucun respect pour les aînés, continua-t-il dans sa barbe.» Mais les yeux rieurs dementaient le ton désapprobateur.

«Je disais donc, repris Calnor, ça fait maintenant deux douzième que tu es parmi nous. Tu as dix ans. A ton âge, les jeunes humains sont déja en apprentissage dans une corporation depuis deux ans. Tu n'es pas née en Helaria, tu n'as donc pas bénéficié de notre éducation. Avant d'integrer une corporation, il te faudra rattrapper le niveau.
-Je travaille dur pour ça.
-Je sais. Mais je sais aussi que tu es une jeune fille. Et une jeune fille à des besoins. Aussi nous avons décidé de te donner un travail. Un travail rémuné bien sûr.
-Quel travail ?
-Comme tu connais bien l'endroit, nous avons pensé te nommer à l'écurie. Mais tu es enceinte et un coup de sabot pourrait s'avérer dangereux dans ton état. Aussi on a préféré t'affecter aux serres. Tu vas integrer une équipe de quatre personnes chargée de l'approvisionnement de l'ambassade en légumes. Tu sera payé un demi cels par douzaine.
-Un demi cels!» Deirane n'en revenait pas. Une fortune. Elle n'avait jamais possédé autant d'argent. Et on allait lui donner ça tous les douze jours. L'intendant se meprit sur le sens de son exclamation. «Je sais, ce n'est pas beaucoup. Mais il tu ne travailleras que la moitié du temps. Et puis l'ambassade prend en charge la plupart de tes frais : le logement, la nourriture, tes vêtements de tous les jours. Cet argent ne te servira qu'à tout ce qui est inutile mais fait beaucoup de bien au moral comme les les parfums, les bij... Non, pas de bijoux pour toi, tu es déjà servie.
-Je voulais dire, c'est beaucoup d'argent.
-Si c'est trop, je peux t'en donner moins.
- Non, non. » La véhémence de Deraine lui envoya un sourire. Elle comprit qu'il la taquinait.
«En fait, ce sera à peine suffisant, continua-t-il. Tu auras besoin d'une robe de soirée pour faire la fête. Et cela coute cher. Tu voudras aussi acheter de quoi personnaliser ta chambre.
-Oh non, jamais je n'oserai abimer ma chambre en accrochant des choses au mur, elle est trop luxueuse.
-Le personnel de l'ambassade n'est pas logé dans les appartements de prestige. Actuellement tu occupes l'un d'eux parce que tu étais une invité. Mais si tu fais partie des notres, tu auras ta chambre avec le reste du personnel. Nous irons voir ça dans un instant.»

Il prit le bracelet sur son bureau et le lui passa. «Enfile ça et ne le perd pas. Il permettra à tout Helar'ia de t'identifier.
-Qu'y a-t-il ecrit ?
-Deirane de Jensen, ambassade d'Helaria, Sernos. Née à Gué d'Alcyan le 8 heimi 1187. Calen de Jetro, doyenne d'Helaria. Tout simplement, répondit Calnor. Avec la date. Et la petite plaque de métal avec une gravure, c'est le sceau de Calen.
-Deirane de Jensen ?
-Tu aurais préféré porter le nom de ta mère. Ou les deux ? On peux changer tu sais. Ou supprimer la date de naissance si tu veux garder le secret sur ton âge.
-Merci, c'est parfait comme ça.»
L'intendant regarda Deirane droit dans les yeux, jusqu'à ce qu'elle détourne le regard. «Regarde moi, ordonna-t-il.» Il répéta son ordre jusqu'à ce qu'elle obéisse. «Jeune Deirane, Saalyn m'a prévenu à ton égard. Il va falloir que tu prennes un peu d'assurance. Tu es trop timorée. Imposes toi, tu vaux autant que n'importe qui ici.
-Je vais essayer.
-Bien c'est un bon début. Mais il faudra faire plus.
-Maintenant, répond moi franchement, ce bracelet d'identité te convient il ? Y a-t-il des choses que tu veux voir supprimées. Où rajoutées au contraire.
-Je regrette que ma soeur Cleriance n'y figure pas, je l'aime beaucoup.
-Rajouter : soeur de Cleriance te conviendrai.
-C'est parfait.
-Bien.» Il nota quelques mots sur un cahier.

