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Les mines de l'Ocarian

La fuite

Comme l'avait dit Saalyn, la route était facile. Il suffisait de descendre l'Unster jusqu'à son embouchure. L'Helaria était situé en mer un peu au large, baignant en partie dans les eaux douces du fleuve géant. Il n'y avait qu'un obstacle à passer : l'Yrian et son chef lieu Elim. C'était un plateau très fortement irrigué par de nombreux ruisseaux descendant des montagnes qui le rendaient très fertile. Il avait une forte densité de villages agricoles. Et la seule ville d'Elim qui contrôlait la province était à elle seule trois fois plus peuplée que la totalité de l'Helaria.

Saalyn décida donc de passer sur la rive gauche de l'Unster. Elle était totalement déserte. C'était le territoire des terribles lézards-dragons, ces immenses prédateurs bipèdes qui considéraient les stoltzt comme une friandise. Il fallait une barrière telle que le fleuve ou les montagnes du nord pour les arrêter. Mais ils ne fréquentaient pas les épaisses forêts. Le voyage promettait donc d'être tranquille, ainsi qu'elle l'expliqua au groupe de fuyards.

Ils déchantèrent rapidement. La traversée elle-même se fit sans problème. Les stoltzt étaient d'excellents nageurs et même l'Unster n'était pas un obstacle. En revanche la marche se révéla malaisée. Sur la rive même, la végétation luxuriante entravait toute progression. Ils furent obligé de pénétrer un peu à l'intérieur de la jungle, vierge de tout chemin, les obligeant à se tailler un passage. Les outils en pierre se trouvèrent vite dépassés, seule l'épée de Saalyn et les armes qu'ils avaient pris à leurs geôliers semblaient faire preuve d'une relative efficacité contre les lianes qui tombaient des arbres, les branches qui leur cinglaient le visage ou les buissons impénétrables. La progression était très lente. Il leur fallu deux jours pour atteindre les premières pentes du plateau d'Yrian.

Avec l'altitude, l'humidité ambiante diminua et la végétation devint moins dense. Sur cette rive, isolée de la montagne par l'Unster, les pluies étaient la seule source d'eau. Les arbres étaient plus espacés, les lianes plus rares, les buissons moins luxuriants, la marche s'améliora. Au bout d'une heure la jungle fit place à une steppe herbacée. A partir de là, atteindre le sommet fut rapide. Saalyn et ses compagnons d'évasion regardèrent le paysage qui s'offrait à leur yeux. Après la débauche végétale qu'ils venaient de quitter, le plateau pelé offrait un contraste saisissant.

Les fuyards décidèrent de bivouaquer. Pendant que quelques hommes préparaient le campement, Saalyn parcouru la centaine de pas qui la séparait du canyon divisant le plateau d'Yryan en deux moitiés inégales. L'autre partie était trop loin pour qu'on y distingua quelque chose de net, mais elle savait que s'y trouvait la plus grande ville agricole de l'empire. Meton la rejoignit. «Un cel 1 pour tes pensées, dit-il.
- Il y a sûrement des esclaves à Elim, dit-elle.
- Sans aucun doute. Un jour nous irons là-bas.
- Mais quand ? Il y a tant à faire et nous sommes si peu nombreux. Je ne pourrai jamais les sauver tous.
- On ne te le demande pas. Wotan ne t'a rien demandé de tel.
- Nous n'allons pas les laisser croupir quand même ? dit-elle d'un ton véhément.
- Non, bien sûr, mais d'autres équipes nous rejoindront bientôt. Et regarde où tu en es aujourd'hui. Si tout les mois tu ramènes autant d'esclaves, tu auras doublé la population du royaume avant douze ans.
- Tu n'as pas tord.
- Maintenant range ces pensées et vient dormir. Demain une longue journée nous attend. » Docilement, la stoltzin se laissa entraîner vers les hommes qui avaient commencés à s'installer pour la nuit.


La traversé de l'Yrian fut rapide. Quelques jours suffirent pour atteindre sa bordure sud. Saalyn décida de retourner sur la rive civilisée du fleuve plutôt que de continuer dans cette jungle. La majeure partie de la zone entre le delta du fleuve et leur position était occupée par un marécage parsemé de villages de paysans. Mais l'empire avait fait tracer une route large pour faciliter le déplacement de ses troupes. Aussi loin au sud, la guerrière s'estimait hors de danger. Autant prendre la voie la plus facile.

La troupe retraversa donc l'Unster. A la sortie du canyon qui l'enserrait lors de sa traversé du plateau, le fleuve s'était étalé paresseusement sur plusieurs milliers de pas de largeur. Le courant faible ne posa aucun problème à des nageurs tels que les stoltzt. Marcher dans le marécage fut plus pénible. Saalyn et Meton n'avait jamais rencontré un tel environnement, leur île était trop sèche pour ça. Heureusement, cela dura peu de temps. Très vite, ils arrivèrent à la grande route impériale. Ils reprirent leur marche vers le sud.

