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La paysanne
Sernos
De nos jours
Le vaste plateau calcaire de l'Yrian surmontait la plaine environnante d'une bonne centaine de perches. Il n'avait jamais constitué la forteresse inexpugnable d'où s'étaient élancés les guerriers sanguinaires comme le raconterait les légendes d'ici quelques siècles. D'abord ces guerriers sanguinaires n'avaient jamais existé. De plus, il était bordé sur au moins trois côtés par des pentes douces qui donnaient un accés aisé à son sommet. Etrangement, l'Unster, au lieu de le contourner, l'avait traversé en plein, s'y taillant un large canyon aux parois verticales et séparant le plateau en deux parties très différentes : l'ouest, largement irriguées par des rivières descendues des montagnes constituait une vaste plaine fertile et densement peuplée. L'est par contre, alimenté uniquement par des pluies mortelles, était sterile et vide d'habitants. Mais l'eau en s'infiltrant à travers la masse calcaire était nettoyée de ses poisons et ressortait en contrebas sous forme de centaines de sources parfaitement saines et faisait vivre des centaines de villages Yrianii.
C'était là le coeur historique de l'Yrian qui avait peu à peu contrôlé toutes les plaines jusqu'à former le plus puissant royaume du continent d'Ectrasyc .
Sur la rive gauche du fleuve, le plateau n'était pas très long, moins d'une vingtaine de longes. Mais sur la rive droite, il se prolongeait encore sur le double de cette distance. L'Unster longeait donc une falaise abrupte, à une distance variable mais n'excédant jamais une demi longe. Moins d'une dizaine de longes avant l'entrée dans le canyon, le fleuve faisait un large méandre qui délimitait une vaste zone semicirculaire. Ayant aproximativement la forme d'une proue de navire, une vaste excroissance sortait de la falaise, à mi hauteur du plateau, coupant presque en deux cet espace. C'est sur ce promontoire qu'un sciècle plus tôt les Feythas avaient construit leur forteresse, une série de domes géodésiques disposés disposés pour la plupart en désordre apparent. Au pied de la falaise, les humains s'étaient installé, fondant la ville la plus grande du monde : Sernos. Plus tard, les seigneurs d'Yrian en s'emparant de l'endroit en avait fait leur capitale.
La structure de la ville refletait encore celle de la capitale feytha. Un vaste boulevard faisait le tour du promontoire, à mi distance du fleuve. De chaque coté, la chaussé s'élevait sur un pont pour rejoindre le niveau du domaine royal. De ce boulevard, partait trois avenues qui reliait les trois ponts suspendus qui traversaient le fleuve et donnait naissances aux trois grandes routes : vers l'est, le sud et le nord. La population, exclusivement humaine - les représentants des autres peuples n'étaient que des étrangers de passage - s'était disposée le long de ces axes et s'étalait à partir de là au fur et à mesure qu'ell augmentait. Mais il avait encore de la place et de nombreux champs étaient localisés intra muros. La partie sud de la ville était populaire alors que le nord était occupé par les nobles et les riches bourgeois. Le port était situé à proximité du pont sud, il constituait le coeur d'une vaste zone commerciale. qui tendait à s'agrandir et l'on voyait venir le jour ou il ferait le tour complet de la ville.
Le site était grandiose, mais construit au pied d'une falaise, il présentait un inconvénient : le soleil se couchait tôt. Et les plus pauvres, bourgeois du nord comme manants du sud vivaient dans la partie la plus sombre. Et c'est pour cela aussi que les quartiers d'habitation du palais se situait sur l'extrémité est du promontoire. Sa position avait eu un effet que ses architectes n'avaient pas prévu. Il donnait l'impression de veiller sur les habitants en contrebas, ce qui en rassurait quelques uns et en mettaient d'autres mal à l'aise.
D'où ils étaient, au sommet du plateau, la petite troupe de Deirane avait une bonne vue sur la ville alors qu'ils en avaient encore pour deux monsihons de voyage. Le soir tombait, ils arriveraient à la nuit noire. Par chance, Saalyn et elle disposaient des lettres patentes nécessaires pour se faire ouvrir les portes malgré le couvre feu. Les gardes se feraient tirer l'oreille à la vue des bawcks qui les escortaient, mais ils les laisseraient entrer ; ils n'auraient pas le choix. Au pire ils pouvaient passer la nuit dehors, aussi près de la capitale, ils ne courraient aucun danger.
La descente commença. En bas du plateau, la falaise projetait déja son ombre sur la route. Effectivement, il faisait noir quand ils arrivèrent devant les murailles de la ville. Saalyn descendit de cheval. Elle allait frapper à la porte du poste de garde quand elle s'ouvrit, laissant sortir une vingtaine de soldat, l'épée tirée, un air hostile peint sur leur visage. Il est vrai que trois stoltzt, six humains et quinze orques arrivant en pleine nuit avait un côté inquiétant. «Faites demi tour, ordonna le capitaine de la garde et revenez d'où vous venez. vous n'êtes pas les bienvenus ici.
-Je dois rejoindre mon ambassade, dit Saalyn.
-Je ne peux pas vous laisser entrer.
-Nous repasserons demain matin.
-Ni demain, ni jamais. Vous n'êtes pas les bienvenus ici.» Saalyn qui s'apprétait à remonter fit brutalement demi-tour et se placa devant le capitaine. Celui ci la dominait d'une tête et la situation aurait pu être risible si elle n'avait eu cet air si furieux. «Comment ça, nous ne sommes pas les bienvenus. J'ai mon ordre de mission diplomatique et les lettres patentes signées par le roi. Allez cherchez votre supérieur. Je les lui montrerai et vous me laisserez passer.
-Vous oui, mais pas eux.» De la main, il désigna les bawcks qui les accompagnaient. Saalyn se giffla mentalement pour n'avoir pas pensé à ce détail. «Nous sommes en guerre contre, Chabawck expliqua le garde.
-Chabawck est au nord est, nous venons du sud, remarqua Deirane.» Le capitaine la dévisagea. Puis son regard s'attarda sur les trois femmes noires du groupe. «Fraker est au nord est aussi, répondit il, et pourtant elle viennent du sud, tout comme ces orques.» Mais on sentait que sa résolution faiblissait. Saalyn avait sortit ses lettres patentes et ne pas ouvrir équivalait à ignorer un ordre royal. «Il faut que je vous dise ... commença-t-il.» Mais Minim l'interrompit brutalement. «Arretez de tergiverser et ouvrez nous. » Le capitaine la dévisagea longuement avant de réagir.
-Bien, dit il simplement.» De mauvaise grace, il déverrouilla la porte et les voyageurs purent rentrer dans Sernos. Alors que Deirane allait passer, il la retint par la bride. «L'auberge de l'Epi d'Or est très convenable, dit il, je vous conseille d'y prendre une chambre.