Puis il ouvrit un tiroir de son bureau, un tiroir métallique qui fermait à clef. Il en sortit un boite en fer qu'il déverrouilla. «Ton salaire sera versé à la fin de chaque douzaine, un demi cel en pièces de cuivre. En attendant...» Il sortit des pièces de la boites et les disposa en petits tas jusqu'à arriver à un cel. «Ceci est un cadeau que la pentarchie offre à tout nouvel immigrant.» Deirane écarquilla les yeux devant la somme. «Tu as tout l'après-midi pour les dépenser. Ne discute pas, c'est la tradition. Si tu veux, une de mes filles te montrera tous les bons coins en ville où dans le quartier helar'ia.
-Cela veux dire que je suis Helariia maintenant.
-Non, tu es toujours Yriani et tu le restera tant qu'un pentarque, un gouverneur ou un archonte n'aura pas signé le decret de naturalisation et tant que tu n'auras pas passé un an parmi nous. Pour le moment, tu fais partie juste du personnel de l'ambassade.» La restriction décut Deirane.

Calnor se leva. «Si nous nous occupions de ta chambre, dit-il.
-Tout de suite ?
-Ca serait mieux.» Deirane empocha son argent - un cel, complet, rien que pour elle, elle n'en revenait toujours pas - et suivit l'intendant. Il la guida jusqu'au dernier étage sous les combles.

L'escalier donnait sur un palier d'où partaient deux couloirs parallèle. L'espace entre les deux était occupé par les salles communes. Calnor les fit tout d'abord visiter. Il y avait là une salle de repos, une cuisine, une salle à manger, une salle de jeu ainsi qu'une petite infirmerie, toutes éclairée par des tuiles transparentes dans le toit. Le reste de l'étage était consacré aux chambres. Il y en avait plusieurs de libres, il laissa Deirane choisir la sienne. Elles étaient toutes identiques, mais certaines donnaient sur la cours et d'autres sur le jardin et au loin, le fleuve. C'est là qu'elle choisit de s'installer. La clef était sur la porte, Calnor la lui donna et l'invita à un entrer. Après un bref couloir, ils débouchèrent dans une grande pièce totalement vide. L'endroit n'était pas aussi luxueux que la chambre qu'elle occupait jusqu'alors mais il était propre et en excellent état et le parquet ne grinçait pas. La chambre était sous les combles, mais le mur montait suffisament haut pour qu'une fenêtre ait pu y être percée. Dans la partie la plus haute, une mézzanine permettait d'installer un lit. Dans le petit couloir s'ouvrait une porte qui donnait sur une salle de bain, ; la principale différence avec celle qu'elle utilisait jusqu'à présent ne tenait pas à l'équipement, mais aux matériaux moins luxueux utilisés et au fait qu'elle était commune à la chambre d'à côté. «C'est un peu spartiate, convint Calnor, mais nous avons en réserve de quoi en faire un petit nid douillet. Tu vas pouvoir aller chercher tes affaires.
-Je n'ai rien, juste cette robe.
-Que cette robe ! Tu ne peux pas rester comme ça, il va te falloir d'autres habits. Un vêtement de travail, solide, pour commencer. Puis des tenues de repos, dans lesquelles tu te sens à l'aise. Et une robe dans laquelle tu pourras grossir. Un corsage lacé pourrait être utile aussi pour quand tu allaiteras.
-C'est trop, cette robe et une tenue de travail suffiront.
-Pas question. Tu fais partie de l'ambassade maintenant. Il n'est pas question d'avoir l'air d'une pauvresse. Nous avons une image à tenir. Tant que je serais intendant ici, le personnal donnera envie aux étrangers de nous rejoindre.
-Je n'ai pas assez d'argent pour tout ça.
-Tes tenues de travail et deux tenues de repos sont fournies par la pentarchie. Ce dont tu auras besoin pour ta grossesse aussi. Seul le reste est a tes frais. Maintenant vas chercher les deux paresseux qui trainent dans la salle de repos et aménagez moi cette chambre. Execution.»
Il donna à Deirane l'enveloppe qu'il avait sorti de la boite, un moment plus tôt.
«Voila la liste de tes activités à partir de demain. N'oublie pas que ce que t'ordonnera Saalyn a la priorité sur cette liste. Mais le reste du temps, tu dois t'y reférer. Compris.
-Oui.
-Compris !!!
-Compris.
-Bien... Bienvenue dans l'équipe.»
Il inclina la tête pour saluer Deirane puis sortit, laissant la jeune fille seule au milieu de son nouveau domaine.