Le soir, ils atteignirent leur premier village. Saalyn, Meton et Ancaf s'étaient cachés dans les fourrêts pour l'observer. C'était un rassemblement d'une dizaine de masures au sommet d'une butte. Un village pauvre et peu peuplé comme tous ceux de cette partie de l'empire. «Ils ne présentent aucun danger, remarqua Saalyn. Mais il vaut mieux les contourner.
- Il n'y a que cinq adultes, non six. Et aucun guerrier. On ne devrait pouvoir les maitriser facilement, remarqua Ancaf.
- Pourquoi les attaquer, demanda Meton, les contourner est plus discret.
- Mais moins profitable. Nous pourrions nous emparer de leurs biens.
- Nous ne sommes pas des voleurs, dit Meton.
- Et de toute façon, ils n'ont rien. Ça m'étonnerait qu'il y ait plus de deux cels pour tout le village, ajouta Saalyn.» Meton se déplaça légèrement pour avoir un autre angle de vue. «Je me demande où sont passé les autres adultes, murmura-t-il.
- Il faudrait savoir où se trouvent leurs champs pour éviter de tomber sur eux par hasard.» Le guerrier hocha la tête aux paroles de sa chef. Mais Ancaf continuait sur son idée. «Je persiste à penser que l'attaque est la meilleure option.
- Pas question, laissa tomber Saalyn.» Silencieusement, elle quitta son poste pour rejoindre les autres évadés. Tout en la suivant, Ancaf manifesta son mécontentement sur les plantes qui l'entouraient.

Leurs compagnons les attendaient un peu à l'écart, planqués dans un petit bosquet qui émergeait de la fange. Pour l'atteindre, Saalyn dut traverser un bras d'eau croupie dans lequel elle s'enfonçait jusqu'à mi-cuisse. Soudain, alors qu'elle remontait sur la berge, son pied glissa. Elle n'était pas habituée à un milieu aussi visqueux. Elle tenta de se rattraper. Sa tête heurta violemment le tronc d'un arbre abattu. Meton se précipita pour l'aider. Zimoa arriva juste avant lui. Il retourna le corps inerte. Sous le choc, la stoltzin s'était assommée, un filet de sang lui coulait du front. «Amenez là jusqu'ici, ordonna Elia.» Les deux stoltzt la trainèrent jusqu'à l'endroit que la jeune fille désignait et ils l'allongèrent. Elle examina son ainée. «Rien de grave, dit-elle.» En effet, la guerrière commençait déjà à s'agiter.

En assistant à l'accident, Ancaf ne put retenir un sourire. Sa défaillance l'arrangeait. Il savait que jamais les fuyards ne se rangeraient à ses côtés s'il revendiquait le commandement. Et il était assez réaliste pour se rendre compte qu'au corps à corps il n'avait aucune chance de la vaincre, c'était une guerrière entrainée, pas lui. Néanmoins, en discutant avec les anciens esclaves, il savait sur qui il pouvait compter en cas de besoin. La plupart étaient les membres de son ancienne bande, frustrés d'avoir perdu l'influence qu'ils avaient sur leurs compagnons il y a peu de temps encore. Il rejoignit son ancien second pour discuter avec lui. Quelques instants plus tard, une poignée d'individus s'éclipsaient discrètement.

Meton et Elia aidaient Saalyn à se remettre debout quand les premiers hurlements retentirent. Saalyn tourna la tête vers leur origine, le village. Elle tenta quelques pas dans sa direction, sa démarche chancelante l'obligea à se rattraper à l'arbre le plus proche. De la tête, elle fit signe à Meton d'aller voir.

Le guerrier revint rapidement. Il avait le visage noir, signe d'une émotion intense. Adossée à un arbre, Saalyn attendait son rapport. «Ancaf a attaqué le village avec ses complices.
- Des victimes ?
- Tous, ils les a tous tués, même les enfants.» Saalyn ferma les yeux. Elle réfléchissait à ce qu'elle allait faire quand Ancaf reviendrait.



L'ancien esclave évita à la guerrière de prendre une décision difficile car il ne revint pas. Il avait choisi de se séparer définitivement de Saalyn et des siens la laissant avec les difficultés qu'il avait crée. La première était les villageois qui étaient accourus aux cris des leurs. En découvrant le massacre, ils avaient organisés une battue obligeant les esclaves à se remettre en route malgré la nuit qui tombait. Le second problème leur arriva dessus quelques jours plus tard. En restant sur la route, ils avaient failli se faire surprendre. Les soldats ne faisait pas que passer, ils les cherchaient, les villageois avaient donné l'alerte. Les fuyards durent redoubler de précaution, marchant dans une eau nauséabonde la plupart du temps. Leur progression était lente, il leur fallut presque un mois pour atteindre le delta de l'Unster.



A deux jours de marche de son embouchure, l'Unster se divisait en deux bras, un si large que la rive opposée était invisible et un plus étroit, trois à quatre portées de flèche au maximum qu'ils envisageaient de traverser. Entre eux, se trouvait une grande ile boisée qui abritait un petit royaume forestier. Pour éviter le port et sa garnison, les fuyards s'étaient rapprochés des montagnes. Quand elle s'estima en sécurité, Saalyn envisagea la traversée.