-Je vous remercie, je tiendrais compte de votre conseil.» Conseil qu'elle oublia dès que libérée elle pu rejoindre ses compagnons.
Sur la large avenue deserte à cette heure tardive, la chevauchée était aisée. Deirane se plaça à hauteur de Minim. «Il allait nous ouvrir, vous n'auriez pas du intervenir, la rabroua-t-elle.
-Ça a acceléré les chose, répondit la jeune stoltzin, il se préparait à nous faire un discour.
-Justement, ce qu'il avait à dire aurait pu être interessant.
-On ne saura jamais. Mais si ça avait été si important, il l'aurait dit quand même.
-Probable, mais pas sûr. Vous l'avez vexé.» Il débouchèrent sur le boulevard central qu'ils suivirent jusqu'à sa jonction avec l'avenue de l'est. Un longe avant d'arriver au pont, il s'engagèrent dans les petites rues du quartier nord.
Ils arrivèrent enfin devant l'ambassade. Deirane remarqua que depuis son dernier passage, les choses avaient bien changé. Le mur d'enceinte avait été prolongé vers la gauche. L'ajout qui n'avait pas encore été crépi disparaissait derrière des echafaudages. Ces travaux résultaient de l'agrandissement de la villa qui s'était vu adjoindre une nouvelle aile. L'ancienne salle de bal allait devenir salle de reception et une nouvelle serait construite plus grande que l'ancienne. Cela pemettrait aussi aux appartements seigneurials de ressembler à des appartements seigneurials autrement que par leurs décorations, il en auraient bientôt la taille. La troupe s'arrêta devant la porte. Ôta demonta. Il alla tirer la poignée qui sortait de l'encadrement. A l'interieur, ils entendirent une cloche sonner. Mais personne ne bougeait. Au bout de ce qu'il estima un délai raisonnable, il refit tinter la cloche. «Soit il n'y a personne, soit ils dorment tous, dit il.
-Il y a forcement quelqu'un, remarqua Saalyn, c'est notre ambassade en Yrian.
-Alors ils dorment, conclut Ôta.
-Ça n'est pas surprenant, que pourrait il leur arriver à Sernos ?» Elle fouilla dans ses fontes et en tira une petite clef etrange qu'elle passa à son ancien disciple. Deirane n'en avait jamais vu de telle. Avec toutes ces dents, elle devait être quasiment impossible à forcer.
Ota se dirigea vers une petite porte encastrée dans la grande. Il glissa la clef dans la serrure et ouvrit. Deirane entendit le mécanisme parfaitement huilé jouer, mais sans les claquements caractéristiques des grosses serrues qu'elle connaissait. Le mouvement était plus doux et feutré. La porte était juste assez grande pour laisser passer un cheval tenu à la bride par son cavalier. Tout le monde mit donc pied et terre, sauf les bawcks qui n'avaient pas de montures mais qui avait fait le chemin à pied depuis le chateau d'Aldower.
Tout le monde entra dans l'ambassade à la queue leu leu. La cour était plongée dans le noir. A sa gauche, Deirane distinguait tout juste les murs de l'ancienne caserne en cours de démolition. Absorbée par ses observations, elle ne remarqua rien d'anormal jusqu'à que ce que Gonrak, après un bref reniflement, lance un hurlement d'alerte. «Danger, trahison, cria-t-il.» Aussitôt l'humaine fut sur ses gardes.
La lumière se fit. Ils étaient encerclés par une troupe de bawcks, l'épée tirée et l'air menaçant. Les trois stoltzt ainsi que les bawcks de leur escorte avaient tirés leur arme. Avec du retard Deirane les imita. Mais ils étaient inférieur en nombre. Ôta estima d'un coup d'oeil leurs possibilités de retraite. La porte était trop étroite. Seuls un ou deux pourrait sortir avant que les autres se fassent massacrer. «Nous savons maintenant ce que voulait dire le capitaine à l'entrée, remarqua Deirane.» Mais devant la mortification évidente de Minim, elle regretta cette pique.
L'orque qui semblait être le chef s'avança. «Intrus sur territoire de Tergyl pied boueux, roi de Ruvyin. Vous prison et jugement avant execution.» Cette phrase produisit un effet immédiat sur les trois helar'iat. Ôta laissa retomber son épée, Saalyn avait l'air si désemparée qu'elle se laissa désarmer sans réagir. Quand à Minim, elle eclata en sanglot. Cleindorel leva un regard intrigué vers Deirane. «Ruvyin est la ville la plus occidentale de l'Helaria continental, expliqua-t-elle. Et la guerre a commencé à l'est.
-Ca veux dire qu'Helaria n'existe plus, intervint une des jumelles ?
-Je suppose que l'archipel doit encore résister. Mais c'est un coup dur pour eux car la forteresse de Ruvyin protège le passge vers leur capitale.» Un bacwk se plaça devant Deirane et la gifla violement. «Silence, ordonna-t-il.»
Pendant qu'un envahisseur refermait la poterne, le reste de la troupe les entoura et les entraina vers les geoles. Ils contournèrent le batiment en construction pour atteindre la nouvelle caserne. Une série de petites cellules de degrisement avaient été ajoutées. Elle étaient prévue pour une seule personne, mais comme il n'y en avait pas assez pour tout le monde les bawcks les repartirent trois par trois, sauf Deirane qui ne fut accompagnée que de Cleindorel.
Une fois la porte fermée, Deirane examina autour d'elle. En pleine nuit, la lumière qui entrait par la lucarne était insuffisante. Elle devina plus qu'elle ne vit la petite paillasse accrochée à un mur. Elle lacha sa nièce qui s'était blottie contre elle. Elle lui prit la main et l'entraina vers la couche, espérant que ses jeunes yeux verraient les obstacles qui lui echappaient. Ce n'était qu'une simple planche de bois retenue au mur par des chaines. Pas très confortable, mais ces cellules étaient destinées à des soldats saouls qui devaient rester une nuit tout au plus, pas à des criminels enfermés pour une longue durée.
Elle s'assit un peu rudement. Un corps amorti sa chute, un corps qui poussa un cri de douleur étouffé. Il y avait quelqu'un avec eux. Finalement ils étaient bien trois par cellules. «Il y a quelqu'un, demanda-t-elle.» Comme personne ne répondait, elle tata la forme allongée avec prudence. C'était une femme, et qui plus est une stoltzin, ainsi que la texture de sa peau le lui appris. En lui posant la main sur l'épaule, elle sentit son corps trembler. En silence, l'inconnue pleurait. Elle était mal placée pour la reconforter.