Les deux «paresseux» n'étaient pas comme l'avait laissé croire les paroles de Calnor, des tire-au-flanc, mais des membres du personnel utilisant leur jour repos. Deirane les rejoignit dans la petite salle où les domestiques se réunissaient pour se distraire ensemble. La stoltzin était assise sur un canapé, les jambes repliées sous elle. Quand elle vit Deirane, ses yeux pétillèrent de joie. «Bonjour, s'ecria-t-elle, tu es la nouvelle ?» Son ton joyeux lui plut.
«Je m'appelle Deirane. Et toi ?
-Moi c'est Celtis. Tu es affecté où ?
-Aux serres.» Jusqu'à présent, l'homme était resté maussade. De toute évidence il n'appréciait pas d'être dérangé. De toute évidence, il avait d'autre projet avec sa compagne. Mais aux dernières paroles de Deirane, il se dérida. «Génial, c'est là aussi que je travaille. Moi c'est Volcor.
-C'est génial en effet, tu vas pouvoir tout lui montrer.»
Celtis changea de position. «Je peux te poser une question, demanda-t-elle ?
-Sur quoi ?
-Ton truc, c'est joli, mais, ça fait mal ?
-Ca tire un peu parfois.
-Et tu en as partout ? demanda Volcor.
-Oui.
-Vraiment partout ?» Deirane rougit, puis hocha la tête. «Même ...
-Arrête de l'embetter, dit Celtis, tu la gènes. Ça fait pas mal maintenant mais j'imagine que quand on t'a posé ça, ça à du être douloureux. A moins qu'il ait utilisé une potion contre la douleur.
-Il n'a rien utilisé.
-Oh comme tu as du souffrir.» Elle se leva, pris la main de Deirane et l'invita à s'assoir auprès d'elle. D'une main hésitante, elle toucha la joue. «Ça fait bizarre, dit elle.
-Je peux voir, demanda Volcor en tendant la main.» Celtis lui donna une petite tape pour le repousser. «Bas les pattes, monstre lubrique, s'ecria-t-elle. Ces mecs, sept peuples mais tous la même idée en tête.
-Je voulais juste voir l'effet que ça faisait, protesta Volcor.» Mais il retira sa main et la planqua derrière son dos avant que Celtis ne puisse sévir une seconde fois.

L'absence totale de jalousie de Celtis vis à vis de Volcor intrigait Deirane. «Vous êtes ensemble depuis longtemps, demanda-t-elle.» Volcor eclata de rire.
«Depuis la naissance, répondit Celtis, c'est mon demi-frère. Son père de serment est mon père.
-Et vous avez été nommé ici ensemble, c'est un coup de chance.
-Je n'appellerai pas ça de la chance.» Mais elle ne s'expliqua pas d'avantage. «Tu fais quoi aujourd'hui ?
-J'ai rien à faire.
-Alors je te propose que ce machin derrière nous qui semble avoir de l'energie à dépenser se défoule en t'aidant à aménager ta chambre .» L'interessé fit semblant d'exhiber des biceps comme s'ils étaient plus développés qu'en réalité. «Ensuite on se fera une escapade en ville, continua Celtis. Tu verras, il y a plein de chose à voir. Tu as du recevoir comme nous un cel en arrivant ici, tu dois le dépenser à te faire plaisir. C'est hyper chouette.
-Je préférerai le garder pour plus tard.
-Tss, c'est la tradition. Il doit être dépensé avant ce soir. Et pas la peine de protester. C'est ton salaire que tu économiseras. Au fait, tu touches combien ?
-Un demi cel par douzaine.
-Quoi ! Quel pingre ! Parles en a ton maître. Il doit t'obtenir une augmentation. Au moins trois quart de cels. Au fait qui c'est ?
-Je crois que c'est Saalyn.
-Saalyn, tu es l'élève de Saalyn!
-C'est incroyable, s'ecria Volcor, tu débarques d'on ne sait où et on t'attribue Saalyn comme professeur, tu as fait quoi pour ça ?
-Rien. Au début j'avais Calen comme maitre, mais quand elle est tombé malade on m'a renvoyé vers Saalyn.»