Au bord de l'eau, la guerrière examinait la rive d'en face. Elle avait pensé à prendre une barque dans l'un des nombreux villages de pêcheurs du sud de l'empire, mais elle y avait renoncé. Ils étaient bien plus grands que les hameaux du marécage, bien mieux protégés. Les troupes faisaient des passages fréquents pour protéger les habitants des attaques pirates. Il n'y avait qu'une seule solution, nager.

Elle se tourna enfin vers ses compagnons. «On y va, dit-elle, de l'autre côté du fleuve c'est le Yeun Ellez. Nous y serons en sécurité.»

Elle n'eut que le temps de délacer sa tunique. Un craquement dans le sous bois attira l'attention de Meton. «Il y a quelqu'un sous les arbres, cria-t-il en tirant son épée.» Un cri de défi lui répondit. Les fuyards se jetèrent à l'eau pendant que Meton et Saalyn se positionnaient, leur arme dressée. Des soldats s'élancèrent sur la plage. Le guerrier se précipita à la rencontre du premier et engagea le combat avec lui. «Laisse tomber, ordonna Saalyn, ils sont trop nombreux.» Elle plongea dans le fleuve, suivie par son compatriote.

En voyant les archers se positionner sur la rive, elle sonda. Autour d'elle, une pluie de flèche cribla l'eau. Amorties, elles ne présentaient plus aucun danger. Assez rapidement, ils furent hors de portée, elle remonta à la surface pour respirer. Elle compta les nageurs qui l'entouraient. Deux manquaient à l'appel. Leur corps dérivaient vers l'aval, laissant une trainée rouge derrière eux. Elle prit la tête du reste de sa troupe.

Alors qu'ils atteignaient presque leur destination, l'un d'eux poussa un cri. Il montra un bateau qui arrivait dans leur direction. Ils ont fait vite, pensa Saalyn. Il devait certainement être amarré dans un village de pécheur du voisinage. Vu leur faible importance, elle doutait qu'il soit là pour eux, mais les Ocar'iant avaient profité de l'occasion. La berge était proche aussi ne s'inquiéta-t-elle pas. Cette lourde embarcation peu manœuvrable ne risquait pas de les rattraper.

Lorsqu'ils qu'ils reprirent pied, le navire était encore trop loin pour les menacer de ses armes. «Dépêchons nous, lança Saalyn, nous sommes hors de l'Ocarian, ils n'ont pas le droit de venir ici. Mais il ne faudrait pas trop les provoquer, je serais plus rassurée quand nous aurons atteint un village sous le contrôle du primat d'Ellez.» Les stoltzt ne se firent pas prier. Ils avaient conscience du danger. Sans même prendre le temps de se sécher, ils se mirent en route.

Il ne leur fallut pas longtemps pour atteindre la première communauté. Le long de ce bras calme et poissonneux du fleuve, les pêcheurs étaient nombreux. Et d'autres villages plus enfoncés dans la forêt, comme celui qu'ils venaient d'atteindre, leur fournissaient bois, outils, gibier et produits végétaux en échange du poisson. Tout le nord du Yeun Ellez était peuplé de communautés prospères, alors que le sud, en butte aux attaques pirates et à la violence des tempêtes maritimes était plus désert.

Le village qu'ils avaient atteint était constitué d'une dizaine de huttes disposées en cercle autour d'une grande place, lieu principal de leur activité. Pour l'heure, ils étaient en train de faire sécher la viande sur de grands feux qui dégageaient peu de chaleur mais beaucoup de fumée. Ainsi préparée, la viande devenait coriace, mais elle pouvait se conserver des mois durant, ce qui était fort utile pour traverser la mauvaise saison dans ces régions méridionales.

En traversant le village avec son groupe, la stoltzin regarda autour d'elle avec beaucoup d'intérêt. Elle l'éveilla aussi chez les autochtones, mais sans que personne ne réagisse. «Nous pourrions peut-être leur acheter de la nourriture, proposa Meton.
- Excellente idée.» Elle chercha du regard une personne de responsabilité et ne tarda pas à la trouver. Sortant d'une hutte que rien ne distinguait des autres, un petit groupe venait à leur rencontre. Ils étaient armés de sagaie mais ne semblaient pas menaçants. Celui qui était en tête n'avait pas d'arme, certainement le chef. Il avait l'air très jeune, mais cela ne voulait rien dire. Il pouvait bien être âgé de plusieurs siècles.

Le chef prononça quelques paroles dans une langue totalement inconnue. Les langues de l'Ocarian et de l'Helaria avaient quelques points communs. Ces deux peuples provenaient de l'éclatement du Vornix, deux mille ans plus tôt. Mais l'Ellez était totalement différent. Les sons qu'il prononçait n'éveillaient aucun écho en elle. Le chef s'en aperçut, il repeta ses paroles en Ocarian.