Elle aida Cleindorel à s'allonger sur la couche, à coté de l'inconnue. Instinctivement, la jeune fille l'enlaça. Comme il n'y avait plus de place, Deirane s'allongea par terre. Elle en avait vu d'autre en vingt ans d'esclavage. Elle ne tarda pas à s'endormir.
Le lendemain matin, un rayon de soleil qui entrait par la lucarne reveilla Deirane. Il lui fallu un moment pour se souvenir où elle était et pourquoi elle dormait sur le sol. Voyant sa nièce allongée sur la paillasse, tout lui revint à l'esprit. Elle ne pu manquer d'avoir une pensée ironique à son sort, mobiliser une centaine de soldat pour la tirer d'une prison pour retomber aussitôt dans une autre. Ses articulations protestèrent quand elle se leva. Elle n'était plus toute jeune. Elle ne supportait plus aussi facilement qu'avant les les nuits sur la terre battue.
La veille elle avait repéré une occupante dans la cellule, mais elle n'avait pu l'identifier. Il était temps de faire sa connaissance. Un peu raide, elle s'approcha de la paillasse. Les deux femmes s'étaient enlaçés pour se réconforter, le visage de la stoltzin lui restait donc caché. Mais elle pouvait voir son corps.
Ses galbes et ses courbes harmonieux, propres à enflammer l'imagination des poètes, lui donnaient une silhouette élancée, proche de la perfection. C'était exactement le corps que Deirane aurait voulu quand elle était adolescente. Sa chevelure, si claires qu'elle en paraissaient lumineuse était étalée autour d'elle. Sa robe accentuait cette clartée. Blanche, elle ne couvrait que la poitrine et les hanches, mais un voilage translucide l'enveloppait totalement. Elle avait du être élégante. Elle portait maintenant les traces d'un interrogatoire musclé. De toute évidence, la veille, elle avait passé une mauvaise journée.
Deirane la fouilla, cherchant un indice de son rang. Au passage, elle découvrit son visage, aussi parfait que le reste du corps, malgré les hématomes. Elle trouva ce qu'elle cherchait à sa main. Sa bague portait un symbole de corporation qu'elle n'avait jamais vu. Mais elle avait quand même peu de doutes sur son identité. Il n'y avait pas beaucoup de femme correspondant à cette description en Helaria, deux seulement : Vespef, la pentarque seconde et Littold, la fille qu'elle avait eu avec son frère. Cette dernière était parfois surnommée la pentarque sixte. Sa prisonnière était donc dans tous les cas une personne haut placé du gouvernement pentarchial.
La stoltzin bougea. Elle leva la tête et regarda Deirane, l'air encore à moitié endormie. «Qui êtes vous ? demanda-t-elle, et que faites vous ici ?
-Je m'appelle Deirane, je viens de Boulden.
-Boulden, l'expédition Aldower ?
-C'est cela.
-La mission a réussie ?
-Quelle mission ? demanda Deirane.» La pentarque se dégagea délicatement de l'etreinte de la jeune fille. Elle s'assit contre le mur, les jambes repliées sous elle. «Excusez moi, je ne me suis pas présentée. Je suis Vespef de Satvim, pentarque seconde d'Helaria.» Deirane ne s'était donc pas trompée. «Je suis surprise de vous trouver ici. Que s'est il passé ?
-Mon frère Wotan m'a envoyé à Sernos pour me mettre à l'abri. » Deirane jeta un coup d'oeil sur les murs. «Vous l'êtes, remarqua-t-elle, les murs me semblent solides, difficiles à percer.
-J'espérai quand même avoir un peu plus de place. L'ambassadeur avait raison en demandant de construire ces cellules plus confortables. On aurait du l'écouter.»
La pentarque étira ses muscles noués. Elle fit jouer une épaule meurtrie. Puis son regard clair se posa sur Deirane. «Maintenant, dit-elle, vous allez me raconter en détail l'assaut contre le chateau d'Aldower.
-Après vous répondrez à mes questions ?
-Il vaudrait mieux que vous les posiez à Saalyn. C'est elle qui a monté toute l'opération. Elle la prépare depuis pas mal de temps.
-Une douzaine, ce n'est pas une si longue période que ça. » Mais quelque chose dans le visage de la pentarque lui fit revoir son estimation. Une discussion avec Saalyn s'imposait. «Ce rapport, répeta Vespef.» Au ton, Deirane comprit que ce n'était pas la femme qui laissait sa curiosité s'exprimer, mais la directrice des services de renseignements hélarians. Elle mettait ses données à jours sur la situation récente.
Deirane raconta toute l'histoire, depuis le départ de Boulden. De temps en temps, Vespef l'interrompait pour lui poser des questions précises. Parfois elle la faisait revenir en arrière pour eclaircir un point de détail. L'humaine n'avait jamais été interrogée de cette façon. Elle trouvait cela interessant, cela lui donnait des indications sur ce que la pentarque trouvait important ou pas. Par contre, rien dans son expression ne donnait d'indication sur ce qu'elle pensait des évènements. Les troubadours la décrivait comme un être fragile, sa famille la mettait à l'écart pour la protéger en cas de coup dur. Mais en cas de négociation, elle devait être capable de bluffer comme personne.
Le soleil avait dépassé le zenith quand Deirane se tut. Vespef médita un moment. Cleindorel s'était réveillée pendant le rapport. Elle s'était appuyée contre la pentarque qui lui avait passé un bras autour des épaules. «Maintenant, il faudrait penser à sortir de là, dit soudain Vespef.
-Comment êtes vous entrée ?
-Par la porte. Mais je pense qu'il nous faudra trouver une autre sortie.» Deirane trépignait presque, elle n'était plus en état de goutter l'humour de son entourage. Heureusement, Vespef continua. «Quand Aldower a brisé son sort, j'ai pris le choc de plein fouet. Je n'étais pas en état de me défendre quand les bawcks m'ont capturée. Je n'ai pas pu utiliser mes pouvoirs.
-Et vos pouvoirs ne pourraient pas vous faire sortir maintenant que vous êtes remise ?
-Il m'ont pris ma gemme. Je ne peux pas utiliser mes pouvoirs.
-C'est quoi cette gemme ?
-Un bijou. Par lui même il n'a aucun pouvoir, mais il me permet d'accumuler ma force magique. Sinon elle se répand autour de moi, totalement inutile. Je peux ensuite puiser dedans pour lancer des sorts plus puissants. Sans la gemme, mes sorts sont élémentaires.
-Et avec la gemme ?
-Je suis la meilleure.» On sentait la fierté qu'elle éprouvait en disant cela. «Je ne contrôle pas mes pouvoir aussi finement que Wotan, corrigea-t-elle, mais il a eu beaucoup plus de temps libre que moi pour s'entrainer.»