Pour la première fois depuis le début de la discussion, Celtis resta sans voix. «Et elle dit ça comme ça, dit Volcor.
-Elles sont importantes, demanda Deirane.
-Tu demandes si elles sont importantes ? Et ce que tu demandes si le roi d'Yrian est important?
-Calen est l'archonte de l'université, expliqua Celtis, et Saalyn aurait pu être archonte des guerriers libres si le poste n'avait pas été occupé par une pentarque.
-Ce qui est scandaleux, remarqua Volcor, surtout que Saalyn méritait le poste. Elle a fondé la corporation.» Celtis calma son frère d'un geste de la main. «Volcor est un admirateur de Saalyn, je crois qu'il est profondément jaloux.
-Tu dis n'importe quoi.
-Tu vois ?» Elle se redressa. «On y va, dit elle enfin.»

Quelques monsihons plus tard, la chambre de la jeune fille avait totalement changé d'aspect. Elle avait hésité à puiser dans les reserves de l'ambassade, et se serait contenté du strict minumum si Celtis n'y avait mis du sien. Elle diposait maintenant un lit suffisament grand pour deux personnes comme le fit malicieusement remarquer Celtis et d'une commode, pour le moment vide. Dans la pièce de séjour, elle avait mis une table avec quatre chaise, deux fauteuils, un canapé, une armoire et un petit buffet. Des rideaux à la fenêtre et des tapis sur les sols complétaient l'ensemble. Elle voulait aussi des étagères à fixer au mur, mais comme ils ne disposaient pas d'outils, elle décida que cela pouvait attendre. Par contre, le linge de maison, draps, couvertures, serviettes, ne fut pas oublié. Elle utilisa le reste de la matinée pour ranger son nouveau domaine. Un brin de toilette pour faire disparaitre la poussière qui la recouvrait et elle était prête pour la sortie en ville promise par sa nouvelle amie.



Deirane et ses amis s'étaient donné rendez vous sur les marches de la villa. Ils y étaient déjà quand elle arriva , et elle n'était pas seule, Saalyn et Jergen l'accompagnaient. Volcor se leva et regarda la guerrière libre. L'admiration qu'il éprouvait pour elle se voyait comme le nez au milieu de la figure, ce qui mit Saalyn mal à l'aise. Celtis porta son regard sur Jergen, mais contrairement à son frère elle n'était pas en admiration devant lui, c'était juste un interêt esthétique, avec peut être une pointe de désir, pour un homme aussi viril que l'était le régent de Mustul. Les helar'iat de souche étant plutôt petits, le colosse les écrasait tous de sa taille.Ils se saluèrent.

«Où allons nous ? demanda Deirane. Je ne connais pas la ville.
-Nous sommes là pour te guider, répondit Celtis.
-Je crois qu'il serait bon de commencer par la garde-robe, dit Saalyn.
-C'est vrai qu'elle flotte un peu dans sa robe, remarqua Celtis, un corsage plus ajusté pourrait mettre sa poitrine en valeur.
-Je ne suis pas sûre, commença Deirane.
-Un corsage à lacet, légèrement ouvert sur le devant serait du plus bel effet, continuait Celtis.
-Non, répondit Deirane.
-Essaie d'abord, répondit Saalyn, tu vas pouvoir enfiler plein de robe et voir l'effet que ça fait sur toi.» Saalyn était un mauvais exemple, son chemisier ample suggérait à peine ses formes épanouies. Par contre, Celtis était la démonstration vivante d'un tel corsage. Elle était plus grande et plus mince que Deirane, mais avait à peu près la même poitrine que l'adolescente. Et effectivement, l'effet était intéressant. Même si la jeune humaine trouvait ça un peu osé. «C'est par là, dit Saalyn en désignant le mur d'enceinte de l'ambassade. Elle se mit en route, entrainant toute la troupe avec elle.