Après les salutations d'usages, ils entrèrent dans le vif du sujet. Saalyn cherchait à acheter la viande et les fruits nécessaires à la poursuite de leur voyage. Les villageois n'y voyaient pas d'inconvénients mais les ex-esclaves étaient démunis. Les négociations étaient serrées entre les deux interlocuteurs. Les fuyards, intéressés par la discussion, se rapprochèrent. A l'évocation des besoins du village, l'un d'eux tapa sur l'épaule de la stoltzin pour attirer son attention. Elle demanda une suspension et s'écarta avec celui qui l'avait interrompu. Tyres, se souvint elle. «Je crois comprendre que ce qui leur manque ce sont les outils, dit il.
- En effet. Leurs outils sont en mauvais état. Ils ne sont pas assez riches pour se procurer des outils en métal. Le silex se casse facilement et ils n'ont pas de tailleurs.
- Un tel village produit suffisamment pour entretenir un tailleur de silex. Et si l'endroit semble pauvre en nodules, les pierres brutes sont moins couteuses à négocier que les produits finis.
- Ou veux-tu en venir ?» Du doigt, il désigna le petit couteau en obsidienne qui pendait à la ceinture de Saalyn. «Les outils de pierre que vous possédez Meton et toi sont d'excellente facture. Les tailleurs Helar'iat sont compétents. Si je vous accompagne je ne serai qu'un tailleurs parmi d'autres. Ici, par contre, je pourrai devenir une personne importante. Mon talent sera apprécié.» Saalyn prit le temps de réfléchir à la proposition. «Il sera apprécié en Helaria aussi. On n'a jamais trop de bon artisans. Es tu sûr de vouloir rester ici ?
- Oui, répondit il sans hésitation.
- Et si les gardes ocar'iant viennent jusque ici, que feras-tu ?
- Comment sauront-ils que je ne suis pas un villageois mais un esclave en fuite ? Ils ne connaissent pas mon visage, je n'ai aucun signe distinctif.
- Très bien. Je vais parler de ton offre à Lovo.» Elle rejoignit le chef du village et reprit sa discussion là où elle l'avait laissée.

Quelques minutes plus tard, le petit groupe repartait, un membre en moins mais chargé de nourriture et sans avoir dépensé aucune de leurs rares pièces de cuivre.



Il n'avait pas fait quelques centaines de pas dans la forêt que des cris retentirent derrière eux. Saalyn stoppa le groupe et reparti en arrière pour voir. Elle revint rapidement. «Les Ocar'iant ont envahi le village. Ils ont violé la souveraineté de l'Ellez.» Le groupe accueillit la nouvelle avec désolation. Ils se croyaient en sécurité. Mais la traque n'était pas finie. Jusqu'où se prolongerait elle ? «Ils s'en sont pris aux villageois ? demanda Zimoa.
- Ils les ont un peu bousculés, mais personne n'a été blessé, répondit-elle.
- Même Tyres ?» Elle hocha la tête. Rassurés sur le sort de leur ancien compagnon, ils reprirent la route. Mais l'ambiance joyeuse qui animait le groupe avait disparu.

Le lendemain, les soldats ne les avaient toujours pas rattrapés. Ils n'étaient pas loin derrière pourtant. Mais ils s'empêtraient dans tous les pièges de la forêt alors que par miracle les fuyards passaient au travers. Meton finit par remarquer des mouvements dans les frondaisons. Il le signala à Saalyn. «J'ai remarqué, répondit-elle, on est surveillé.
- À ton avis, ils sont hostiles.
- Oui. Mais pas pour nous.
- C'est eux qui retardent les soldats ?
- Et qui nous protègent.
- Mais pourquoi font ils çà ?
- Si une armée envahissait Helaria pour poursuivre des fuyards, ne ferais-tu pas pareil ?» Le coeur plus léger, Meton rejoignit sa place en fin de groupe. Au passage, il transmit l'information à quelques personnes. La joie revint.

Il leur fallut deux jours pour atteindre la route qui longeait le bras majeur de l'Unster et un de plus pour arriver aux portes de Yeun, la capitale. La ville qui se dressait devant eux était petite selon les critères de l'Ocarian, mais avait une allure de métropole aux yeux d'un Helar'ia. Située à l'intersection de deux routes, elle semblait constituée d'un rassemblement de village chacun ayant sa place centrale entourée de huttes, sauf que celles-ci étaient bien plus grandes et bien mieux entretenues que celles qu'ils avaient vu jusqu'alors et que des considérations esthétiques avaient présidées au choix des matériaux. Un bâtiment qui semblait fait de plusieurs huttes proches reliées entre elles par des passages couverts dominait l'ensemble : le palais du primat. Le long de la rive, une poignée de bâtiments rectangulaires servaient d'entrepôts au port qui s'étalait sur la berge. Une palissade, percée de portes à l'endroit où les routes entraient en ville protégeait l'ensemble. La faiblesse des défenses en disait long sur la quiétude de l'endroit.

Le groupe se présenta à la porte la plus proche. Un garde les arrêta. «Helar'iat ? demanda-t'il en Ocar'ian.
- Oui, Saalyn maître guerrier libre et Meton maître guerrier, répondit Saalyn, nous escortons ces gens. Nous ne faisons que passer.
- Vous êtes attendu au port, dit-il.» Et il s'effaça pour les laisser passer.
Saalyn ne pu s'empêcher de sourire. Non seulement l'envoyé de Wotan était ponctuel, mais en plus le pentarque avait éliminé toutes les difficultés. Peu de rois auraient laissé entrer une telle troupe dans leur capitale avec autant de facilité. A moins que ce soit une réaction à l'incursion de l'Ocarian sur leurs terres. Le salut respectueux que lui adressa le garde la fit pencher vers la seconde solution. Les fuyards entrèrent dans Yeun sans autre formalité.