Cleindorel s'agita sur la paillasse. «A quoi ressemble cette gemme ? demanda-t-elle.
-C'est une pierre blanche avec des reflets bleus, pas particulièrement belle. Pourquoi ?
-Peut être que Deirane en a une.» Deirane était atterrée de ne pas y avoir pensé elle même. Cela faisait si longtemps qu'elle vivait avec ces pierres qu'elle avait presque oublié leur existence. Il avait fallu qu'une gamine les lui rappelle. Quant à Vespef, elle rayonnait.
Deirane s'assit à côté de Vespef et lui tendit son bras. «Vous en voyez voyez une ? demanda-t-elle.» Vespef parti de l'épaule et descendit le long du bras, examinant chaque pierre qu'elle rencontrait dont la teinte s'approchait. Elle la trouva à l'interieur de l'avant bras. «Celle là, dit elle, c'en est une.» Deirane regarda la pierre insignifiante que lui montrait la pentarque. Ce cailloux, le moins beau de tous, était à l'origine de la puissance des pentarques. Les bijoutiers helarians devaient être sacrement bon pour en faire un bijou digne d'être porté par un roi. L'air de Cleindorel indiquait qu'elle était du même avis. «Que faut il faire ? demanda Deirane.
-Mettre la pierre en contact avec ma peau, pour qu'elle absorbe mon pouvoir au lieu de le laisser se répandre autour de nous.
-Le contact doit être étroit.
-Pas trop, je ne pense pas. Sinon nous ne pourrions pas nous pencher quand on porte notre gemme en pendentif. Ma jeune soeur en soufrirait enormément.»
Deirane s'assit confortablement à coté de la pentarque qui quitta sa place contre le mur pour s'allonger sur la paillasse. «Je la met où ?
-Les poêtes disent sur le coeur.
-Euh ...» Deirane hésita. «Mais, continua Vespef, la chainette de ma gemme est plus courte que cela. Le haut de la poitrine devrait être bon.» Deirane posa son bras en travers de la poitrine de la pentarque, presque à la base du cou, essayant de mettre la pierre en contact avec sa peau. Vespef ferma les yeux et se concentra. «Je la sens aspirer mon energie, dit-elle au bout d'un moment.
-C'est mauvais ?
-Au contraire. Ça veux dire que ça marche.
-Combien de temps on va devoir rester comme ça ?
-Il me faut une journée pour recharger ma gemme. Celle là semble bien douze fois plus petite. Donc un monsihon devrait faire l'affaire.
-Ça tombe bien, je n'avais pas prévu de sortir de la journée.» Cleindorel descendit de la couche pour permettre à Deirane de s'allonger à côté de la pentarque.
Un ange passa. Au bout d'un long moment, Vespef brisa le silence pesant. «Deirane, si tu racontes ça à qui que ce soit, je te tuerai.
-Ne vous inquiètez pas. J'ai moi aussi une réputation à preserver.
-De toute façon, qui est au courant.» Simultanément, les deux visages se tournère vers Cleindorel qui se sentit soudain mal à l'aise. Elle chercha un trou de souris où s'infiltrer, mais la cellule était trop neuve. «On a de la chance, la gemme aurait pu être sur le visage où la fesse, reprit Deirane.» Elle pouffa en imaginant la scène. «Dans ce cas, je t'aurai tué et t'aurai enlevé la pierre.
-J'ai du mal à vous imaginer tuer quelqu'un.
-Ne sous-estime pas une personne poussée à la dernière extrémité, surtout une femme.» Les deux femmes se turent, le silence revint pesant.
Après une courte pause, Deirane reprit la parole. «Vespef, je peux poser une question ?
- A quel sujet ?
-Les drows. Leurs motivations.
-Vaste sujet, répondit la pentarque après une longue hésitation.
-Voila, dans le commando qui m'a délivré, il y avait deux drows. Mais je croyais que les drows n'en faisaient qu'à leur tête, qu'ils ne collaboraient avec personnes.» Vespef reflechit longtemps avant de répondre. «Ils ne collaborent pas, répondit elle enfin, ils défendent leur nid.
-Leur nid ?
-Ils se trouvent que ceux là on installé leur nid sur une île déserte d'Helaria et qu'ils considèrent cette guerre comme une menace.
-Leur nid ? répéta Deirane.» Son ton indiquait clairement son incomprehension. «je croyais les drows solitaires, en quoi consistent ces nids ?
-Que sais tu des drows ?
-Ils sont solitaire, égoistes, violents et font primer leur plaisirs avant tout.
-Cette description ne concerne que les solitaires. Mais ils sont plutôt rare au sein de leur peuple. C'est normal que tu es cette impression. Les solitaires comme Aldower sont des paria. Il ont été exclus de leur communauté. Les drows sont égoistes et violents, mais ils sont aussi très discrets. En fait, ils se désinteressent du monde extérieur tant que celui ci ne s'interesse pas à eux. Il faut voir que les drows sont les grands perdants de la guerre contre les Feythas.
-Comment ça ?
-Nous ne savons pas pourquoi les Feythas on crée tant de peuples. Mais on sais au moins pourquoi ils ont crée les drows. Ce sont des machines à tuer. Ils sont forts, ont des reflexes rapides, peuvent réagir en une fraction de seconde, leurs sens sont très développés. Les humains, les elfes et les nains ont été crée pour servir d'esclaves. Il en fallait beaucoup. Mais pas des drows. Quelques milliers faisaient l'affaire. Et pour une aussi faible quantité, leurs machines suffisaient. Ils ont donc fait l'impasse sur les femelles.
-Il n'y a pas de femelles drow ? J'en ai jamais vu, mais je n'aurai jamais pensé qu'il n'y en avait aucune.
-Oh, il y en a. Les Feythas ont prévu la possibilité d'une panne de leurs appareils. Mais à peine plus d'une dizaine.
-Pour quelques milliers de drows, ça pause un problème.
-Je ne te le fais pas dire. C'est pour ça que les drows s'organisent en petites communautés d'une centaine d'individu avec au centre une femelle. Et ils sont prêts à tout pour protéger cette femelle.
-Comme les abeilles en sommes.
-Pas exactement. Les males qui entourent une reine drow ne sont pas de sa lignée. Et ils sont rarement de la même famille. De temps en temps, une femelle nait. C'est rare, une naissance sur dix. Une fois adulte, elle quitte sa communauté de naissance pour en fonder une à elle. C'est comme ça que l'une d'elle est tombée entre nos mains, il y a quelques années. Des drows sont aussitôt arrivé de tout le continent et on demandé à être mis en sa présence. Quand le groupe a depassé la dizaine, ils ont demandé à partir. Ils se sont installés sur une île déserte de la pentarchie. Mais ils ont refusé de préter allégeance. Ils ne sont pas sujets helar'iat.