Le couturier que Deirane avait choisi tenait sa boutique dans le quartier helar'ia sis à l'ambassade. Sa boutique ne payait pas de mine extérieurement. Mais parmi les clients qui en ressortait, Deirane reconnu la jeune femme du convoi qui l'avait amené en ville. Vu ce qu'avait retenu la jeune fille de cette rencontre, elle en déduit que ce couturier était suffisament couru pour qu'elle aille chez lui. La gamine aussi l'avait reconnue. Elle toisa Deirane. «Mais tiens la souillon.» Elle se tourna vers le jeune homme qui l'accompagnait. «C'est la mendiante dont je t'ai parlé, celle qui a tapé dans l'oeil du chef de mon escorte. Alors tu t'es trouvé des compagnons de débauche ?»
Le jeune homme rigola.

L'attaque surprit Deirane qui resta sans rien dire. Celtis s'avança pour riposter, mais Saalyn la retint. Elle s'adressa au jeune homme, ignorant la jeune fille.
«Votre seigneurie, une personne telle que vous devrait choisir ses relations bien mieux. Vous avez un rang à tenir. Il serait préférable que vous évitiez de vous montrer en compagnie de trainées.
-Trainée vous même, s'ecria la jeune fille, je vous ferai ravaler vos insultes.
-Oh, vous vous êtes reconnue dans ma description ? Ma foi, si vous le dites.
-Espèce de salope, je vous ferai payer ces paroles.
-Quand vous voulez, demain serait un bon jour. Entant qu'insultée. J'ai donc le choix des armes. Venez donc avec votre épée. Cela vous convient ?
-Vous me menacez ?
-Prince Menjir, je pense que vous devriez ramener votre amie chez vous, intervint Jergen, vous devriez rentrer droit au palais sans vous arrêter nulle part.»
Ce n'était cependant pas le jeune prince que regardait le régent, mais le chef de son escorte.
«Nous rentrons de ce pas, répondit le jeune lieutenant.
-Nous n'avons pas fini nos emplettes, protesta Menjir.
-Je pense le contraire, répondit Jergen.
-Votre seigneurie, nous devrions rentrer, dit le lieutenant.
-Quand je l'aurai décidé.
-Votre seigneurie, il est seigneur regnant, vous n'êtes qu'héritier. Et nous sommes sur son territoire.
-Il n'est que régent, je suis prince héritier. Et nous sommes dans le royaume de mon père.
-L'ambassade bénéficie de l'extraterritorialité. Il est régent en exercice. Et les soldats qui nous entourent lui obéissent.»
En effet, quelques soldats helar'iat commençaient à se positionner.
«Ils sont helar'iat, lui non, remarqua le Prince.
-Je ne crois pas que cela fasse une différence.»
Prudent, le jeune lieutenant avait fait signe à ses hommes de les entourer. Il doutait cependant que le régent aille jusqu'à déclencher un incident diplomatique. Le jeune prince n'était pas un imbécile contrairement à la première impression qu'il avait donné. Il avait finalement pris toute la mesure de la situation. «Nous partons, dit il.
-Pas question, s'ecria la jeune femme, nous n'allons pas nous applatir devant ces serpents.
-Je crois qu'il a raison, lui glissa Menjir.» Elle le regarda avec dégout. «Tu n'es qu'un dégonflé.» Elle partit hautaine. «Alors je vous attend demain matin au troisième monsihon, lui lança Saalyn.» Elle lui lança un regard de dédain, malgré tout elle accéléra le pas. Les yrianit se mirent en route à sa suite, de façon plus solennelle comme il convenait à l'héritier du plus puissant royaume du monde. Sa compagne du comprendre qu'elle se montrait ridicule puisqu'elle se laissa rattrapper. Mais elle n'ouvrit plus la bouche, dédaignant son accompagnateur.