Le port, à l'image du reste de la ville, était petit mais bien équipé. Trois pontons en bois permettaient aux bateaux de s'amarrer. L'un d'eux était occupé par une petite flottille de barques devant laquelle des marins s'occupaient en jouant aux dés. Saalyn eut une surprise en reconnaissant celui qui était à leur tête. «Maitre Braton, s'écria-t-elle.
- Maitre Saalyn, ça fait plaisir de te revoir après tout ce temps. Tu n'as pas changé.» Meton regarda avec curiosité ce stoltzt qui en moins de quinze ans avait réussit à révolutionner la pentarchie avec ses inventions et ses idées nouvelles. Son futur roi si les rumeurs qui en faisaient l'héritier de Wotan disaient vraies. «Je vois que ta mission a réussi, remarqua Braton en détaillant le groupe qui l'accompagnait.
- Avec succès. Et vous, pas de difficulté ?
- Un peu au début. Le primat refusait de nous laisser aborder pour vous attendre, malgré la médiation de Muy. Puis brusquement, il y a trois jours tout s'est brutalement débloqué.» Ce résumé succint confirma l'hypothèse de Saalyn, les Ell'ezt voyaient d'un mauvais œil le raid ocar'ian. Ils feraient tout pour qu'il échoue.



A l'avant de la première barque, Saalyn regardait l'île d'Helaria. Elle approchait trop lentement. Leurs embarcations étaient trop lentes. Ils avaient réussi à prendre un peu d'avance sur l'armée d'Ocarian et l'empire n'allait jamais réussir à obtenir les navires qu'il réclamait à la primauté. Mais tôt ou tard, ils allaient se lancer à leur poursuite. A ce moment là, elle préférait qu'ils soient à l'abri des défenses de la pentarchie.

Brusquement, un homme montra quelque chose du doigt. «Regardez là-bas». Un bateau émergeait de l'embouchure de l'Unster. Par chance, il était à peine plus gros que le leur, il allait donc mettre du temps pour les rattraper. Mais il n'était pas seul, toute une flottille ne tarda pas à le rejoindre. Ce que la primauté leur avait refusé, ils l'avaient pris de force. L'Ocarian allait vraisemblablement avoir quelques problèmes diplomatiques avec sa frontière sud dans les mois à venir.

La poursuite s'engagea. Les Helar'iat avaient de l'avance mais les Ocar'iat les remontaient peu à peu. Saalyn estimaient qu'ils les rattraperaient un peu avant leur destination.

Un mouvement se fit sur l'île en face d'eux. Un instant plus tard, un rocher s'écrasa dans l'eau, un peu en avant de l'embarcation de tête des poursuivants. Des vivats accueillirent cette manifestation de puissance. Les défenseurs de la pentarchie n'avaient pas cherché à couler les Ocar'iant, c'était un coup de semonce pour les prévenir qu'ils entraient sur le territoire d'un royaume indépendant et leur enjoindre de faire demi-tour. Le capitaine ocareian donna l'ordre à sa flottille de se disperser pour constituer des cibles moins faciles mais ne renonça pas.

Saalyn ne se faisait aucune illusion. Les catapultes étaient efficaces contre des gros navires. Mais les barques de pêcheurs qu'ils utilisaient tous constituaient des cibles bien plus petites, difficiles à atteindre. Toutefois la manœuvre les ralentit, donnant aux fuyards un délai supplémentaire, peut-être celui qui allait leur sauver la vie.

«Passe au nord, ordonna Saalyn au barreur, entre l'île et le continent.
- C'est plus long, ils risquent de nous rattraper si on passe au nord, remarqua-t-il, et le courant nous entraine au sud. On y arriverait plus facilement.
- La côte devant nous est déserte, personne n'y vit. Vu leur respect de la souveraineté ces temps-ci, ils n'auraient aucun scrupule à nous y poursuivre. La côte nord nous assurera une meilleure protection. Et nos poursuivants aurons les mêmes difficultés pour aller dans cette direction. Et je ne veux pas qu'ils voient ce qu'on prépare au sud, murmura-t-elle.
- Tu veux te mettre sous la protection de Jimip, d'accord.» Le barreur infléchit légèrement la trajectoire selon les indications de la guerrière libre.

Les Ocar'iant les avaient presque rattrapé quand ils s'engagèrent dans le bras de mer qui séparait l'île du continent. La première ville, visible seulement par les ouvertures creusées dans la falaise, fut dépassée, mais le barreur n'accosta pas. Leur cible était Jimip, la forteresse de l'Helaria, seul endroit où trouver des forces suffisantes pour résister aux Ocar'iant. Depuis, il gardait le cap rivé sur le décrochement dans la falaise qui masquait la ville à leurs regards.