-Mais ils considèrent Helaria comme leur zone de sécurité et en cas de guerre ils sont à vos côtés.
-Non, en cas d'agression ils sont à nos côtés. Si c'est nous qui attaquons ils n'interviendront pas. Ils pourraient même se retourner contre nous s'ils nous considèrent comme un danger.
-Et Aldower là dedans ?
-Aldower s'est fait exclure de sa communauté, il a perdu le pivot de sa vie. Sans communauté, aucune chance d'avoir une descendance. Déjà qu'avec une communauté les chances ne sont pas terribles. Il tente de se reconstruire une nouvelle vie comme il peut.
-Je vois. Il vient de la communauté d'Helaria ?
-Aucune idée. Je ne pense pas. Mais je n'en suis pas sûre. C'est un drow originel. Il n'est pas né dans une communauté, il sort directement des machines feythas. Peut être n'a-t-il jamais fait partie de l'une d'elle. On ne sait quasiment rien de lui, sa première apparition dans nos dossiers remonte à ton supplice.
-Je vois.» Elle avait prononcé sechement cette dernière phrase. Et sombra aussitôt dans le mutisme.
Au bout d'un long moment, plusieurs calsihons, Deirane appella Vespef. «Que se passe-t-il ? demanda la pentarque.
-Mon bras. J'ai une crampe.
-Une crampe ? Pourquoi ?
-Rester immobile, aussi longtemps. C'était prévisible.
-On peut rester immobile bien plus longtemps sans problème.
-Vous êtes une stoltzin, des ... reptiles.» Deirane avait faillit dire lézards. Elle espéra que la loi que les pentarques professaient sur les pouvoirs télépathiques n'était pas juste de la propagande. «Je suis une humaine, nous ne sommes pas pareilles, même si nous nous ressemblons.
-Je sais. Au cas où je l'aurai oublié, la chaleur que ton bras dégage au contact de ma peau me le rappellerait aussitôt. Nos ancêtres ne sont même pas du même monde.
-On fait quoi pour mon bras ?
-Je pense qu'il doit y avoir assez d'energie. Je vais essayer de nous tirer de là.»
Vespef se concentra. Elle mobilisa son pouvoir pour le dechainer sur le mur. Sous l'action de la pentarque, la gemme devint brulante. Deirane poussa un cri de douleur et bougea involontairement. Aussitôt la gemme se vida de son energie dans un grand eclat de lumière. La flamme que Vespef avait projetée contre le mur se retrouva dépourvue de puissance, elle n'eut aucun effet.
Deirane s'assit et massa son bras endolori. «Je suis désolée, dit elle.
-Ce n'est rien, dit Vespef, de toute façon je ne m'attendais pas à ce que ça marche.
-Pourquoi avoir essayé alors ?
-Vous aviez quelque chose de mieux à faire ?
-Pas vraiment.»
Vespef se leva. «Le mieux est de nous reposer pour être prête. Il y a une garnison entière prisonnière ici. J'espère que l'un d'eux sera assez débrouillard pour organiser une évasion. Il vaudrait mieux que nous puissions les suivre s'ils viennent ici. Et puis, ils vont bien venir vous nourrir. On pourra essayer d'en profiter.
-Vous devriez peut être vous allonger dans ce cas.
-Cette nuit, vous avez dormi par terre. C'est mon tour. Prenez la couchette.
-Mais vous êtes une reine. Pas moi.
-Et vous n'êtes plus très jeune. A votre âge, vous avez besoin de confort.» Les pentarques approchaient des deux mille ans. Et Vespef était l'ainée de la famille. Cette remarque de la part de la part de l'être le plus vieux du monde ne manquait pas de sel. Mais il est vrai qu'en première apparence, Vespef semblait beaucoup plus jeune que Deirane.
Deirane invita Cleindorel à la rejoindre. Elle ne se fit pas prier. La pentarque se roula en boule sur le sol en position foetale.
La nuit tombait. Personne n'était venu pour les nourrir. Leurs geoliers avaient de toute évidence oublié que les humains mangeaient plusieurs fois par jours. Deirane gardait les yeux ouvert, malgré le noir. Elle n'arrivait pas à dormir. C'est ce qui lui permit d'entendre le tintement metallique. Quelque chose venait de heurter les barreaux de la lucarne. Elle secoua Cleindorel. Puis elle se leva doucement et reveilla Vespef. La pentarque se redressa sur ses coudes et écouta.
Le tintement se fit à nouveau entendre. Mais ce coup ci quelque chose entra dans la cellule. Quelque chose fixé à une corde qui le ramena aussitôt à son lanceur et le coinça dans la lucarne. Un crochet. Quelqu'un cherchait à les libérer.
Une traction violente sur la corde ébranla les barreaux. Ils résistèrent. «La maconnerie est fraiche, remarqua Vespef, le ciment ne tiendra pas bien longtemps.» En effet, ils commencèrent par bouger. Puis sous une nouvelle traction, ils finirent par s'arracher, emportant quelques pierres avec eux. Le passage dégagé était suffisant pour s'enfuir.
Deirane poussa Cleindorel pour l'aider à grimper jusqu'à la lucarne. La jeune fille entra dans le trou et disparu. «Allez y, ordonna Vespef.
-Après vous.
-Grouillez vous, ils arrivent.» En effet, l'ouverture de la cellule avait été bruyant. Dehors, les bawcks s'agitaient. Ils entreraient bientôt.
Vespef fit la courte échelle à l'humaine. Elle plongea dans la lucarne. Elle sentit aussitôt des bras l'empoigner et la tirer au dehors tout en la retenant pour ne pas qu'elle tombe. Elle se laissa faire. Elle se retrouva rapidement sur ses pieds pendant qu'un homme, un humain, l'aidait à reprendre son équilibre. Elle était dehors, dans la rue. Devant elle, elle voyait le mur d'enceinte de l'embassade. Les hommes ne tardèrent pas à extraire Vespef de sa prison.
La pentarque se présenta devant celui qui semblait commander les hommes et le salua d'une brève inclinaison de la tête. «Vespef d'Helaria et de Satvim, pentarque seconde d'Helaria. Je vous remercie de nous avoir tiré de là.
-Capitaine Beldel, 1ere compagnie du régiment d'infanterie de Sernos. A votre service.
-Ainsi donc c'est le roi d'Yrian qui vous envoie.
-Il m'a donné l'ordre de vous faire sortir de cette prison par tous les moyens.
-Vous le remercierez de ma part.» L'arrivée d'une troupe de bawcks interrompit la discussion.