Saalyn les regarda s'éloigner. «J'espère qu'il n'épousera pas cette mégère, remarqua-t-elle, son comportement pourrait bien declencher une révolution.
-Elle est jeune, elle peut encore s'améliorer, dit Jergen.
-Tu crois vraiment ce que tu dis ? Enfin. Esperons le. Si l'Yrian sombrait dans le chaos, nous même serions atteind par la tempête.
-Je croyais que l'Yrian était notre principal concurrent, sans eux nous serions la première puissance du monde, dit Volcor.
-La moitié de la flotte commerciale d'Helaria se consacre à transporter la production agricole de l'Yrian vers d'autres contrées, expliqua Jergen.
-C'est exact, intervint Deirane, tous les ans les négociants de gué d'Alcyan affrétaient un navire helar'ia pour emporter la récolte. On alimentait un petit royaume nain des montagnes.
-Vous compter rester là à discuter politique ou on entre ? intervint Celtis.
-On y va, on y va, répondit Saalyn.»

Ils entrèrent dans la boutique. Une jeune elfe était en train d'empaqueter une robe de prix dans un tissu grossier. Elle leva la tête de son ouvrage. «Pourrais je vous aider ? demanda-t-elle.
-Il faudrait habiller cette jeune personne, répondit Saalyn en poussant légèrement Deirane devant elle». L'elfe détailla la jeune fille d'un oeil purement professionnel, elle n'eut même pas un mouvement de surprise en voyant le rubis et les autres pierres. «Que désirez vous, une robe, une tunique, ...
-Une garde robe complête. Disons, deux tuniques, avec les pantalons associés, à moins que tu ne préfère les jupes.
-Les tuniques avec un corsage lacé, intervint Celtis.
-Non, pas de corsage lacé, protesta Deirane.
-Tu es enceinte, remarqua Saalyn, tu apprécieras de pouvoir desserrer les lacets quand ta poitrine gonflera.
-Pour une grossesse, cela n'apportera rien, dit l'elfe, libérer la poitrine ne fera pas de place pour le ventre.
-J'avais oublié ce détail, avoua Saalyn, vous êtes pénibles les humaines.
-Plus tard, elle appréciera peut être de pouvoir allaiter sans avoir à se déshabiller entièrement. Surtout en public. A moins que vous le mettiez en nourrice. Certaines humaines font ça.
-Je ne sais pas, répondit Deirane.
-Tu veux une nourrice ?
-Non .
-La question est réglée.»

La boutiquière estima les mensurations de Deirane d'un simple coup d'oeil. Elle alla chercher un vêtement plié sur une étagère. «Ceci devrait vous aller, dit elle en le secouant pour le déplier.» Elle le plaqua contre le corps adolescent pour vérifier la taille. «Vous l'essayez ?». Elle poussa la jeune fille dans une pièce fermée par une simple rideau.

Quelques minutes plus tard, Deirane était de retour, vetue d'une tunique sans manche en peau. Jergen poussa un sifflement d'admiration tandis que Volcor ouvrait des yeux ronds comme des billes. Elle avait serré les lacets au maximum, lui ecrasant la poitrine. Celtis les desserra.
«C'est mieux comme ça, dit-elle.»
Puis elle poussa la jeune fille sous les regards de la foule. Deirane rougit tant elle était génée de se montrer aussi peu couverte. Saalyn la détailla de la tête aux pieds. «Pas mal, dit-elle, mais elle ne la mettra jamais telle quelle.
-Pourquoi demanda Celtis, elle est jolie comme ça. Elle met ses formes en valeurs et la couleur s'adapte à son teint.
-Elle pourra s'accomoder du corsage. Mais pas de montrer autant de jambes.» Il est vrai que la tunique était très courte, s'arrêtant haut sur les cuisses. Il faudrait une jupe ou un pantalon.
-Pour cette tenue, un pantalon me semble plus adapté, dit la boutiquière.» Elle fouilla dans ses affaires et en tira le vêtement désiré. Deirane retourna dans la salle pour l'enfiler.