Devant les portes de Jimip, les habitants s'affairaient, pêcheurs retournant au port ou charpentiers qui retapaient les coques. Les fuyards et leurs poursuivants ne tardèrent pas à être repérés. Maintenant que les bateaux s'étaient engagés dans ce que l'Helaria considérait comme son domaine privé, les coups de catapultes n'avaient plus pour but d'effrayer mais de détruire. Deux barques avaient été coulées, six avaient pu passer. Les survivants avaient rejoint le bord à la nage où les habitants les avaient capturés. Mais toujours aucune trace des soldats de la pentarchie.

Au signal de Saalyn, les trois barques d'esclaves accostèrent. Il restait encore un millier de pas pour rejoindre Jimip. Encouragé par les habitants de la ville, les fuyards s'élancèrent au pas de course. La guerrière et son compatriote surveillaient que personne ne traine avant de les suivre. Les soldats ocar'iant les imitèrent.

Saalyn dégaina son épée et se retourna, faisant face à ses poursuivants. Ils étaient une bonne centaine. Trop pour elle. Il s'arrêtèrent pourtant. Le capitaine se plaça devant elle, hors de portée de son arme. «Tu deviens raisonnable, dit-il, tu as décidé de te rendre.
- Au contraire, je vous laisse une chance de vous en sortir vivant en renonçant et en me remettant vos armes.» Il éclata de rire et se tourna vers ses hommes. «Vous entendez vous autres, elle veut qu'on se rende.» Les soldats rejoignirent leur commandant dans son hilarité. «Et c'est toi qui va nous vaincre, seule.
- Non, c'est moi.»

La personne qui venait de prononcer ces mots étaient hors du champ de vision de Saalyn mais elle reconnu aussitôt la voix. «Wuq, murmura-t-elle, tu sais ménager tes effets.» La petite stoltzin étaient si menue qu'elle ressemblait à une enfant, si ce n'est sa silhouette indéniablement féminine. Elle n'aurait rien eu de menaçant si elle n'avait été accompagnée d'une troupe de soldat presque aussi nombreux que les Ocar'iant. Ils étaient là pour la galerie. Combattante expérimentée et puissante magicienne, Saalyn était sûre que malgré sa fragilité apparente elle pouvait vaincre les envahisseurs à elle seule.

Le capitaine estima rapidement les forces en présence, il avait encore l'avantage. Ses hommes étaient plus nombreux et leurs armes meilleures. «Poussez vous jeune fille, nous sommes à la poursuite d'esclaves en fuite.
- Pas ici, répondit Wuq, l'Helaria est un état souverain, vous n'avez rien à faire ici.» Elle avait les mains sur les hanches vaine tentative pour se rendre plus imposante. «Je suis Dos, capitaine de l'armée d'Ocarian, ce n'est pas vous qui m'empêcherez de remplir ma mission.
- Je suis Wuq, pentarque d'Helaria. Vous ne passerez pas sans un accord diplomatique entre nos pays et je doute que vous l'obteniez. Partez d'ici et envoyez nous un ambassadeur si vous voulez continuer votre mission à l'avenir.
- Un accord diplomatique entre l'empire d'Ocarian et ... et ... comment dites vous déjà, l'Heli...» Wuq haussa juste un sourcil, un simple geste qui effrayait Saalyn quand il s'adressait à elle. Mais le capitaine ne connaissait pas la pentarque aussi bien que la guerrière. Il ne prit pas la mesure du danger. «Soit, je vais passer en force, dit-il. Ça va être un vrai massacre si vous ne vous montrez pas plus raisonnable.
- L'Ocarian a perdu une division en Yeun Ellez, veut-il en perdre une seconde ? En moins d'un jour, ça fait beaucoup en temps de paix.
- Et vous allez mourir en masse.» De la main, elle désigna la falaise. Le capitaine, peu habitué aux habitations troglodytes, l'avait oubliée. Il leva la tête. Trop haut pour qu'il puisse s'en protéger, les fenêtres de la cité étaient toutes occupées par des archers. Tous avaient une flèche prête à être décochée. Il avait eu raison, ça allait être un massacre, mais pas celui qu'il avait prévu.

Le capitaine Dos s'inclina devant Wuq. «Madame, dit il, je vais me retirer. Mais croyez bien que cet affront ne restera pas impuni. Je vais en aviser mon empereur qui prendra les mesures qui s'imposent.
- Mais faite, nous attendrons votre ambassadeur et nous le traiterons avec le respect qui lui est du.» Le militaire s'inclina. «Vous ferez moins la fière dans quelques jours.
- J'en doute. L'Helaria est une nation indépendante. Et nous avons les moyens de nous défendre.» Il jeta un coup d'œil sur les défenses de l'île, les hautes falaises surmontées de catapultes, la ville à l'épaisse porte de bois protégeant des couloirs certainement truffés de pièges contre les envahisseurs. Le royaume ne serait pas facile à prendre en effet. Les Helar'iat avaient tiré la leçon de l'attaque pirate. Pirates qui comptaient quelques magiciens dans leurs rang, ce qui n'était pas le cas de l'Ocarian. «Adieu madame, j'espère ne pas revenir ici, car se serait pour vous detruire.
- Adieu capitaine.» Il fit un bref salut de la tête, puis se tourna vers ses hommes. Un instant plus tard, les Ocar'iant quittaient la pentarchie.