Les bawcks qui avaient investis l'ambassade avaient fait une sortie pour tenter de récuperer leurs prisonniers. Deirane devisagea les soldats yrianii. Ils étaient inférieurs en nombre et ne semblaient pas rassurés. Le chef s'avança face au capitaine.«Elle à nous, dit-il en désignant Vespef, vous restituer.
-Elle est à moi maintenant. Si vous voulez la reprendre, il faudra nous vaincre d'abord.
-Bawcks de Ruvyan combattre soldats de Sernos, dit-il» Il rejoignit sa troupe. «Ils sont plus nombreux que vous, remarqua Vespef, et certainement meilleurs guerriers.
-Je n'en doute pas. Mais je ne compte pas me battre.
-Qu'allez vous faire alors.
-Mon roi a pensé que vous prendriez du plaisir à leur donner une leçon. Il m'a donné ceci. » De sa poche il sortit un bijoux, une pierre montée en pendentif. «Une gemme, s'ecria Vespef.» Elle prit le bijou et l'enfila.«Malheureusement elle est dechargée, je ne peux utiliser mes pouvoirs.
-Aussi, ceci n'est il que la première partie du cadeau.» Tout en surveillant la manoeuvre d'encerclement entreprise par les orques, il sortit de sa poche une petite boule lumineuse d'un blanc laiteux. Un sort démon. «Je pense qu'il y a là de quoi charger la gemme, dit il.
- Que nous vaut une telle générosité, demanda Vespef.
- Malgré vos défauts vous êtes des voisins plus agréables que ces orques. Ils sont là depuis quelques jours seulement et tout le quartier ne les supporte déjà plus.» Il brisa la boule. Aussitôt la gemme s'illumina.
Vespef se mit face au chef des bawcks, les bras ecartés. Elle lui fit un sourire cruel. Brusquement elle se dechaina. Le bawck fut projeté en arrière. Il s'écrasa contre le mur, le corps desarticulé. Un deuxième corps s'envola. Puis un troisième. En un eclair, l'ennemi était en déroute. Il s'enfuit. La pentarque les poursuivit sans se presser. Ils parvinrent à se réfugier dans l'ambassade. Elle leva ses bras vers la porte. La puissance du pouvoir de Vespef l'arracha de ses gonds, une partie du mur s'effondra à sa suite. Elle entra dans l'enceinte. Les bawcks s'égayaient dans toutes les directions. Avançant en direction du batiment principal, elle foudroyaient tout ceux qu'elles voyaient devant elle.
Les soldats yrianii entrèrent derrière elle dans l'ambassade, violant l'extraterritorialité des lieux. Mais pour une nuit, la pentarchie d'Helaria et le royaume d'Yrian ne faisaient qu'un. La chasse commença.
Quand Vespef arriva au pied de l'escalier, dans la villa, sa gemme avait perdu sa luminosité. Son pouvoir était épuisé. Deirane et Cleindorel l'avait rejointe. Ainsi qu'une troupe de soldat qui la précédèrent à l'étage et débusquèrent les envahisseurs qui avaient échappés au massacre. Ils la protégeaient comme si elle était leur souveraine et pas la dirigeante d'un royaume concurrent.
En arrivant dans les appartements pentarchials, Vespef avait l'air désolée. «Ils ont tout cassé, remarqua Cleindorel.
-Il fallait s'y attendre, remarqua Deirane, ils ont du se dire que l'endroit devait regorger de trésors caché.
-De toute façon, on allait tout refaire. Mais ils auraient pu attendre. Je n'ai plus rien à me mettre.» Du temps où Deirane était courtisane, elle avait souvent prononcé ces paroles. Mais dans le cas de Vespef, c'était vrai. La robe qu'elle avait sur elle n'était pas présentable et ses armoires avait été pillées ; ses vétements sans interêts pour les envahisseurs gisaient en tas au centre de la pièce. Ce n'était pas une destruction gratuite comme auraient fait des pillards humains mais une fouille approfondie pour dénicher des objets de valeur. D'ailleurs peu de choses étaient réellement cassées. Les bawcks avaient plutôt mis un désordre indescriptible que saccagés les lieux.
Beldel entra dans la pièce. Il examina l'endroit d'un oeil critique et vaguement dégouté. «Mon roi avait prévu cette éventualité. Il m'a ordonné de vous prier d'accepter son hospitalité au palais le temps que vos appartements soient remis en état.
-Je voudrai bien, répondit Vespef, mais j'ai bien peur de n'être pas présentable.
-Ce n'est pas un problème. Nous ne sommes pas aussi civilisé qu'Helaria mais nous ne sommes pas des barbares. D'ici demain, nous trouverons certainement des robes adaptées à votre taille et nous avons de bonnes connaissances théoriques sur le rôle des baignoires.
-Vous avez bien parlé de baignoires ?
-Avec de l'eau chaude dedans et des servantes pour vous frotter le dos.
-Vendu.» Vespef jeta un rapide coup d'oeil sur la chambre devastée avant de suivre Deirane qui était déjà dans le couloir.
En arrivant dans le hall, un jeune soldat aborda le capitaine. Il lui murmura quelque chose à l'oreille. Beldel se retourna alors vers les trois femmes. «Nous avons trouvé d'autres personnes dans les cellules, dit il, des stoltzt, quelques humains, mais aussi des orques. Que faisons nous d'eux.
-Ils sont avec moi, répondit Deirane, ils m'accompagnent.» Vespef était aussi suprise que l'yriani. «Les stoltzt constituent la suite de la pentarque Vespef, les bawcks sont la mienne.
-Vous ne manquez pas de ressources, remarqua Vespef.
-Ils ont participé à ma libération.
-Vu comme ça, dit vespef.» Puis s'adressant à Belden. «Je suis arrivée à Sernos avec une suite telle qu'elle sied à un chef d'état. Quelques soldats, des assistants et l'équipage complet de trois navires, tous capturés par les bawcks. Les avez vous ?
-Nous ne les avons pas trouvés, mais nous n'avons pas fouillé tous les batiments. Il y a quelques combats dans la zone commerciale et quelques pièces fortes qui pourrait servir de prison.»
Dans la cours, le groupe qui accompagnait Deirane rejoignit les trois femmes. Saalyn dévisagea Vespef. Elle lui fit un rapide salut de la tête, puis s'approcha de son amie. «Décidement, tu es pire qu'un chat. Où qu'on te lache, tu retombes toujours sur tes pattes. Où l'as tu trouvée ?
-Je te raconterai plus tard.»