Saalyn avait raison, les jambes couvertes, Deirane était plus à l'aise. L'admiration qu'elle lisait dans les yeux de ses compagnons l'emporta sur la gène. Elle tournoya pour leur montrer sa nouvelle tenue. La boutiquière la guida jusqu'à un grand miroir en pied. Deirane se regarda. Elle était admirative. Elle ne reconnaissait pas la fille séduisante qu'elle voyait dans la glace.

Brusquement, son sourire s'effaça. Elle resta un moment, comme paralysée, devant son image. Puis elle s'en détourna. «Ça ne va pas, dit elle.
-Au contraire, c'est parfait, dit Saalyn.
-Je veux une tunique avec des manches longues, et sans décolleté.
-Pourquoi ?» Le regard de la stoltzin accrocha l'éclat du pierre. Elle comprit. «Pour te cacher ? Il faudra bien un jour que tu te montres telle que tu es puisque tu ne peux rien y changer.» Saalyn alla se placer derrière sa jeune protégée et lui posa les mains sur les épaules. «Ouvre les yeux, regarde toi et dis moi ce que tu vois.
-Je vois une horreur, un monstre, répondit Deirane.
-Moi je vois tout autre chose. Je vois une très jolie fille à la silhouette et aux traits adorables.
-Mais il m'a défiguré.
-Non. Ce qu'on t'a infligée est horrible, mais tu n'es pas défigurée. Celui qui t'as fait ça est un artiste. Un artiste tordu, mais ce qu'il t'a fait est très beau. Alors regarde dans la glace et cherche cette fille que moi je vois. Tu la vois ?
-Non.
-Regarde bien.» Deirane hésita un long moment avant de répondre. «Tu es très belle toi aussi, plus que moi.
-Pas du tout. C'est juste que j'ai plus d'expérience, je sais mieux me mettre en valeur. Mais tu es plus jolie que moi.»

A ce moment, une voix grave et bourrue surpris les deux femmes.
«Il ne faut jamais refuser les dons que nous donnes les dieux. Tu as reçu ces tatouages etranges, il serait criminel de les masquer. » Un homme venait de sortir de l'arrière boutique. C'était un elfe, mais il était loin de ressembler aux autres représentants de son peuple. Chez lui, la sveltesse des siens était remplacée par de la maigreur, ses cheveux longs étaient reches et son visage émacié. Il était handicapé, s'aidant d'une canne pour marcher. «Je refuse de te tailler une tenue qui masque plus de la moitié de ton corps, continua-t-il, tu as une particularité unique, utilises là.
-Et si je ne veux pas.
-Je peux vendre mes robes à qui je veux.» En clopinant, il alla jusqu'à une étagère. Il en tira une jupe qui descendait à mi-cuisse. «Essaye ça, ordonna-t-il. Et pour le haut.» Il sortit une une pièce de tissu ridicule constituée de deux triangles de cuir destinés à cacher les seins - et encore, bien peu -et reliés par des lanières. Il la lui lança. «Si tu es trop pudique pour montrer tes seins, prends ça plutôt.» La bande de tissu qu'il lui tendit couvrait tout le haut de la poitrine en laissant la taille nue.

Deirane hésitait. Finalement elle prit les vêtements qui lui tendait l'elfe et disparu dans la pièce d'essayage. Elle choisit finalement la tenue la plus impudique des deux. Quand elle ressortit, au bout d'un temps bien long pour un simple changement de tenue. Elle avait le visage en feu et c'est à la limite de la syncope qu'elle se présenta presque nue à ses compagnons. Celtis ne pu retenir une exclamation de surprise. Et Saalyn arborait un air satisfait. Quand aux deux hommes, ils la dévoraient des yeux.

Elle s'avança vers le miroir, mais elle ferma les yeux quand son image commença à y apparaitre. Saalyn vint se placer derrière elle et lui caressa les épaules. «Quand tu te sens prête, ouvre les yeux.» La jeune fille prit une longue inspiration qui fit piquer un fa
1:   vrai nom des orcs, le terme péjoratif orc ayant été donné par les humains

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