Les deux diplomates étaient installés dans le petit salon attenant à la salle du trône. L'ambassadeur de l'Ocarian, en costume de soie chamarré contrastait avec la tenue noire, austère, du pentarque. Wotan reposa la tasse d'infusion sur la soucoupe. «Je peux vous assurer qu'il n'y a aucun esclave en fuite sur cette île, dit-il.
- Où sont ils donc dans ce cas ?
- Pas sur mon île.
- Pourtant une de nos divisions les poursuivait quand votre armée nous a attaqués. Pourquoi cela si ce n'est pour les protéger ?
- Notre attaque n'avait pas pour but de protéger des fuyards, mais de repousser une armée etrangère qui envahissait notre territoire. Nous n'avons fait que nous défendre.
- Nous n'avions aucune intention de nous envahir.
- Comment pouvions nous le deviner ? Il y a quelques mois à peine, une attaque pirate a décimé mon peuple. Et même l'aurions nous su, cela n'aurait rien changé. Laisser passer une armée sur nos terres aurait constitué une atteinte grave à notre souveraineté.
- Je comprend parfaitement cela. Ces esclaves sont cependant passé ici. Que sont-ils bien devenus ?
- Comment le saurais-je ? Tout ce que je peux dire est qu'ils ne sont plus ici maintenant.» L'ambassadeur but une gorgée d'infusion avant de continuer. «Il semblerait toutefois que ces esclaves se soient enfuis grâce à une complicité extérieure.
- En êtes vous bien sûr ?
- Ce sont des hypothèses bien sûr, mais fortement étayées.
- Et qui serait responsable ?
- Nous l'ignorons. Toutefois, nous constatons que sitôt en fuite, ces esclaves se sont dirigés par ici.
- Nous accusez vous ...
- Nullement. C'est juste un constat
- L'Helaria est peuplé d'à peine trois mille habitants, sans compter les enfants. Selon vous, disposons nous de la puissance nécessaire pour organiser une telle opération.
- Cela semble en effet improbable.
- Je ne vous le fait pas dire.
- Dans ce cas, il semble bien que vous ne pouvez pas nous aider. Je vais donc me retirer.» Wotan se leva pour raccompagner l'ambassadeur à la porte. «Je suppose que vous êtes pressé de rapporter notre entretien à votre empereur. Je vais vous faire fournir une escorte pour vous ramener diligemment à la frontière.
- A vrai dire, l'Helaria offre une palette de plaisirs rarement égalée en d'autre lieu. Je comptais rester quelques jours ici à profiter des avantages de votre petite île. Peut-être même ramener une tapisserie pour décorer mon intérieur.» Wotan éclata de rire. «Vous êtes un excellent diplomate. On vous croirait presque. Seulement, vous êtes trop professionnel pour faire passer votre plaisir personnel avant votre mission.» L'ambassadeur avait compris. Il était mis dehors. Poliment, mais fermement. Il n'était pas le bienvenu en Helaria, pas plus qu'aucun Ocar'ian. Après les salutations d'usages, les deux hommes prirent congés.

Dès que la porte fut refermée sur l'Ocareian, Wotan écarta une tenture et passa dans son bureau. Saalyn l'y attendait, installée sur le divan défoncé qui occupait un pan de mur. «Tu as tout entendu ? lui demanda Wotan.
- Tout. Ce n'est pas beau de mentir.
- Je n'ai pas menti. Il n'y a plus aucun esclave sur cette île. Ils ont tous été transférés sur nos nouveaux territoires à l'est.
- Tu n'as pas vraiment dit la vérité non plus.
- C'est ça la diplomatie.» Wotan marqua une pause pour bien faire ressortir la suite de ses propos. «En tout cas, tu as merdé, laissa-t-il tomber. Je t'ai choisi parce que je comptais sur ta ruse pour libérer les esclaves et tu rappliques avec une armée ennemie au cul.
- Manque de chance.
- Non. Le problème est ailleurs. Tu n'as pas pris tes responsabilités quand il aurait fallu.
- Je ne comprend pas.
- Quand tu as compris que Ancaf allait poser des problèmes, tu n'as rien fait. C'est là que tu as commis une erreur.
- Que voulais tu que je fasse ?
- Le tuer !» La surprise laissa Saalyn muette de saisissement. «Tuer un homme de sang froid comme ça ?
- Tu avais une responsabilité. Tu avais des hommes et des femmes à amener en sécurité. Tu n'étais pas dans un duel, sans conséquence pour les autres. Un échec de ta part signifiait la mort de soixante personnes. L'honneur est une belle chose, il faut le respecter. Mais quand il entraine la mort de ceux que tu es sensé protéger, il doit s'effacer. Surtout face à une personne qui n'en a aucun.
- Je vois.» Le ton de la stoltzin était glacial. «Le pouvoir implique des responsabilités. Plus le pouvoir est grand, plus les responsabilités sont grandes. Et plus tu es amené à faire des choses qui te révoltent. Mais tu n'as pas le choix. Surtout qu'il y a des méthodes. Tu es une guerrière entrainée, lui n'était qu'un chef de bande. Tu aurais du lui lancer un défi que son machisme l'aurait obligé à relever. Tu l'aurais vaincu sans problème et ça en aurait imposé aux autres fortes têtes... Enfin, ce qui est fait est fait, nous ne pouvons plus rien y changer. Maintenant nous sommes dans le collimateur de l'Ocarian. Ça veut dire qu'il va falloir laisser tomber toute opération dans ce royaume pendant un certains temps.
- Et les esclaves qui s'y trouvent ?
- On ne peut plus rien faire pour eux dans l'immédiat. Le risque est trop grand.» La nouvelle atterra Saalyn. La moitié des esclaves helar'iat se trouvaient dans l'empire d'Ocarian justement.