Sous la direction de Beldel, le groupe sortit de l'ambassade et traversa Sernos en direction du palais royal. Ils n'empruntèrent pas le boulevard, mais coupèrent au plus court vers le promontoire. Ils arrivèrent au pied de l'immense masse rocheuse, devant ce qui semblait être une plaque métallique enchassée dans la paroi. Beldel regarda autour de lui pour s'assurer qu'ils étaient seuls. Aussi tard dans la nuit, les rues étaient désertes. Il posa la paume dans un renfoncement, aussitôt une plaque lisse comme du verre s'illumina. Le contour de sa main se dessina dessus. «Identification confirmée, dit une voix sortie du néant, bienvenue capitaine Beldel.» La plaque métallique coulissa, revellant une petite pièce aux parois lisses, apparement dépourvue de porte. Deirane sursauta, de même que les fraakerites, mais ni Vespef, ni Saalyn n'avaient l'air surprises. «Je constate que l'Helaria n'est le seul à utiliser du matériel feytha, remarqua la pentarque.
-Il était en place et il fonctionne. Il aurait été dommage de ne pas s'en servir, répondit Beldel, après tous, vous avez bien quelques lasers feythas et si je ne me trompe quelques autres armes plus puissantes encore.
-Peut être, mais nous ne savons pas les réparer quand ils tombent en panne. Et encore moins en construire d'autres.
-De même que nous avec cet ascenseur. Sur les huit d'origine, seuls cinq fonctionnent encore.»
Quand tout le monde fut entré, les portes se refermèrent. Aussitôt, la pièce se déplaça vers le haut. Deirane fut deséquilibrée par le mouvement. Ce fut la poigne solide d'Öta qui la redressa. Mais ni les Yrianii, ni les Helarians habitués aux ponts mouvants de leurs navires, ne bronchèrent. Quelques vinsihon plus tard, la cabine s'arrêta et la porte s'ouvrit, du côté opposé à leur entrée.
Comme le promontoire était en surplomb, ils n'étaient pas au bord de la falaise, mais éloigné de celle de plusieurs douzaines de perches dans leur dos. Devant eux, se dressait le palais royal d'Yrian. Il était constitué d'un cercle de sept dômes géodésiques d'une centaine de perches de diamêtre situé au centre de l'esplanade et de plusieurs autres dispersé un peu au hasard. Entre les dômes et la pointe du promontoire, un batiment plus récent en pierre avait été ajouté. Un autre au pied de la falaise servait à protéger l'accés routier au palais.
Le capitaine guida les voyageurs jusqu'à l'un des domes. L'endroit étonna Deirane, elle n'avait jamais rien vu de tel. Les matériaux lui étaient inconnus, lisses et brillants, mais loin d'être froids. Ce n'était pas du verre, ni du métal ou du platre. La lumière émanait de plaque dépolies au plafond. Les portes n'avaient pas de poignées, il suffisait de se placer devant pour qu'elles s'ouvrent. L'endroit manifestait une technologie qui dépassait de loin ce dont les actuels Poliniens étaient capables. Même les champions de la technologie qu'étaient les helar'iat étaient incapables de reproduire ces miracles, ils ne parvenaient même pas à comprendre les bases de leur fonctionnement.
L'aménagement des lieux était adapté à sa forme hémisphérique. L'entrée s'ouvrait sur un couloir qui aboutissait à une pièce centrale ronde. Au centre, un escalier en spirale montait vers les étages supérieurs. Plusieurs portes donnaient sur les différentes pièces, dont une salle de bain. C'était la résidence des anciens tyrans feythas. Le roi d'Yrian ne résidait pas là, mais dans le palais de pierre, plus majestueux. L'endroit était reservé aux invités à qui la loi interdisait de dormir au palais, quelquesoit leur rang. Il ne manquait cependant pas de confort. Les Feythas n'aimaient pas le luxe ostentatoire, mais ils aimaient la vie facile.
Les chambres attribuées, le capitaine Beldel se retira. La porte se referma derrière lui. Mais ils n'étaient pas prisonniers ainsi que pu le constater Vespef en essayant de sortir. La pentarque explora ensuite les lieux. La vue de la salle de bain lui arracha une exclamation. Chez elle, elle en avait une plus belle à sa disposition, mais les Yrianii n'étaient pas réputé pour leur art du bain. La baignoire, presque une piscine, était suffisament grande pour accueillir quinze personnes. Elle était pleine d'une eau fumante et parfumée qui semblait constament renouvellée par un léger courant.
Elle rejoignit ensuite les autres dans la pièce centrale. «Réunion d'état major dans mon bureau dans cinq stersihons, annonça-t-elle, Saalyn, Öta, Deirane, Hester, Aster et Gonrak.
-Où est ton bureau ? demanda Saalyn en regardant vers le haut de l'escalier.
-La bas.» Du pouce elle désigna la porte de la salle de bain dans son dos. «Genial, un bain, c'est ce qui me manquait depuis le début de cette expédition.
-Il n'y a pas un autre endroit ? demanda Deirane.
-Gonrak d'accord avec guerrière blonde. Tous puer, bain nécessaire.
-Je n'aurai jamais cru les bawcks si propres, remarqua Saalyn.
-Tu serais surprise, répliqua Deirane.
-Nous en profiterons pour faire disparaitre ça, dit Vespef en désignant le visage tuméfiée de Deirane.
-Ce n'est pas bien grave, répondit l'interessée.
-Demain, nous allons mener un combat dont dépend l'avenir de nombreux helar'iat. J'utiliserai toutes les armes à ma disposition. Ton visage en est une, dit Vespef d'un ton sans réplique.» La pentarque leur tourna le dos pour aller dans sa chambre. «J'avais toujours cru comprendre que Vespef était réputé pour sa douceur, remarqua Deirane.
-Elle l'est, répondit Saalyn, ce qu'elle a fait à l'ambassade ne lui ressemble pas du tout. Mais je suppose qu'elle a bien du en chier ces douze derniers monsihons.»
Quelques vinsihons plus tard, tous ceux convoqués par la pentarque se retrouvaient plongés dans l'eau jusqu'au cou. Hester était un peu géné de se retrouver au milieu de toutes ces femmes, mais ni Ota ni Gonrak ne semblaient s'en formaliser. Après s'être delassée un long moment, Vespef ouvrit le bal. «Demain le roi d'Yrian nous recevra pour diner. Nous voulons tous obtenir quelque chose de lui. Je veux son assistance dans la guerre contre Shaab, Gonrak veut la reconnaissance de leur frontière occidentale et l'arrêt de la guerre, et je suppose que Aster voudra sauver ce qui reste de son pays. Je me trompe ?
-Gonrak pas savoir négocier, répondit le bawck.
-Deirane le fera pour toi.» L'orc aquiesça d'un mouvement de la tête. «Te voila investie d'une lourde responsabilité, remarqua Saalyn.