Wotan s'assit d'une fesse sur le coin de son bureau avant de continuer.
«Je suis tout autant désolé que toi, dit Wotan, Vespef est certainement prisonnière dans l'empire. Mais ne fait pas cette tête là, dit il, ton opération a été malgré tout largement positive.
- Détaille ?
- Tout d'abord, le Yeun Ellez n'a pas du tout apprécié que les armées de l'empire vous poursuivent sur son territoire. Nous discutons avec eux actuellement. Muy a pu leur démontrer le potentiel de notre royaume et une alliance est à envisager.
- Je suppose que ce n'est pas tout. Le Yeun Ellez est à peine plus gros que nous. Une alliance avec eux ne changera pas le rapport des forces si nous devons affronter l'Ocarian.
- Le Yeun Ellez n'est pas une grande puissance, mais il occupe un large territoire, presque entièrement couvert de jungle. Face à une population hostile, même une grande armée pourrait y disparaitre sans laisser de trace.Ils constituent un rempart bien plus efficace que tu ne le penses. L'Ocarian vient d'en recevoir un rappel cinglant. Aucun des soldats qui vous y ont poursuivis n'est rentré à sa caserne. Pour nous envahir, l'Ocarian devrait soit utiliser une flotte, soit faire descendre son armée le long de la rive gauche de l'Unster et traverser une jungle qui est actuellement inhabitée pour une très bonne raison. Leurs navires sont purement fluviaux, destinés à être tirés par des bêtes de somme depuis la rive. Pas de voile ni de rameur. Seule la flotte elliez leur aurait permis de nous atteindre facilement. Maintenant que cette option leur est fermée, l'effort à consentir pour nous atteindre est trop gros par rapport à la gène que nous leur provoquons. Mais cette union avec le Yeun Ellez ne se limite pas à un accord défensif. Une flotte comme celle que j'envisage de créer ne se contente pas que de bateau, il faut aussi des équipages. Et avec nos trois mille habitants, nous n'irons pas loin, même en tenant compte de l'immigration. Rien que le chantier de construction occupe les deux tiers des inactifs du royaume. Si nous fournissons les bateaux, le Yeun Ellez accepte de fournir les hommes nécessaires pour les manœuvrer. Pour eux c'est une chance. Actuellement, leur commerce passe entièrement par les routes de l'Ocarian ou la flotte de Mustul qui leur imposent des taxes élevées. En s'alliant avec nous, ils font une bonne opération commerciale. Et nous aussi. Mais tu as raison, cet accord n'est pas la retombée la plus intéressante de ta mission.
- Quelle est-elle ?
- Tu as ramené cinquante trois hommes et une femme. Nous les avons installés sur les Îles Jumelles qui comptent maintenant une population de quatre-vingt-six habitants. Ces anciens esclaves sont constitués majoritairement de paysans, mais parmi eux il y a au moins deux métallurgistes sachant travailler le cuivre et un charpentier de marine, deux compétences qui nous manquaient. Ils nous seront fort utiles. Et le recensement n'est pas fini, il reste plein de personnes à interroger.
- J'ai donc fait bien finalement.
- Ta mission est une réussite en effet. Soit plus discrète la prochaine fois et ça sera parfait.
- On continue alors ?
- On continue.» Le pentarque alla chercher une bouteille d'un luxueux hydromel doré sur une étagère. Il remplit deux verres avec le précieux breuvage et en tendit à la stoltzin. «A ta prochaine mission alors.
- A ma prochaine mission.»

Le pentarque et la stoltzin trinquèrent à la santé des guerriers libres.



Dix huit jours après le retour de Saalyn de mission, la pentarchie d'Helaria, la primauté du Yeun Ellez et l'empire Gems 2 du Dragon d'Argent signèrent un pacte d'alliance. Ainsi fut posé la première pierre de ce qui allait devenir la principale force politique du sud du continent d'Ectrasyc. Les Frères de la Mer étaient nés.
1:   monnaie de l'Yrian
2:   Les gems sont l'une des trois races de l'Uv Polin primitif (avec les stoltzt et les bawcks. Ils ressemblent des stoltzt ailés, maitrisant la magie. Plus tard, les humains, s'inspirant de leurs légendes, les surnommeront démons

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