-N'aie pas peur, je saurai m'en tirer.» Vespef tourna son regard vers la jeune femme noire qui tentait d'attirer son attention d'un geste de la main. «Je ne sais pas s'il reste quelque chose de mon pays. Et si c'est le cas, suis je habilitée à négocier ?
-Il reste beaucoup. On ne peut pas déporter la population entière d'un pays comme ça d'un simple claquement de doigt. Et le gouvernement étant défaillant, c'est au plus apte à le prendre en charge jusqu'à normalisation de la crise. Le plus apte, c'est toi.
-D'accord, et que puis obtenir du roi d'Yrian ?
-L'intégration de Fraker à la Confédération Yriani. La seule route pour atteindre Fraker rejoint la grande route du nord près d'Ortuin. Le blocage de cette ville mettrait fin au trafic.
-Je ne suis pas sûre que mes compatriotes apprécierait l'intégration à la Confédération.
-Ils apprécieront encore moins la perte de leur liberté. L'alternative étant d'intégrer les Frères de la Mer et de négocier un traité avec l'Yrian pour autoriser les armées d'Helaria à traverser ses terres.
-Naïla ne pourrait pas ...
-Naïla n'a pas les forces nécessaires pour cela. C'est une cité état. Ce royaume est l'un des plus grand port du continent après Kushan. Il est très convoité, facilement accessible par la terre et ne bénéficie pas de la sécurité d'un grand royaume autour. Envoyer ses armées au loin serait un suicide.
- Je croyais que Naïla était un grand pays, remarqua Hester, similaire à l'Yrian.
- En dimension c'est exact, répondit Deirane. Mais il est en grande partie vitrifié et il brille dans la nuit. Seule la ville est habitée. Le reste est mortel si on y réside trop longtemps.» Vespef disparu totalement sous l'eau pendant quelques tôsihons avant d'émerger.
«Quel est le plan ? demanda Aster, je suppose qu'il y a une stratégie pour faire passer toutes nos demandes.
-La tenue. La séduction est une arme terrible. Nous allons éblouir le roi. Aster, tu es garde du palais de Fraker. Ta tenue découle donc de ta fonction.
-Désolée, si j'agis en tant que diplomate, je devrais avoir une tenue de diplomate, riposta la fraakerite.» Les paroles de l'humaine étaient sans appel. Son visage l'exprimait clairement. «Tant pis, laissa tomber Vespef. Passons à toi Deirane. Ta particularité est ton tatouage. Tu devras le mettre bien en évidence.
-J'ai trente ans, rétorqua Deirane, je doute que le roi veuille voir une vieille peau telle que moi alors qu'il a tant de jeunesses autour de lui.
-Menjir est plus agé que toi. Et tu es une très belle femme, il te trouvera très à son goût.
-Je préfére ne pas prendre le risque et m'habiller comme il convient pour une femme de mon âge. Ce tatouage m'a gaché la vie, je ne veux pas insister dessus si je n'y suis pas forcée.» Vespef n'insista pas. De toute évidence le sujet restait toujours sensible malgré le temps écoulé. «Saalyn ?» Le ton était desabusé, comme si elle doutait de la coopération de la stoltzin. «Avec un bras en echarpe et des cicatrices encore visibles sur le ventre, les choix sont limités, répondit la guerrière. Un décolleté vertigineux et une robe courte, je ne pourrai faire plus.
-On s'en contentera. Vous êtes dûres en affaire toutes les trois. Vous avez un potentiel immense mais vous refuser de l'utiliser. Avec trois personnes telles que vous, je pourrais conquérir le monde entier.
-Pourquoi n'utilisez vous pas vos propres charmes ? demanda Aster. Ils sont considérables. A côté de vous, on n'a l'air de rats morts.
-Je suis la reine d'Helaria. Je ne peux pas me permettre cela. » L'arrogance des paroles de la pentarque étaient démenties par son sourire. Elle envisageait sérieusement d'utiliser ses charmes contre le roi d'Yrian. Malgré cette évidence, Saalyn ne put s'empêcher de fournir une explication. « Elle ne monnaye plus ses charmes depuis la guerre contre les royaumes gems, expliqua Saalyn.
-Il n'y a pas de royaume gems, remarqua Hester.
-Il n'y a plus de royaume gems, retorqua Saalyn, les Feythas les ont rayés de la carte. Mais par le passé, ils étaient nombreux et puissants. Une faible population mais leur magie compensait largement. Ils ont faillis prendre le contrôle du monde. C'est pendant cette guerre que Calen a perdu la vue.
-Gonrak accepte de mettre mini-pagne, intervint le bawck, pour séduire roi d'Yrian.» Tout le monde eclata de rire. «Merci, dit Vespef, j'y penserai.
-Vous ne ressemblez pas vraiment aux orques installé près de mon royaume, remarqua Aster.
-Pour des missions dans les royaumes humains, on n'envoit pas n'importe qui, expliqua Deirane. Et la plupart sont assez intelligents pris dans leur domaine de compétence. Après tout, ce sont les bawcks qui ont la maitrise la plus approfondie de la forge.
- Inutile de défendre vos employeurs, intervint Saalyn, ça fait plusieurs siècles que je fréquente les orcs. Je connais leur valeur.
-De toute façon, intervint Hester, nous n'avons pas nos affaires avec nous. Nous devrons porter ce que le roi d'Yrian nous donnera.
-C'est pas faux, répondit Vespef. Nous verrons si Menjir a bon goût.» Aster rameni la discussion sur son sujet initial. «Savoir comment on s'habille est bon. Mais notre stratégie.
-Elle me semble élémentaire. Je commence car j'aurai la pilule la plus dure à faire passer. En comparaison, vos demandes lui sembleront raisonnables. Deirane ensuite traitera pour les bawcks. Si elle réussit, la route pour Fraaker sera de nouveau bloquée. Cette adhésion à la confédération Yriani qui semble te causer tant de problème sera alors inutile.
-Ca me convient parfaitement, dit Aster.
-Pour les détails, je fais confiance à vos talents respectifs.
-Tu penses y arriver, demanda Saalyn à Deirane.
-Je pense, répondit elle.
-J'ai pleinement confiance en Deirane, dit Vespef.
-Je suppose que tu as des renseignements que je n'ai pas, conclut elle.
-Encore heureux, j'aurai l'air de quoi en tant que pentarque autrement» Puis Vespef s'immergea totalement dans l'eau. Le conseil de guerre était fini.
Au bout de quelques stersihons, Aster et Hester commencèrent à s'affoler. Mais comme ni les helarians, ni Deirane ne semblaient inquiets, ils ne bronchèrent pas.
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